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Terrienne, Jean-Claude Mourlevat

Publié le par Arianne

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Une variation futuriste assumée sur le thème de Barbe-Bleue et une déception pour l’auteur de l’excellent Combat d’hiver.

L’intrigue est assez simple : Gabrielle a disparu juste après son mariage avec un homme étrange. Sa soeur - Anne Collodi - n'a plus qu'une idée en tête : la retrouver. Mais pour ça, elle va devoir combattre plus que des personnes mal intentionnées, elle va affronter l'inconnu, l'impensable. 

En empruntant une route qui n’existe pas, aux abords de Saint-Etienne, elle se retrouve dans un autre monde. Les gens d’ici ne respirent pas, ne pleurent pas, ne crient pas, ne se mouchent pas, tout y est lisse et propre. L'humain est un vague mythe dégoûtant pour certains, un ennemi potentiel étudié avec minutie pour les autres. 


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Sur le chemin, © Pierre-Yves Dallenogare

Aidée dans un premier temps par le vieil Etienne, un monsieur qui l’a prise en stop à plusieurs reprises et dont elle a réveillé l’envie d’aventures, notre jeune intrépide se retrouve donc à chercher une paille dans une meule de foin, ou plutôt une humaine dans un monde qui ne supporte rien tant que cette espèce répugnante. 

 

« Si je résume, reprend-il, ta sœur Gabrielle est aux mains des hommes qui dirigent ce monde. Ces gens-là sont ici, à Lorfalen. Et il y a quelque chose avec un… cheval. C’est maigre. Et je ne pense pas qu’il soit utile d’accoster les passants au hasard et de leur demander s’ils connaissent un nommé Kordemian, et encore moins Bran. Il me semble que nous devons commencer par localiser le siège de leur gouvernement. Je dis une bêtise ?

Je secoue la tête. Non, il ne dit pas de bêtise. Je suis d’accord avec tout. Moi aussi j’ai l’impression désagréable d’une monumentale erreur de casting : Etienne Virgil, soixante et onze ans, écrivain, et Anne Collodi, dix-sept ans, stagiaire à 4 pieds, à l’assaut du "siège du gouvernement", comme dans un film d’espionnage. Nous avons le choix entre le pathétique et le ridicule. »

Le personnage du grand-père, écrivain talentueux en perte de vitesse, a comme un faux air de l’auteur. Attachant, il reste toutefois sans  réelle consistance et disparaît dans une indifférence générale. Il y a d'ailleurs dans l'ensemble de l'ouvrage un manque de profondeur des personnages. Aucun caractère, aucune personnalité n'est réellement approfondie, on reste globalement à la surface des choses. Il y a pourtant de très bonnes idées (le cours de sentiments !) mais il manque ce petit quelque chose que l'auteur sait d'habitude si bien distiller et qui fait cruellement défaut. Autre chose dérangeante : l’auteur parsème son récit de régionalismes qui jurent un peu dans un roman de science-fiction. Le souvenir ému de la « brisée » (plat régional) et de la boulangerie du coin, madeleines récurrentes de notre héroïne, devient un peu ridicule. On sent la nostalgie de l'auteur mais on n'y voit pas vraiment d'intérêt pour la narration.

On lit malgré tout jusqu’au bout pour avoir le fin mot de l’histoire, on on y trouve de l'aventure, une histoire d'amour et quelques rebondissements, c'est du Mourlevat tout de même ! mais on regrette le souffle romanesque de ses précédentes aventures.

 

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Jean-Claude Mourlevat

« L’autre souvenir, c’était une personne. Une jeune Terrienne. La sœur de la capturée, qui s’appelait Anne. Il l’avait rencontrée le jour du mariage et fait danser comme les autres. Non. Pas comme les autres, justement. Tous les deux avaient éprouvé une complicité particulière, bien au-delà de cette danse folle. Une attirance immédiate et réciproque. Et le sentiment d’un secret commun, un secret dont ils ne savaient rien, mais qui était là.

En tout cas, cette fille l’avait chamboulé au point qu’il avait hésité quand elle lui avait parlé de Jens à propos de Kordemian. Et il avait même bafouillé avant de retrouver son prénom à lui de là-bas : Bran. »

Dans le labyrinthe

Une présentation vidéo du roman

Le site de l'auteur

Une des (nombreuses !) critiques positives ici

De fil en aiguille

2065-t2  Agence pinkerton-couv  Association LHomme  

Du même auteur

tomek  combat d'hiver

 

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