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MANGÉS PAR LE MINOTAURE

Il y en a, comme ça, qui ne prennent pas, qui glissent, qui ennuient, qui exaspèrent, qui ne passent pas. On ne sait pas trop pourquoi. Un état d'esprit, une sensibilité, un moment, une envie : le livre choisit aussi son lecteur. Voilà ceux qui n'ont pas passé la barrière des premières pages. L'abandon peut avoir de multiples raisons et les qualités objectives de l'ouvrage être reconnues sans pour autant que l'intérêt ait été attisé. Un jour peut-être certains de ces titres passeront sur l'autre page avec tout le respect et l'attention qu'ils méritent. En attendant, et pour ne pas les oublier non plus tout à fait, les voilà entre-deux, dans la salle d'attente où peut-être l'un de vous viendra les chercher... et les sauver !


Rentrée littéraire 2012

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La Capitana, Elsa Osorio

Quelle déception que ce nouveau roman d’Elsa Osorio ! Le thème était très prometteur, le personnage principal extrêmement romanesque, tous les éléments étaient là pour faire de cette Capitana un ouvrage aussi intéressant que captivant… s’il n’était complètement raté !

« Il y a des vies qui sont des romans qu’aucun romancier n’oserait écrire par crainte d’être taxé d’invraisemblance », annonce la quatrième de couverture. Et c’est vrai que le destin de cette jeune Argentine, engagée au sein de POUM (organisation révolutionnaire) lors de la guerre civile espagnole, militante, anarchiste, combattante, a tout du parfait scénario, tant sa vie a été riche, liée à l’histoire, périlleuse et passionnée. Si faire connaître son histoire est louable en soi, ça ne rattrape pas le gâchis qu’en fait l’auteur. Contrairement au magistral Luz ou le temps sauvage, une de mes lectures les plus marquantes, cette Capitana est complètement empêtrée dans une narration multiple et brouillonne. Les temps se mélangent, les allers-retours dans le passé embrouillent le lecteur et l’action, si elle reste héroïque, en devient ennuyeuse tant elle est mal construite.

Heureusement, des tas de personnes bien pensantes ne sont pas de mon avis, allez donc jeter un œil sur une des nombreuses critiques élogieuses !

Et puis aussi, pour en savoir plus long sur ce personnage hors du commun, voilà le récit condensé de la vie de Mika Feldman Etchebéhère.

« Personne ne le lui a demandé, personne n’y aurait songé ; pourtant Mika est là, dans la nuit noire, elle monte la garde sur la colline, comme d’autres dans la campagne et aux abords de la ville de Sigüenza.

Elle frémit en distinguant les positions de l’ennemi, de plus en plus proches. Les fascistes eux aussi entassent des pierres, mais derrière ils alignent de puissantes mitrailleuses. Et eux, de quoi disposent-ils ? Une poignée de fusils, quelques canons, de la poudre et de la dynamite.

Le haut commandement a ordonné de résister le plus longtemps possible pour bloquer les troupes rebelles et les empêcher d’entrer dans Madrid. Mika doute qu’on leur dépêche des renforts, comme cela a été promis. On les a envoyés dans ce trou maudit, le pire endroit du front. Elle pense que c’est un combat perdu d’avance, pourtant, cet après-midi, quand elle a senti que le découragement gagnait les miliciens, elle leur a lancé :

– Si nous quittons Sigüenza maintenant, on dira que nous avons eu peur. Les miliciens du POUM ne sont pas des lâches ! »


Rentrée littéraire 2012

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Le terroriste noir, Tierno Monénembo

Encore un roman de la rentrée qui cumule les éloges et qui me laisse assez indifférente.

L’histoire d’un tirailleur Guinéen perdu au cœur des Vosges pendant la guerre, c’est original, certes, mais c’est aussi brouillon, terroir et assez peu intéressant. Je reconnais à Tierno Monénembo un talent certain pour redonner vie à cette époque, pour camper des personnages avec autant de charme désuet que de malice paysanne, il manie la langue, les ellipses et les sous-entendus, il donne un ton, construit un langage régional sans omettre l’humour et pour un peu, j’en serais venue à bout mais tout cela manque de quelque chose. Je me suis perdue dans les temps, dans liens de parenté, dans les narrateurs. Et au-delà de l’exercice de style, le sort de ce pauvre « terroriste » énigmatique ne m’a pas vraiment émue.

 

« Je vous raconterai plus tard comment il est arrivé ici, comment très vite il devint un Romaincourtien, comment il faillit mourir à vélo, comment il conquit le cœur des jeunes filles alors que personne ne connaissait encore son nom. Rien n’avait d’importance à cette époque là, encore moins le patronyme des étrangers de passage. On l’appelait « le nègre », quand il n’était pas là, et simplement « monsieur » quand on se trouvait en face de lui. C’était commode, c’était pratique, et cela nous arrangeait tous. Cela ne semblait pas le gêner. Un nègre parmi nous : on ne prenait même pas la peine de s’en étonner.

Les gens prêtaient attention à lui, non parce qu’il avait les chevaux crépus, non parce qu’il avait surgi d’une terrible nuit d’hiver, mais parce qu’il s’obstinait à garder sa chéchia, sa capote, ses banderoles de tirailleur, et peut-être aussi pour son regard impénétrable, ses longs silences dont aucune brulure ne pouvait le sortir. »

Vous pouvez écouter l'auteur parler de son oeuvre sur RFI et lire ici une critique positive (comme elles le sont quasiment toutes !)


Rentrée littéraire 2012

certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Le sujet est intéressant, méconnu, dérangeant : le voyage de Japonaises vers l’Amérique. Quitter son pays, épouser un étranger, rêver à une vie meilleure et ne trouver que larmes et désenchantements. Sorte de journal multiple, de récit de tous les possibles, de toutes les situations, tous les états d’âme : de très courts paragraphes qui commencent en grand majorité par « certaines d’entre nous ».

Les critiques positives sont nombreuses, les éloges sans doute mérités, pour ma part, je n’ai pas tellement accroché. Je me suis lassée de l’effet catalogue et j’ai trouvé dommage que la multitude des voix et des sentiments empêche l’empathie et l’attachement aux personnages (trop nombreuses et dépersonnalisées par l’effet de masse).

 


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Ulysse from Bagdad, Eric-Emmanuel Schmitt

Presque terminé puis finalement, non. Petit roman qui se lit bien mais qu'on n'a pas envie de reprendre quand on l'a lâché. 

Saad est Irakien et vit les pires horreurs dans son pays. Le ton est détaché mais les faits sont là, atroces, et on glisse dessus sans vraiment en prendre la mesure tant ils paraissent iréels (ou trop romanesques) du fait du style adopté. Quand la bouteille est pleine de pertes inconsolables, de morts inutiles et de sanglots éteints, Saad décide de partir et de rejoindre l'Angleterre. Ce n'est qu'arrivé à Londres (il ne sait pas trop pourquoi mais là réside son salut), qu'il trouvera le repos. Il n'est pas seul dans son odyssée : son père, tué peu de temps auparavant, l'accompagne, mi-ange gardien, mi-Jimini Criquet.

Bon. On aura compris, ça ne laisse pas éveillé toute la nuit et ça ne laisse pas un souvenir impérissable...

« Tout Irakien qui a survécu à cette période – il est vrai que mouraient d’abord les poupons – assurera à ces messieurs des Nations unies que l’embargo s’avère le meilleur moyen de punir un peuple déjà malheureux en renforçant ses dirigeants. Du ciment pour la douleur ! Du béton à consolider les dictatures ! Avant l’embargo, les Droits de l’homme n’étaient pas respectés en Irak ; pendant les dix années d’embargo, ils ne le furent pas davantage mais s’y ajoutèrent l’impossibilité de s’alimenter, la difficulté d’être soigné, une recrudescence de la polio, la multiplication des vols et le développement de la corruption. En ôtant sa totale puissance au despote, et par conséquent son entière responsabilité, l’embargo disculpait Saddam ; si une denrée manquait, c’était faute à l’embargo ; si une réparation tardait, c’était faute à l’embargo ; si de grands travaux publics s’interrompaient, c’était faute à l’embargo. Loin de fragiliser le persécuteur, l’embargo obtenait l’effet inverse : Saddam Hussein redevenait l’homme providentiel, le seul recours irakien contre les barbares hostiles. Néanmoins les habiles politiciens qui ont condamné notre peuple à souffrir davantage vieilliront tranquilles dans leur pays, j’en demeure certain, couverts d’honneurs, décorés pour leur action humanitaire, jouissant d’un sommeil qui n’entamera jamais le souvenir des horreurs qu’ils ont provoquées et qu’ils ignorent. »

 


juliet naked

Juliet, Naked, Nick Hornby

Dans ce dernier roman de Nick Hornby, qui n’a pas réussi à me tenir jusqu’au bout (la moitié, tout de même, avec une bonne motivation et quelques pages qu’on lit quand même avec plaisir), il est question de musique, bien sûr, et d’amour.

Annie et Duncan sont mariés depuis 15 ans. Lui, prof. Elle, travaille dans LE musée de cette petite ville balnéaire anglaise, que l’on dit tranquille quand on ne veut pas dire ennuyeuse. On les découvre en plein pèlerinage sur les traces de Tucker Crowe, chanteur qui a eu un temps un certain succès et que Duncan vénère comme un Dieu. Leur vie de couple a tant tourné autour de cet ex-star, de sa disparition mystérieuse, de l’analyse de chacune de ses chansons et jusqu’aux interprétations les plus rocambolesques, qu’il est devenu comme leur enfant, celui qu’ils n’ont pas eu, ce manque qui ronge le ventre d’Annie comme une blessure.

Un jour, Duncan reçoit un CD : le nouvel album de Tucker en avant-première. Peut-on considérer comme une trahison le fait qu’Annie l’ouvre et l’écoute avant lui ? De ce presque non-événement va découler une suite inattendue de surprises et de bouleversements. Le mythe Tucker va s’incarner dans un personnage bien réel loin des idéaux et des fantasmes de Duncan et de son fan-club, et Annie va avoir avec lui une « relation » pour le moins étonnante.

Rébellion sur 15 ans de mariage, recherche du sens de la vie et de l’accomplissement de soi, portrait du fan avec ce qu’il comporte d’absurde et de pathétique, infidélités et insatisfactions, contrariétés et mesquineries de la vie de tous les jours sur fond de musique has been…

Quelques passages divertissants mais rien de bien folichon dans ce dernier opus du grand Hornby à qui l’on doit quand même Haute fidélité, petit bijou dans son genre.

Ce roman semble être à l’image du nouvel album de Tucker : des essais inaboutis et médiocres, pâles prémices de ce qui a fait son succès.

« “Vous êtes marrants, vous savez, vous, les gens de votre génération”. Annie eut un mal fou à se retenir de se pourlécher en anticipant la provocation réactionnaire qui allait forcément suivre une introduction de cet acabit.

“Comment ça, Malcolm ?

– Eh bien, des tas de gens que je connais ne sont pas heureux dans leur vie de couple. Ou ils sont frustrés. Ou ils s’ennuient.

– Et ?

– Ils s’en satisfont.

– Ils se satisfont de leur malheur.

– Ils le supportent, oui.”

Annie eut l’impression que jamais jusque-là Malcolm n’avait résumé aussi clairement l’absurde paradoxe de son ambition. Il était un Anglais d’un certain âge, issu d’un certain milieu social, originaire d’un certain endroit du pays, et les Anglais comme lui croyaient dur comme fer que presque rien n’était trop sinistre pour être enduré. Se plaindre, c’était faire montre de faiblesse, donc plus les choses empiraient, plus on se montrait stoïque. Pourtant, une thérapie n’aurait pas lieu d’être sans les plaintes. C’était même la base, de vocaliser ses insatisfactions, et de parler de ses blessures, dans l’espoir qu’il existe un remède. Annie se mit à rire.

“Qu’est-ce que j’ai encore dit ?” demanda Malcolm avec méfiance. […]

– Vous pensez vraiment que vous avez opté pour le bon créneau professionnel ?

– Pourquoi non ?

– Eh bien, si je viens vous voir, c’est parce que je ne veux pas me satisfaire de ma vie de couple malheureuse, frustrante et ennuyeuse. Je veux davantage. Et vous me trouvez un peu pleurnicheuse. A ce compte-là, vous allez probablement finir par trouver tous ceux qui s’assoient dans ce fauteuil un peu pleurnicheurs. ” »



emmanuel carrere

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

Attention : larme à l’œil facile, s’abstenir ! Il faut dire qu’Emmanuel Carrère ne fait pas dans la dentelle ! On savait ses romans souvent inspirés d’un fait divers sordide (La classe de neige ou L’Adversaire), ou dérangeants (La moustache), cet ouvrage est un récit, le récit de vies vécues elles aussi, a priori peu romancées, mais tout autant difficiles, voire déprimantes…

On commence en Indonésie : les vacances, le soleil, les amis, la plage. Le narrateur/auteur et son amie, malgré l’environnement idyllique, sont sur le point de se séparer quand une rupture bien plus brutale va les rapprocher : celle du ciel et de la mer.

Décembre 2004. Tsunami.

Tout est emporté, détruit. Dans le lot des victimes, la fille d’un couple de l’hôtel où ils logent. Ensemble, ils suivent les ravages matériels, physiques, émotionnels, psychologiques, que provoque l’événement.

Au bout de 30 pages, je suis déjà en pleurs.

À peine remise de toutes ces émotions, disparitions, deuils, souffrance, je me retrouve à Paris où le couple est rentré ressoudé. Les attend le cancer de la sœur. On passe de l’horreur brutale et gigantesque du tsunami à la souffrance perverse et individuelle. De la soudaineté à l’attente de la mort. Avec un dénouement inéluctable.

Pas de répit : la joue droite encore trempée par le tsunami, la gauche ruisselante de métastases, on décortique les malheurs d’un ami de la défunte qui a été amputé de la jambe après une récidive d’un cancer du mollet.

Si comme moi vous avez envie de vomir, allez directement prendre un remontant avec un bon vieux – mince alors, je parcours la liste et pas un seul roman léger à part les romans jeunesse ? Va falloir que je remédie à ça avant de propager une dépression aigue sur la sphère bloguesque… – donc un bon vieux Roald Dahl fera l’affaire !

Je tiens à vous dire que j’ai tenu jusqu’à la page 148, même pas la moitié du livre ! Je n’ose savoir ce qui peut bien arriver encore après ça.

Avis aux amateurs de sensations fortes et à tous ceux qui veulent écouler leur stock de mouchoir avant l’hiver.

Et juste là une bonne critique que je trouve intéressante.

« Delphine a hurlé, Jérôme non. Il a pris Delphine dans ses bras, il l’a serrée contre lui aussi fort qu’il pouvait tandis qu’elle hurlait, hurlait, hurlait, et à partir de cet instant il a mis en place le programme : je ne peux plus rien pour ma fille, alors je sauve ma femme. Je n’ai pas assisté à la scène, que je raconte d’après le récit de Philippe, mais j’ai assisté à la suite et j’ai vu ce programme tourner. Jérôme n’a pas perdu de temps à espérer encore. Philippe n’étais pas seulement son beau-père mais son ami, il lui faisait une totale confiance et il a tout de suite compris que, quels que soient le choc et l’égarement, si Philippe avait prononcé ces trois mots, c’était vrai. Delphine, elle, voulait croire qu’il se trompait. Il en avait réchappé, lui, peut-être que Juliette aussi. Philippe secouait la tête : ce n’est pas possible, Juliette et Osandi étaient juste au bord de l’eau, il n’y a aucune chance. Aucune. Ils l’ont retrouvée à l’hôpital, parmi les dizaines, déjà les centaines de cadavres que l’océan avait rendus et que faute de place on allongeait à même le sol. Osandi et son père étaient là aussi. »

 


fils d'octobre

Les fils d'octobre, Nikolaï Maslov

A peine lu plus de trois pages. Très peu sensible au dessin qui me fait penser aux livres de coloriages que j'avais quand j'étais petite où il faut passer la page au crayon pour révéler le dessin caché dessous. Tout en crayonné, donc, un voyage en Russie où il ne se passe à peu près rien. Bon, je suis forcément mauvaise langue puisque je n'ai pas poussé la lecture. Peut-être que c'était la goutte soviétique de trop après les Carnets ukrainiens...

 

Maslov-Page.jpg

Si jamais vous souhaitez toutefois en savoir un peu plus, allez donc voir par ...

 


vitesse moderne

Vitesse moderne, Blutch

Bon alors, autant vous le dire tout de suite ; j'en ai lu des trucs bizarres mais alors là, je suis hermétique. Ca commence pas mal, pourtant : un cours de danse, des dessins super originaux et colorés (quoique pas trop de mon goût), une fille sortie de l'immeuble d'en face qui propose à notre danseuse d'écrire un roman sur sa vie et de la suivre partout. Après ça, c'est du délire total : un violoncelliste monstrueux amoureux, un père infidèle, des bonnes soeurs, une ville sombre et déserte et je ne sais pas quoi d'autre car j'ai laissé tomber. On se croirait dans un rêve : les couleurs, les formes, la rencontre des choses et ds gens, tout est décalé et incroyablement onirique. Ca peut évidemment toucher son public. Moi j'ai dû mal avec les histoires qui ne racontent pas d'histoires ou les histoires sans clé. Avis toutefois à ceux qui aiment expérimenter de nouvelles choses et laisser parler leur inconscient...

Attention, ce qui suit peut toucher la sensibilité des amateurs de Blutch !

Une critique trouvée sur un blog, que je vous livre telle quelle, brut de correction...

« VITESSE MODERNE par BLUTCH (Dupui)

Déja, faites attention ! C pas le Blutch des tuniques bleues !

Enfin vous risquez pas 2 vous trompé, le dessin et trs différent.

je l'est offert a B-LOOTE en croyant que CT 1 BD genre Michel Vaillant ou Rush-hour (B-LOOTE (C mon love) est tro fan de tuning).

en vrai C encore 2 la BD bien prise 2 tete, avec un dessin genre "C bon, G fait les beaux-arts alors je gribouille" (LOL !)

Le truc bien bobo pour les lecteurs de teleramma qui ont pas de plasma.

Promi la prochaine fois, je parle D1 truc Ke J'm. Mais J'm bein poussé des coups de gueule, on est en démocrassie fo en profiter.

Kisskiss ! »

 

Je ne serais pas allée jusque là et pour ceux qui veulent en savoir un peu plus et avoir des critiques plus constructives, c'est par ici...

 


vera candida

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé

Il y a quelque chose qui m’échappe. Pourquoi, alors que ce livre a eu un tel succès, ne m’a-t-il pas enchanté comme la très grande majorité de ses lecteurs ? C’est bien là tout le mystère – et la magie ! – de la littérature. Certes, la langue est belle, le récit bien construit, rien à dire à cela, mais il y a dans ce conte cruel une langueur, une tristesse doucereuse, une lenteur qui me mettent mal à l’aise. J’y ai retrouvé un peu l’ambiance de Rosie Carpe, de Marie NDiaye, cette sorte de passivité infligée aux personnages qui les emmène vers un destin tragique et poisseux, sans révolte, sans réaction.

En y réfléchissant, on trouve déjà cette caractéristique chez Lili, l’héroïne de Les hommes en général me plaisent beaucoup, mais ce récit m’a davantage touché, par la fragilité et la poésie qui s’en dégagent. Il y a de l’onirisme, chez Ovaldé mais tous les rêves ne nous enchantent pas pareillement.

Vous trouverez ici une des très nombreuses critiques de cet ouvrage.

« Quand on lui apprend qu’elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna.

Elle sait qu’il lui faut retrouver la petite cabane au bord de la mer, s’asseoir sur le tabouret dehors et respirer l’odeur des jacarandas mêlée à celle, plus intime, plus vivante, si vivante qu’on en sent déjà poindre la fin, celle pourrissante et douce de l’iode qui sature l’atmosphère de Vatapuna. Elle se voit déjà, les chevilles sur le bord d’une caisse, les mains croisées sur le ventre, le dos si étroitement collé aux planches qu’il en épousera la moindre écharde, le moindre nœud, le plus infime des poinçons des termites géantes.

Tout au long du voyage en minibus qui l’emmène du port de Nuatu jusqu’à Vatapuna, Vera Candida somnole en goûtant à l’avance la lenteur du temps tel qu’il passe à Vatapuna. Vera Candida sait qu’en revenant à Vatapuna, elle récupérera son horloge. Celle qui ne ment jamais, qui ne fait pas disparaître comme par un enchantement malin les heures pleines, celle qui ne dévore rien et égrène avec précision, et une impartialité réconfortante, les minutes, qu’elles soient les dernières ou qu’elles ponctuent une vie encore inestimablement longue. »

 



 

modiano

Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano

J’aimais beaucoup le titre. J’ai même choisi de lire ce livre pour ça. Bon, voilà, ça m’apprendra, je n’ai guère aimé que cela. Je laisse à tous les spécialistes le soin de la critique littéraire de Modiano qui en a fait couler, de l’encre ! Pour ma part, j’ai trouve le style très vieillot et n’ai pas réussi à surpasser ce récit d’une autre époque où tout sent le renfermé : les noms de personnage ridicules, les dialogues insipides, la structure narrative poussive…

L’histoire : un détective part à la recherche de son passé. Il ne sait plus qui il est ni comment il s’appelle et va faire appel à tous les indices possibles pour retrouver une trace de cette identité perdue. Grâce aux rencontres qu’il fait, il avance pas à pas dans sa quête. J’ai avancé avec lui jusqu’à la page 58…

« Cela faisait si longtemps, sans doute, qu’il n’avait pas pensé à cette Gay Orlow, que tous les souvenirs la concernant revenaient à la surface et l’étourdissaient comme une brise marine. Il restait là, appuyé contre le parapet du pont.

– Vous ne voulez vraiment pas que nous avancions ?

– Vous avez connu Gay ? Vous l’avez rencontrée ?

– Non. C’est justement pour ça que je voudrais savoir des détails.

– C’était une blonde… avec des yeux verts… Une blonde… très particulière… Comment vous dire ? Une blonde… cendrée…

Une blonde cendrée. Et qui a peut-être joué un rôle important dans ma vie. Il faudra que je regarde sa photo attentivement. Et peu à peu, tout reviendra. A moins qu’il ne finisse par me mettre sur une piste plus précise. C’était déjà une chance de l’avoir trouvé, ce Waldo Blunt. »

Ce livre paru en 1978 a reçu le prix Goncourt avec une réception partagée. Je serai plutôt de l’avis d’Angelo Rinaldi qui écrit dans L’Express du 25 septembre 1978 : « Sans cesse on éprouve l’ennui tenté d’agacement du monsieur en visite chez un raseur qui lui impose de visiter son album de famille. »

À vous de juger…

 



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La cavale du géomètre, Arto Paasilinna

Taavetti Rytkönen est vraisemblablement atteint d’une légère démence et quand il se retrouve dans un taxi sans savoir pourquoi il s’y trouve ni où est-ce qu’il va, une longue route pleine de cocasseries et d’absurdités commence. Le chauffeur, au nom tout aussi imprononçable - Seppo Sorjonen - le prend d’amitié et le suit dans ses élucubrations après s’être fait virer de son travail. Il essaie d’abord de l’aider à retrouver ses esprits et son identité puis il le veille comme un enfant imprévisible et capricieux, parfois dangereux pour lui, parfois pour les autres. On assiste à des scènes complètement loufoques comme celle où le vieil homme ivre croque des oignons au fond d’un char blindé ou quand il descend en pleine nuit jouer au foot avec les garnements du quartier et se retrouve tout nu au milieu de la fontaine.

Coquasse, certes, mais ni très drôle, ni très inventif, on a du mal à se laisser gagner par ce livre. Je n’ai pas saisi où l’auteur voulait en venir ni même s’il souhaite nous dire quoi que ce soit d’autre que des blagues de mauvais goût. D’aucuns diront que c’est un livre qui parle de la vieillesse et de sa solitude, de la famille et des rapports sociaux. En réalité, tout cela est si peu probant qu’il en ressort plus une sorte de bouffonnerie burlesque et sans réel intérêt.

Allez, hop ! rhabillé pour l'été !...

« Cela fait une drôle d’impression de ne pas savoir qui on est, d’où on vient ni où on va.

Taavetti Rytkönen, soixante-huit ans, était exactement dans cette situation. Il ne savait pas où il allait, ni qu’il venait de sortir d’une agence de la Banque nationale, où il avait oublié son portefeuille et ses papiers d’identité, mais tout de même pensé à fourrer dans sa poche intérieure l’argent retiré à la caisse. Ce n’était pas une petite somme : une liasse de billets de mille marks attachés par un élastique, épaisse d’un centimètre et demi ! Il ne se souvenait pas de la raison pour laquelle il avait retiré une somme si importante, ni qu’il venait de vider son compte.

Après avoir erré quelque temps dans les ruelles et sur les places de Tapiola, en essayant de se rappeler ce qu’il était venu y faire, il s’était énervé et avait commencé à prendre peur. Il avait défait son nœud de cravate. Se souvenait-il encore de son nom ? Taavetti… Taavetti Rytkönen, oui, c’était bien cela ! Rien de grave. Tant qu’il se souvenait de son nom, rien n’était perdu ! »



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Un dimanche au cachot, Patrick Chamoiseau

La langue est sublime ! Un livre en suspens, à reprendre un jour ou à en tenter un autre...

« Ce dimanche-là (alors que je me démultipliais dans ce roman débile) Sylvain veut à tout prix évoquer le cas d’une de ses pensionnaires. Une fillette insolite. Fille de parents poly-toxicomanes, placée depuis quelques semaines, elle ne parvient pas à s’acclimater. Elle fuit les autres enfants. Boude les activités. Ne parle pas ou très peu. Ne sait ni rire, ni sourire, ni pleurer. Ne fixe personne de face. Elle semble vieille avant l’heure et morte le reste du temps. Et pire : la  nuit, le jour, feintant les surveillances, elle se réfugie sous une ruine de cette Habitation. Je n’ose dire à Sylvain qu’à la place de cette enfant, j’aurai agi pareil, surtout pour me sauver d’un dimanche ou d’un vide en moi-même… Comme ce n’est pas avouable, je lui soupire ce que je trouve de plus compatissant : “ Ah bon ?!” »

« Quand il pleut, l’eau vive, l’eau libre, informe et disponible, coule partout de partout. Elle fait perle sur les fleurs. Tout bouge dans des reflets fragiles. Les ombres et les lumières se jouent au même endroit. Toute pluie de dimanche charroie mon être dans un étant liquide. Toute pluie hachurant un dimanche est un allant extrême pour mes identités. L’autre monde se dessine, me dessine, sous le cristal fumigène de la pluie.

Il pleuvait ce jour-là… »

 


 

 

Mon Amérique commence en Pologne, Leslie Kaplan

Celui-là a sans doute été une erreur stratégique. Revenue de vacances en Pologne, j'ai été séduite par le titre mais l'ouvrage est en fait le n° 6 de la série "Depuis maintenant" qui forme certainement un tout cohérent quand on ne commence pas par la fin. En réalité, j'ai trouvé le style exaspérant : les phrases sont une suite de traductions anglais/français qui heurte continuellement le récit. C'est une succession de souvenirs très personnels - sûrement très émouvants pour ceux qui les ont vécus mais assez inintéressants pour les autres -, les phrases sont très courtes, hachées, les idées décousues, parfois incompréhensibles. On sent que l'auteur se comprend, que beaucoup de choses lui parlent mais pour ce qui est du lecteur...

 Malgré tout, le travail de Kaplan semble intéressant, les thèmes abordés, une certaine époque analysée et je n'abandonne pas l'idée de réessayer avec un roman moins autobiographique.

« Le lait français m’a toujours semblé de l’eau, pas riche, pas crémeux, pas vrai en somme, et les glaces françaises, comment dire, faibles, sans consistance. Mais les ice-creams, tellement épais, et peach, et banana. Le côté simple, élémentaire, nourriture pour enfants, ou alors on s’imagine dans un western, des hommes en train de manger près du feu, au milieu de la nature, tenir l’assiette dans sa main et boire dans des gobelets, geste vif de jeter le reste de café par terre en se levant. Conserves et pain blanc emballé en tranches, chewing-gum  of course, céréales et chocolat, Hershey bars, est-ce que le chocolat Hershey était réellement meilleur que Meunier ou Nestlé ? et surtout, « réellement » c’est quoi ? la surface plate, élégante, de la barre de chocolat, et d’ailleurs, dans chocolate bar il y a moins de lettres, c’est plus léger, plus fin, sûrement meilleur à cause de ça. Et des vêtements, des blue-jeans, et des savons, des produits ménagers. Les choses résonnaient avec les mots, Tide, c’est le savon en poudre, mais tidy en anglais c’est bien rangé, et tide, c’est la marée, la mer, l’océan, l’Amérique en somme, hygiène et propreté, bien se laver et bien manger, vegetables and vitamin C, eat your greens, il faut manger du vert. La positivité de l’Amérique des années 50. La nourriture allait dans le grand frigidaire, est-ce parce qu’avoir un grand frigidaire était si naturel que le mot garde-manger m’a toujours paru si français, si spécifique, contenant peut-être après tout l’autre langue, l’autre façon de vivre et de parler. »