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L'Agence Pinkerton, Michel Honaker

Publié le par Arianne

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1. Le châtiment des hommes-tonnerre

Neil Galore, 20 ans, n’a plus un sou en poche et une logeuse revêche qui envoie son cerbère de fils en guise de menace pour impayé. L’annonce tombe donc comme une bonne étoile : l’Agence Pinkerton recrute.

Les « Pinks », comme on les appelle, sont les garants de l’ordre, sorte de police toute-puissante qui ferait pâlir n’importe quel gringo dans l’immensité du Far West.

« Nous sommes la Loi et la Loi ne recule devant rien pour arriver à ses fins. »

PinkertonLincolnMcClernan.jpg

Mais ceux qui viennent d’être recrutés détonnent un peu dans le casting. Galore, notre héros, est un joueur de poker invétéré qui possède aussi un curieux don lui permettant d’en savoir plus sur les gens qu’il rencontre, à leur insu (je ne vous en dis pas plus). Il y a un jeune fermier au « sourire niais » et qui « rougit jusqu’aux oreilles ». « Il s’appelait Angus Dulles, et semblait aussi dégourdi qu’un dindon. » Armando, qui ne supporte pas qu’on l’appelle le Navajo : « En dépit de ses vingt ans, il avait probablement déjà beaucoup vécu, lui aussi. Il avait le sang chaud de sa race, et une nature portée sur l’action plus que sur la réflexion. Je sus d’emblée qu’en cas de coup dur il serait le seul fiable au sein de notre petit cercle ». Et puis Elly, seule fille du groupe, qui s’efforce de mettre sa féminité à distance et y parvient parfaitement.

« Elle sortit alors un petit revolver cinq coups, chromé comme un dollar neuf, dont elle poussa le canon sous mon nez.

– Tu vas m’en empêcher gringalet ? À qui crois-tu avoir affaire ? À une demoiselle en détresse ? Je vais te régler ton compte !

– Allons, duchesse, Galore a raison, intervint Armando avec un sourire désarmant, on doit parler. Il y a des choses louches dans cette affaire. J’ai lu les journaux, au sujet de la mort des trois Pinkerton à bord de ce train… Ce n’est pas clair.

Elly nous dévisagea à tour de rôle, avant de se résoudre à remiser son arme dans son corsage et se rasseoir.

– Je savais que vous m’apporteriez des problèmes, regretta-t-elle. Vous faites un bel échantillon de nigauds. Qui parle de monter dans ce train ? Qui parle de travailler pour ces pourris de l’agence Pinkerton ? Ce sont des brutes sanguinaires qui pendent n’importe qui sur de simples soupçons. »

Cette drôle d’équipe a été engagée pour arrêter le mystérieux « Chapardeur » qui sévit à bord du Transcontinental. Mais Galore va vite se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple voleur et que la construction de ce chemin de fer révolutionnaire cache une bien sombre tragédie.

Transcontinental Rail

Michel Honaker mêle western, policier et surnaturel avec brio. La lecture est fluide et prenante, chaque court chapitre nous laisse en suspens et il ne reste pas d’autre alternative que de poursuivre la lecture pour en savoir un peu plus.

Une lecture agréable et facile, donc, quoique pas non plus transcendante, qui offre aussi – outre l’aventure, le suspense et l’action – une plongée dans l’Amérique des années 1860. Un bon départ pour un exposé sur l’incroyable aventure du premier chemin de fer transcontinental qui révolutionna la situation économique des Etats-Unis et développa considérablement la puissance américaine.

« J’étais soulagé de quitter la sévère ville de Salt Lake en direction de l’Ouest, et laisser derrière moi des visages aussi peu affables que celui de Mrs Dobbs.

Cette pensée estompa pour un temps toutes les autres, puis vint l’ivresse de la vitesse. Car à présent, le train accélérait. Qui peut imaginer le sentiment grisant qui saisit tout voyageur jusqu’alors habitué aux insupportables cahots des diligences, lorsque ce monstre d’acier fait parler sa puissance ! Soudain, le paysage fuit le regard. On ne sait où donner de la tête, en avant, en arrière ou tout bonnement droit devant soi. Mille fourmillements vous parcourent le corps. Tout n’est plus que mouvement, tout n’est plus qu’émerveillement, celui engendré par la diversité des reliefs et des prairies qui s’enchaînent comme autant de tableaux de maîtres emportés par le vent. Ah ça, pendant des heures, le nez écrasé contre la vitre, j’emplissais mes yeux, mon esprit et mon cœur de ces paysages furtifs picorés au gré de cette chevauchée métallique. »

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Cela peut être aussi l’occasion de traiter un sujet toujours d’actualité un demi-siècle plus tard : les conditions de travail et l’exploitation ouvrière que cet énorme chantier suscita.

« – Hommes-Tonnerre ? […]

– Pendant la construction de la voie, conta l’éclaireur, c’étaient les travailleurs chinois qui étaient chargés de porter les explosifs sous les rochers à détruire, et d’en allumer les mèches… Ce sont eux qui ont payé le plus cher tribut pour que cette maudite voie ferrée traverse la montagne dans les délais impartis par les actionnaires. Ils portaient les flacons de nitroglycérine là où personne d’autre ne se serait risqué. Et parfois, ils sautaient avec la charge. Voilà d’où vient leur surnom. »

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Voilà donc un court ouvrage plus riche qu’il n’y paraît et fort bien documenté. J’apprends par la même occasion que l’agence Pinkerton, tout comme les hommes-tonnerres et la tribu Paiutes – a elle aussi existé !

Le tome 1 présage évidemment d'une suite donnée aux aventures de notre jeune héros. Gageons que celle-ci sera tout aussi sympathique.

À partir de 12-13 ans.

« Elle recommença à crier, en vain. Curieusement, je vivais la situation avec un certain détachement. J’enflammai une nouvelle allumette pour explorer à tâtons ce sinistre ossuaire. Que s’était-il passé ici ? Quel mystère effrayant recelait ce mausolée naturel que la Compagnie des Chemins de Fer s’était donné la peine de condamner… Je comprenais mieux la raison du panneau d’avertissement à l’entrée du canyon… Et la présence de cette étrange Brigade Pâle. »

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