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Venir au monde, Margaret Mazzantini

Publié le par Arianne

 

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Un roman bouleversant, véritable coup de poing.

Le passé de Gemma ressurgit un matin quand son vieil ami Gojko l’appelle après des années de séparation. Elle est à Rome, lui à Sarajevo et organise bientôt une exposition en mémoire du Siège. Il lui demande de venir, elle emmène avec elle Pietro, son fils né là-bas il y a 16 ans d’un père qui n’existe plus. Ce voyage est l’histoire de sa naissance. L’histoire d’un amour, l’histoire d’une guerre, l’histoire d’un combat.

Là-bas, les souvenirs se dévoilent, douloureux et impudiques. Une histoire bouleversante d’amour sur fond de guerre. Gemma se souvient…

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Flaque, © photoPK

Alors étudiante en thèse sur le poète bosniaque Andrić et dans le cadre de ses recherches, elle se rend à Sarajevo. Là, elle fait la connaissance de Gojko, son guide, un personnage qui lui est au premier abord antipathique, roublard, sans-gêne et grossier.

« Ici, l’hiver on meurt de froid et l’été de chaud, les gens sont déprimants, arrogants, ridicules, les femmes trop maquillées, ou les cheveux trop décolorés ; les hommes sentent l’oignon, l’eau de vie et les pieds, à force de transpirer dans des chaussures de mauvaise qualité. J’en ai assez de la pita et des ćevapčićii, j’ai envie de salade et de poisson. Tu me saoules, Gojko, tes blagues ne sont pas drôles, et tes poèmes ne m’émeuvent pas. »

À ce moment là, elle est loin de se douter qu’il sera le seul survivant de son histoire, le lien fidèle et résistant des années qu’elle s’apprête à traverser. Mais pour l’heure, la voilà traînée à cent à l’heure dans cette ville inconnue.

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Sarajevo

C’est dans un bar qu’elle rencontre Diego, un ami de Gojko, Italien comme elle. L’attirance est immédiate et réciproque.

« On ne peut jamais dire ce que c’est… ce que c’est exactement. C’est une membrane, peut-être une prison dès le début. Une vie qui a voyagé, qui vient de loin en direction de la nôtre, nous en avons senti le petit vent, l’odeur de la halte ; depuis toujours, en nous étaient sa transpiration, sa fatigue. Son effort, pour nous.

Immobiles comme deux insectes, nous percevons cette pulsation identique des choses. J’ai les joues rouges. Il y a ici trop de fumée, trop de coudes, trop de voix. Il n’y a plus rien. Juste la tache colorée de ce pull qui avance vers moi. En un instant, mes yeux ont consumé les contours de son corps. J’ai l’impression de toucher toute son âme. »

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Amoureux, © Corinne Gatel

Sauf que Gemma est fiancée et sur le point de se marier. L’océan de possibles entrevu un instant se referme, telle la mer Rouge après le passage des Hébreux. Gemma rentre, se marie, tente de passer à autre chose et d’oublier qu’elle s’ennuie. Diego, lui, ne se résigne pas si facilement. Éperdument amoureux, exalté, un peu fou, il essaie de conquérir sa belle par tous les moyens puis part noyer son chagrin à l’étranger. C’est leur point d’ancrage bosniaque, Gojko, qui provoque le destin : le baptême de sa petite sœur, Sebina, que Gemma a vu naître lors de son précédent séjour et dont elle est la marraine, scelle leurs retrouvailles.

Gemma choisit. Elle renonce à la raison et choisit la passion. Elle choisit Diego, elle prend tout de lui et se remplit entièrement d’un amour démesuré, exhaustif. Un amour de conte de fées puissance 10. Mais le serpent veille et siffle dans leur jardin d’Eden : Gemma ne parvient pas à donner la vie. Pour elle et pour leur couple commence alors le parcours incroyablement douloureux et éprouvant des alternatives à l’enfantement. Insidieusement, à chaque nouvel échec, leur bonheur se fissure.

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Margaret Mazzantini écrit des pages bouleversantes sur le sujet encore tabou de la stérilité et sur les moyens existants pour la contourner. À travers l’obstination de Gemma, sa franchise, sa colère teintée de désespoir, elle interroge le désir d’enfant et certaines méthodes controversées pour le combler.

Mais alors que le couple se bat pour donner la vie, une autre guerre s’engage dans les Balkans, qui sera terriblement violente et meurtrière. Diego, qui est photographe et s’ennuie dans son travail veut témoigner de ce carnage. Privé de descendance, incapable de produire le fruit de son amour avec Gemma, il trouve dans ce conflit sa raison d’être au monde.

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Odmor (soldat), Ismet Mujezinović

Des pages d’une intensité remarquable avec une charge émotionnelle forte. C’est infiniment triste mais très beau où des passages horribles sur la guerre alterne avec des moments magiques d’amour fou. Il y a toute la vie, en pire.

Margaret Mazzantini

Margaret Mazzantini

« - Je n’aime pas dormir allongé, j’ai l’impression que le cœur me remonte dans les yeux…

J’observe ces yeux où le cœur remonte, la nuit. Il plisse un peu les paupières, comme s’il essayait en vain de sourire. En fin de compte, nous nous sommes figés dans le passé, lui et moi, et il n’y a rien eu d’autre par la suite à partager… pas même une heure de paix. » 


« Je ne souffre plus. J’ai déjà souffert. Je suis presque soulagée. Je ne serai jamais mère. Je resterai fille. Je vieillirai, sèche et seule. Mon corps ne se transformera pas, il ne se multipliera pas. Il n’y aura pas de Dieu. Il n’y aura pas de récolte. Il n’y aura pas de Noël. Il me faudra chercher le sens de la vie dans le monde, dans son aridité, dans ses impasses… dans les magasins, dans la circulation. Je vieillirai comme ça. Morte. C’est ainsi que je me sens. Sereine, en paix, parce que trépassée. » 


« Durant le dernier entretien, la psychologue nous dit : “Les enfants qu’on adopte ont quelque chose de plus, parce qu’on creuse en eux. Toi, Gemma, tu trouveras la nuque de Diego. Toi, Diego, tu trouveras ton père.” »  


« Mon front à moi, c’était la ville tranquille. C’était mon appartement propre et vide, sans Diego. […] Toute seule, je ne salissais pas, je n’existais pas. J’étais neutre, inodore. […] J’attendais la paix, les résolutions de l’ONU. J’écoutais le pape réclamer la fin des combats. Pendant ce temps, à Genève, les commanditaires de l’horreur buvaient de l’eau minérale.

 

Diego était là-bas, sur le front qu’il s’était choisi. Celui des vitres brisées.

Au milieu : le no man’s land qu’était mon corps abandonné, pareil à la terre brûlée embrasée par les mitrailleuses […] C’est ainsi que je continuais à vivre : incrédule, égarée. […]

Je me rendais presque tous les jours au ministère des Affaires étrangères en quête de nouvelles, je patientai des heures avant de parler à un fonctionnaire.

“Il faut que je rejoigne mon mari.”

Je demandais qu’on m’autorise à emprunter un des avions militaires qui partaient pour la Bosnie.

“C’est trop risqué. Il vaut mieux attendre.

– Je ne peux pas attendre.” »  


« Il enfonce son visage dans ma main. Il me renifle et se frotte contre moi, s’imprègne de tout ce dont il a été privé.

 

Il me fixe. Ses yeux sont d’étranges marécages. Je me dis soudain qu’il n’est pas ici, que ce n’est pas moi qu’il cherche, que ce qu’il cherche n’existe plus. »


Dans le labyrinthe

 

venir-au-monde_film.jpg La Bande annonce de l'adaptation cinématographique à venir.

Témoignages des correspondants de guerre à Sarajevo sur France Inter.

Un dossier du Courrier international sur la guerre des Balkans, 20 après.

Brigitte.jpg Brigitte, « Je veux un enfant »

A propos de  la gestation pour autrui.

 

 

 

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