Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

LE RACCOURCI

Espace dédié aux lectures qui s'accumulent et pour lesquelles je n'ai pas le temps de faire un article. Quelques mots pour ne pas les oublier, quelques impressions rapidement esquissées, et des liens pour prolonger la découverte.


gazprom_couv.jpg

Gazprom – Le nouvel empire, Alain Guillemoles et Alla Lazareva

Ou comment décrypter un instrument de pouvoir colossal pour la Russie.

Où l'on saisit les enjeux, où l'on s'étonne des chiffres, où l'on comprend les liens ténus entre pouvoir et gouvernement, entre privé et public, et où l'on devient souvent tout rouge de rage !

« Dans toute l’ex-URSS, Gazprom est un outil pour tenter de mettre à genoux les gouvernements des pays nouvellement indépendants et les obliger à revenir dans le giron de Moscou. »

« Gazprom est un État dans l’État, la colonne vertébrale de l’économie du pays. L’entreprise règne en maître sur un empire de 400 000 salariés et 155 000 km de gazoducs, gère des territoires entiers et pèse 8 % du PIB russe. Elle paie 20 % des impôts collectés par l’État fédéral. Elle fournit un quart du gaz consommé en Europe et possède les plus grandes réserves du monde (17 % des réserves mondiales connues). »

« En 2006, Gazprom est entré parmi les cinq plus grosses entreprises mondiales en termes de capitalisation, tous secteurs d’activité confondus. »

« En 1992, peu de gens connaissent, dans le grand public, le nom de Viktor Tchernomyrdine. C’est pourtant lui que choisit Boris Eltsine pour devenir Premier ministre. La Russie vient alors de vivre une année de changements accélérés. De jeunes réformateurs ont lancé une thérapie de choc pour faire basculer la Russie vers l’économie de marché. Mais ce remède de cheval s’est traduit par une flambée des prix et une désorganisation accrue de l’économie. En appelant au pouvoir le directeur de Gazprom, Boris Eltsine fait une place, au sein du pouvoir, aux lobbies industriels issus de l’époque communiste. Il leur adresse un signe rassurant, montrant que leurs intérêts seront pris en compte. Il s’assure en même temps le soutien de cette entreprise riche, à même de combler les trous du budget lorsque cela s’avère nécessaire. »

« Tout le projet politique de Vladimir Poutine peut être résumé en quelques mots : une recentralisation du pouvoir. »

Les médias appartiennent au pouvoir :

« La reprise en main des différentes rédactions s’est faite de façon graduée. […] ces médias ont pu conserver leur identité mais savent qu’ils doivent obéir à la nouvelle règle non écrite en vigueur en Russie : pas de critique directe sur les thèmes qui sont au cœur de la politique présidentielle. Et pas de soutien à ceux qui s’opposent à sa volonté. »

Turkménistan : « Après l’indépendance, Nyazov est resté en place. Il s’est fait proclamer président à vie en 1999, instaurant le culte de sa personnalité et couvrant  la capitale de palais édifiés par la société française Bouygues. »

Les petits matins, 2008.

 


chevaux-de-feu.gif

Les chevaux de feu ou Les ombres des ancêtres oubliés, Mykhaïlo Kotsioubynsky

L'histoire de deux familles, les Paliytchouk, et les Houteniouk.

L'histoire d'une rivalité et d'un amour impossible.

L'histoire d'une Ukraine mystérieuse, champêtre, empreinte de merveilleux, de rites et de coutumes oubliés.

 

« L’univers était pour lui comme un conte, plein de prodiges, mystérieux, curieux et effrayant. […]

La rumeur sourde de la rivière montait de la vallée vers Ivan et submergeait les montagnes et en lui coulait de temps en temps le son liquide d’un clocher. Par les branches d’un sapin il apercevait les montagnes affligées, saturées de la tristesse émanant des ombres des nuages qui effaçaient complètement le pâle sourire des champs de foin. À chaque instant les montagnes changeaient d’humeur : lorsque la prairie riait, la forêt se rembrunissait. Et de même qu’il était difficile de fixer son regard sur ce visage mouvant des montagnes, de même il était difficile pour l’enfant de comprendre la mélodie capricieuse de la chanson qui s’enroulait, battait de ses ailes à son oreille, sans se laisser capter. »

 DSCN3464.JPG

« Peut-être n’y a-t-il rien. Peut-être que la nuit a déjà submergé les montagnes, peut-être que les montagnes se sont mises en mouvement, ont étouffé tout être vivant et seul le cœur d’Ivan bat sourdement sous son gilet de peau dans les espaces infinis et morts ? La solitude, comme un mal de dents, commence à lui ronger le cœur. Quelque chose de grand, d’hostile, l’oppresse, c’est ce silence figé, cette tranquillité indifférente, ce sommeil du néant. L’impatience bat à ses tempes, l’inquiétude le saisit à la gorge ; il se dresse d’un coup et se précipite vers l’alpage en criant, en ululant et en se lamentant, au milieu des aboiements de chiens, dans un tourbillon déchirant et sauvage, afin de briser le silence, de faire éclater la nuit en miettes, comme une pierre contre une vitre. »

 DSCN3467.JPG

 

« À présent Ivan était un gars svelte et fort comme un jeune sapin, il passait du beurre sur ses cheveux, portait une large ceinture de cuir et un magnifique chapeau. Maritchka aussi portait des nattes tressées, ce qui signifiait qu’elle était bonne à marier. Ils ne gardaient plus les agneaux ensemble et ne se rencontraient que pour les fêtes ou le dimanche. Ils se rejoignaient près de l’église ou quelque part dans la forêt, afin que leurs parents ne sachent pas que les enfants des deux familles ennemies s’aimaient. Maritchka avait plaisir à l’entendre jouer de la flûte. Plongé dans ses pensées, les yeux fixés quelque part au-delà des montagnes, comme s’il voyait quelque chose que les autres n’apercevaient pas, il portait à ses lèvres pleines son chalumeau sculpté et un chant étrange, que personne encore n’avait joué, tombait doucement sur le regain vert des prairies où les sapins envoyaient leurs ombres agréables. Quand les premiers sons retentissaient, un froid glacial pénétrait jusqu’aux os, comme si les neiges recouvraient les montagnes mortes. »

DSCN3470.JPG

DSCN3472

Traduit de l’ukrainien par Jean-Claude Marcadé

Illustration de H. V. Yakoutovytch

L’Age d’Homme, 2001.


la-nuit-tombee_couv.jpg

La nuit tombée, Antoine Choplin

 « Alors, c’est bien vrai ? Tu retournes là-bas ?

 

Oui, dit Gouri.

Ce soir ?

Oui, cette nuit. »

 

« Moins d’une semaine plus tard, c’était tôt le matin, deux camions militaires sont arrivés ici au village. Une huitaine de gars sont descendus et le chef a pris la parole pour dire qu’ils recrutaient des hommes pour nettoyer la zone. Que s’engager pour ce travail, c’était ni plus ni moins faire son devoir de citoyen. Nous on était là, avec Pavel et Stepan. On a dit qu’on avait déjà bossé au réacteur. Le chef nous a d’abord félicité et, après, il a souri en disant que ce qui nous attendait maintenant n’avait rien à voir. Ce serait du gâteau à côté de ce qu’on avait fait. En plus, on toucherait double solde pour le boulot. C’était une aubaine pour nous. »

 Antoine Choplin à la Grande Librairie 

 

 


 

chair araignee couv

La chair de l'araignée, Hubert, Marie Caillou

Un album très touchant où deux solitudes se rencontrent. Deux corps sans chair, deux âmes blessées et l’incompréhension du monde face à leur maigreur.

J’ai beaucoup aimé cet album qui traite avec pudeur et délicatesse de l’anorexie, même si je trouve dommage que tous les personnages soient défigurés par un drôle de nez qui jure avec le reste du dessin plutôt fin. Peut-être doit-on le voir comme un symbole (ce qui se voit comme le nez au milieu de la figure et qu’eux ne voient pas ?) ou un contraste avec la maigreur du corps ?

chair_araignee_vent.jpg

Par ailleurs, le dessin joue sur l’ambiguïté des sexes : garçon ou fille ? Les deux se ressemblent tellement qu’on ne sait plus qui est qui. 

Vous pouvez lire les premières pages ici.

A lire : un entretien avec Hubert, qui répond notamment à ma question sur les drôles de nez.

Enfin, un article qui vous en dit plus, suivi d'un entretien avec l'auteur.

chair-planche.jpg


 



yerzhan

Yerzhan, T1. Fugitifs, EFA & Hautière

Dessins un poil trop radioactifs (couleurs acidulées) mais intrigue bien construite : quelque part au Kazakhstan dans le futur, Yerzhan traîne avec Rakik au grand désarroi de son beau-père (« radin et violent ») qui collabore avec les Russes et voit d’un mauvais œil que son « fils » traîne avec un arabe.

yerzhan-planche.jpg

Les ennuis commencent après un violent orage qui permet à un prisonnier de s’échapper. Quand Yerzhan et son père viennent récupérer le linge de la prison, le garçon trouve le fugitif, le couvre et l’aide à s’enfuir, déclenchant une onde de choc terrible.

Pas vraiment mon genre d’habitude mais l’action tient en haleine et on attend la suite !

Réussi.

Vous trouverez ici un article plus détaillé et argumenté.

yerzhan-planche1.jpg

championze

Championzé, Vaccaro & Ducoudray

Vous n’êtes pas fan de boxe mais vous avez aimé Million dollar baby ?

Vous n’êtes pas fan de sport mais vous aimez les histoires incroyables qui regorgent de rebondissements romanesques ?

Ne vous braquez pas sur la couverture (personnellement, je l’ai eue des mois sous les yeux sans avoir une seconde envie de regarder dedans) et découvrez vite l’incroyable histoire de Battling Siki. Ca vaut vraiment le coup car dès la première page, surprise ! : le dessin est absolument sublime en crayonné sépia. Et le récit, sacrément bien mené, réserve autant d’action que d’émotion. A noter cependant quelques fautes d’orthographe…

Pour une approche plus complète, allez donc voir par là !

championze-1.jpg

championze-1bis.jpg

championze-2.jpg  championze-3.jpg

championze-4.jpg

Et encore plus d'images ici.


melodie-au-crepuscule-copie-1.jpg

Mélodie au crépuscule, Renaud Dillies

Voilà une fable onirique très réussie, originale, d’une incroyable inventivité graphique ! (de vraies belles trouvailles sur certaines planches, plein d’ingéniosité, de recherche dans la construction).

On entend la musique, on sent l’âme tzigane, on oscille entre nostalgie et joie de vivre.

« Cette histoire est une sorte d'hommage que je voulais rendre à Django Reinhardt à ma manière, c'est-à-dire en prenant un côté volontairement “conte”, m'attachant davantage sur certains aspects du personnage (incarné ici en Tchavolo Naguine) atypique, rêveur, curieux, un brin illuminé, à la fois en-dehors du temps, mais avec un langage universel.

C'est l'histoire d'une rencontre avec Scipion Nisimov (narrateur et personnage principal) qui, par son intermédiaire et ses incertitudes, nous fait découvrir un monsieur extraordinaire de simplicité et de génie. Il nous dévoile un nouveau monde, une culture différente, avec ses incompréhensions mais surtout ses richesses…

Bref, je souhaite juste faire un clin d'œil à l'un des plus grands musiciens de tous les temps. Parler un peu de sa musique si pétillante de vie, comme le rire d'un enfant... »

Pour en savoir un peu plus sur l’auteur, c’est par ici !

A noter Le jardin d’hiver, que j’avais aussi beaucoup aimé pour son univers décalé, avec une grande originalité dans le thème et les émotions suscitées :

jardin-d-hiver-copie-1.jpg

Alors si vous voulez sortir des sentiers battus, n'hésitez pas : essayez Dillies 

melodie-au-crepuscule1.jpg

melodie-au-crepuscule1bis.jpg

melodie-au-crepuscule3.jpg




ca-n-arrive-qu-a-moi-couv-1.jpg

Ca n'arrive qu'à moi, Tronchet

Prunelle est délicieusement gaffeuse et maladroite. Elle vient de monter son cabinet de naturopathe qui ne marche pour l'instant pas du tout. Faut dire que quand le seul patient de la journée la prend pour une patiente, elle n'ose pas le contredire et ils restent plantés dans la salle d'attente pendant des heures jusqu'à ce que le courageux abandonne...

Chaque soir, Prunelle raconte les péripéties de sa journée à sa mère. Elle est obligée de l'appeler de la salle de bains, seul endroit où le téléphone fonctionne. Sa mère s'amuse de ses histoires. C'est drôle, elle lui fait penser à l'héroîne d'une série télé. C'est étrange. D'autant que le scénario ne ressemble pas seulement à la vie de Prunelle. Il EST la vie de Prunelle.

Situations cocasses, lecture agréable. Rien de transcendant mais beaucoup de plaisir toutefois. A noter le dessin vraiment particulier. Les visages sont horribles, le trait pas vraiment fin (c'est le moins que l'on puisse dire) mais n'empêche pas de rire aux belles trouvailles.

Didier Tronchet lui même vous en dit un peu plus ici.

ca-n-arrive-qu-a-moi-.jpg

ca_narrive_qua_moi_image.jpg

PHENOMENUM-couv.jpg  phenomenum02.JPG

Phenomenum, Kaminka et Védrines

C'est arrivé la première fois qu'il a failli mourir : Yann s'est rendu compte qu'il pouvait influer sur le temps. Il l'arrête, le distend, l'accélère à sa guise. Pouvoir arrêter le temps : ce rêve vieux comme le monde ! D'où lui vient ce don, que doit-il en faire ? Quel sens donner à tout cela ? Ado en perdition guidé par la colère, il profite d'abord de ce nouveau jeu pour dévaliser les banques et mener une vie peu recommandable. Mais ses forfaits ne passent pas inaperçus et le voilà bientôt avec la police et les services secrets aux fesses. 

En trois tomes, les aventures plaisantes sans être ni vraiment novatrices ni exceptionnelles de notre héros déchiré entre les gens qu'il aime et la menace que son don représente en permanence pour eux.

phenomenum_t1.jpg

PHENOMENUM2.jpg

faire-le-mur.jpg

Faire le mur, Maximilien Le Roy

Une petite BD qui se lit très vite (trop, peut-être ? je n'en ai déjà presque plus de souvenirs alors que le sujet est pourtant important...). Une vie à la frontière, comment vivre des ces villes où se dressent les murs, où les interdits, les surveillances, sont partout ? C'est le récit de Mahmoud, jeune palestinien, que Maximilien met en images en y rajoutant son propre rapport à l'espace et aux corps.

C'est aussi l'histoire d'une rencontre, d'un voyage et du dessin qui offre l'évasion que les murs ne permettent pas.

Une présentation plus détaillée sur le site de mediapart.

 

J-ai-pas-tue-De-Gaulle.jpg

J'ai pas tué De Gaulle, mais ça a bien failli, Bruno Heitz

A lire d'une traite un dimanche aprèm avec une tasse de thé ou de chocolat, au chaud sur le canap'. Action, humour, un récit bien mené et un dessin réjouissant.

A lire pour vous donner encore plus envie : un entretien avec l'auteur et la critique des Inrocks.

A noter : Bruno Heitz est un très prolifique dessinateur de livres jeunesse.

 

espion staline

L'espion de Staline, Isabel Kreitz

Intéressante et originale, l'histoire d'une musicienne expatriée au Japon qui côtoie le milieu allemand de l'ambassade des années 1940 et rencontre Richard Sorge, énigmatique personnage. Ses frasques et ses inconvenances gênent, provoquent. Ses manières dérangent. Quand Eta commence à le fréquenter, personne ne voit cela d'un bon oeil. Surtout que Richard n'est pas celui que l'on croit. Mais ce qu'il est vraiment, le sait-il ?

C'est vrai que c'est parfois un peu confus (beaucoup de personnages, des passages en anglais ou en japonais - traduits, je vous rassure !) mais on se laisse vraiment prendre par le récit qui oscille entre intrigues d'espionnage et badinage. Le dessin est stupéfiant, et même si je n'adhère pas du tout à la représentation des personnages qui ont l'air d'être déformés (quelque chose qui cloche dans les proportions ?), il y a dans le trait en noir et blanc quelque chose de très fort.

Une interview de l'auteur ici.

espion-staline2.jpg espion-staline3.jpg

espion staline1