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Terminale, tout le monde descend !, Susie et Aliyah Morgenstern

Publié le par Arianne

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Le talent de Susie Morgenstern n’est plus à démontrer, on découvre ici celui de sa fille, Aliyah. Mère et fille nous régalent un chapitre sur deux par la narration de leur journée, similaire et pourtant vécue aux antipodes entre le monde de l’adulte et celui, si différent, de l’ado. C’est irrésistible de drôlerie, de vérités, de cocasseries, de justesse et d’émotions. Les adultes prendront certainement le parti de la mère, en se remémorant peut-être avec nostalgie les journées shopping ou les sorties ciné. Les ados – et les jeunes adultes, allez, je vous l’avoue, je me suis tellement retrouvée dans les états d’âme et les frustrations d’Aliyah – comprendront peut-être enfin pourquoi les parents ne comprennent jamais rien, eux.

« Je regardais vivre ma fille avec perplexité. Il me semblait que notre silence devenait trop sombre, compliqué, pénible et dangereux. Alors j'ai proposé un duel. Nous avons choisi nos armes : le papier, le crayon – un affrontement muet, mais plein de bruit. Ce que nous n'arrivions pas à nous dire à voix haute est sorti plus facilement sur la feuille en nous servant de l'humour comme garde-fou. Par une suite de petits événements, de querelles sans grande continuité, sans véritable logique ni raison se déroule le drame du couple mère-fille. Peut-être avons-nous appris par ce jeu d'écriture à vivre notre amour ? » S.M.

« Je me suis toujours réfugiée dans le silence ; cachée sous le voile du secret, je peux me replier sur moi-même pour vivre toute seule mes histoires de petite fille qui refuse de grandir, qui voit avec angoisse approcher d'année en année le cap symbolique des dix-huit ans. Mais vient le moment où le voile se déchire, où le mystère se dissipe : le moment d'ouvrir les yeux et de voir. Voir qu'il y a les Autres et que parmi eux, il y en a Une qui me regarde grandir et à qui ma quête de solitude fait mal. Et comme je ne peux utiliser cette parole orale “vivante”, qui en dit trop et pas assez pour montrer l'amour que je porte à ma mère, un amour qui vit grâce aux disputes et aux rapprochements, à un duel continuel et continué, j'ai tenté de l'exprimer par l'écrit en laissant agir les mots sur le papier magique. » A.M.

Les grands moments de la vie parents/enfants sont évoqués : la journée type au lycée pendant que maman travaille à la maison, la sortie ciné du week-end qui vire au cauchemar, la journée shopping qui frôle le reniement et le déshéritage, la leçon de flûte qui tombe dans l’oubli, les préparatifs du matin – un pur moment de rigolade ! – où la mère croit avoir enfanté une extra-terrestre quand la fille ne fait que le minimum pour pouvoir apparaître en public (non, se coiffer 50 fois, retourner autant devant la glace et se changer 20 fois de plus n’est pas un comportement anormal !), la balade du dimanche – pure corvée pour la fille et moment d’extase pour la mère…

Un décryptage des comportements de la vie de tous les jours à deux voix. D’une écriture percutante, d’un humour irrésistible, d’une tendresse et d’une sensibilité extraordinaires !

Un livre à faire lire absolument à toutes les mamans qui veulent comprendre leur ado… et aux ados qui passent deux heures dans la salle de bains avant de sortir de la maison.

Absolument gé-nial !

« Nous marchons ensemble dans la rue. Elle ne dit rien. Nous sommes comme un de ces vieux couples qui savent que s'ils commencent à se parler ça va faire mal. Je cherche néanmoins des mots pour animer notre parcours. J'ouvre la conversation. Elle la ferme avec une monosyllabe. Je rouvre. Elle referme. Elle croit sans doute que la bouche est une porte : il faut la garder fermée.

Si seulement... et pour d'autres raisons. Ma mère disait à propos des régimes : “Il y a un seul régime : fermer la bouche !” Comment je peux lui dire : “Écoute, arrête de manger tant, ne sois pas comme moi.” Les parents doivent donner l'exemple, pas le contre-exemple. Combien je me force à rester muette devant l'expansion de ses fesses et de ses cuisses. J'éclate des conseils que je n'ai jamais pu suivre. Il faut que je me dise simplement : “Fous le camp de sa vie ! Qu’elle vive sa vie grosse ou mince, comme elle peut, comme j'ai pu. Tu n'y peux rien, sauf l'aimer.”

Et je l'aime. La fille d'Untel saura très bien ranger une bibliothèque. La fille de tel autre est mince. La fille de la voisine n'a jamais une jupe froissée. La cousine ne perd pas ses affaires. Mais je ne l'échangerais pas contre toutes les filles du monde, ni aucune.

Et maintenant que va-t-il arriver, que va-t-il nous arriver à toutes les deux ? Rien ou presque. Le bac au moins ! Et puis nous continuerons à nous quereller, à nous affronter tout en sachant que nous nous aimons.

Elle continuera à ne pas totalement me comprendre, me saisir, me percer à jour, et je continuerai à prendre des petites choses sans importance au tragique, à garder au fond de moi une sourde rancœur amère, à oublier parfois qu'elle aussi existe, souffre et aime.

Mais de temps en temps, nous nous regarderons avec au fond des yeux une lueur complice, et nous saurons. »

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