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Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay

Publié le par Arianne

sarah

Julia, journaliste américaine expatriée à Paris et à peine intégrée à sa belle-famille malgré les années parisiennes désormais plus nombreuses que celles passées outre-océan, doit faire un article sur la rafle du « Vél d’Hiv » dans le cadre de la commémoration de l’événement. Tracassée par un quotidien en voie de morosité avec son mari et occupée par les travaux du nouvel appartement et son emménagement prochain, elle va faire une découverte qui va totalement bouleverser son monde et revoir ses priorités.

Cette découverte est Sarah, petite fille d’à peine 10 ans, que l’on retrouve en italique entre chaque chapitre et que l’on va suivre au cœur de la honte et de l’horreur de juillet 1942. Quand la police française vient cogner à sa porte, Sarah pense d’abord que ça ne peut pas être grave, ce ne sont pas des Allemands, au moins. Ses parents et elle sont toutefois emmenés au Vélodrome d’hiver. Sarah est rassurée, elle a caché son petit frère dans le placard, leur cachette secrète introuvable. Il a de l’eau, une lampe de poche et un bon livre. Et elle a la clé. La clé du placard. Elle a juré à Michel de ne pas s’inquiéter, elle a promis de revenir et de le délivrer très bientôt. Ils vont revenir très vite, elle en est sûre. Mais Sarah et ses parents sont alors transférés au camp de Beaune-la-Rolande.

En 2002, Julia n’a plus qu’une idée fixe : retrouver la trace de la petite fille et comprendre ce qui s’est passé dans cet appartement du Marais. Elle sent que sa belle-famille peut l’aider dans cette quête, qu’un secret est caché dans leurs silences. Quant aux silences de son mari, c’est à elle de décider qu’en faire… et de prendre les décisions qui s’imposent.

Certes l’intrigue est captivante, le thème du roman important – ce sombre épisode méconnu de l’histoire française – et la narration à deux voix originale (quoique l’on aimerait parfois qu’il n’y ait que celle de Sarah…). C’est une très belle histoire mais le style est épouvantable. J’ai rarement trouvé un roman aussi mal écrit. Il n’y a aucun style, aucune recherche de fluidité, de vocabulaire, d’originalité : c’est le degré zéro de l’écriture. C’est vraiment dommage car il y a un potentiel à exploiter… que j’ai hâte de découvrir dans le film éponyme qui doit sortir mi-octobre. Puisque seule l’histoire a réellement un intérêt, voilà un livre qui je l’espère se prêtera bien à une adaptation cinématographique. Au moins Kristin Scott Thomas, incarnant Julia, donnera-t-elle au personnage un charisme et un intérêt autrement plus importants que les états d’âme simplistes, les critiques enfantines et une sensibilité dénuée de charme qu’en donne l’auteur.

« La fillette lui prit la clef et la remit dans sa poche. Elle se demanda combien de temps son petit frère tiendrait le coup. Il devait l’attendre. Il lui faisait confiance. Une confiance totale, absolue.

Elle ne supportait pas l’idée de savoir qu’il attendait, seul et dans l’obscurité. Il devait avoir faim, soif. Il n’avait probablement plus d’eau depuis longtemps. Plus de piles pour la lampe de poche. Mais tout valait mieux que d’être coincé ici, c’était ce qu’elle pensait. Rien ne pouvait être pire que cet enfer de puanteur, de chaleur suffocante, de poussière, de gens qui hurlaient ou mouraient.

Elle regarda sa mère qui, recroquevillée sur elle-même, n’avait pas ouvert la bouche depuis deux heures. Puis elle regarda son père, son visage hagard, ses yeux creusés. Puis autour d’elle. Elle vit Eva et ses pauvres enfants épuisés, pitoyables. Elle vit des familles, tous ces gens qu’elle ne connaissait pas, mais qui, comme elle, portaient une étoile jaune sur la poitrine. Elle vit ces milliers d’enfants, agités, surexcités, affamés, assoiffés, les plus petits qui ne comprenaient rien, qui trouvaient que ce jeu étrange avait trop duré et qui réclamaient de rentrer à la maison, pour retrouver leur lit et leur nounours. »

 


« “Pourquoi est-ce si important pour vous, Julia ? finit par me demander Guillaume.

– Je veux savoir ce qui est arrivé à cette petite fille.”

Il me scruta du regard. Ses yeux étaient profonds et graves.

“Je comprends, mais faites attention quand vous interrogez la famille de votre mari.

– Je suis sûre qu’ils me cachent quelque chose. Je veux savoir quoi.

– Soyez prudente, Julia”, répéta-t-il. Il me sourit mais ses yeux restèrent sérieux. “On ne joue pas impunément avec la boîte de Pandore. Parfois, il vaut mieux qu’elle reste fermée. Parfois, il vaut mieux ne rien savoir. ”

Franck Lévy m’avait mise en garde de la même façon, ce matin même. »


Elle_s-appelait_sarah_affiche.jpg

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Aurélie 12/10/2010 11:22


une BD à lire sur le même sujet : Le petit Maurice dans la tourmente - Maurice Rajsfus, Mario et Michel D’Agostini (je l'ai pas lu, mais ça a l'air bien !)
Et c'est l'histoire vraie du scénariste...


Arianne 12/10/2010 11:28



Ah super, merci ! Je ne connais pas...


Il y a aussi Opération vent printanier de Richelle (celui qui a fait Amours fragiles sur la montée du nazisme en Allemagne) et Wachs. Je ne l'ai pas encore lu mais ça a
l'air pas mal aussi.



Apolline Fort 05/10/2010 10:42


C'est marrant parce que l'autre jour avec une amie on a vu ce livre à la FNAC et elle m'a dit que rien que le titre ça lui faisait froid dans le dos ! lol ! du genre : tu sais que ça va finir mal,
que c'est une histoire de déportation et tout et comme c'est au passé ça présage rien de bon....
Enfin du coup j'irais ptet voir le film, l'affiche est sympa en plus :)


Arianne 05/10/2010 11:24



Oui, je te conseille le film ! Même si pour l'instant, je ne sais pas du tout ce qu'il vaut. Cela dit, le livre n'est pas trop dans le pathos style "bonjour les horreurs" mais en effet, dès le
début on sent qu'un truc va être vraiment pourri... mais pas forcément celui que tu penses...


;)