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L'insomnie des étoiles, Marc Dugain

Publié le par Arianne

Rentrée littéraire 2010

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La jeune Maria vit seule dans la grange. Son père est parti au front. C’est la guerre. Bientôt la fin, à vrai dire. On comprend peu à peu que nous sommes en Allemagne. Maria est allemande, les soldats qui viennent la voler et cherchent à la violer sont allemands aussi. Tout comme l’homme qui est tué froidement devant elle et qui se retrouve dans une malle que les soldats – français, cette fois – vont trouver. Maria est emmenée, interrogée. Le capitaine Louyre se prend d’intérêt pour cette histoire et de tendresse pour cette jeune fille perdue. Quelque chose l’intrigue dans cette histoire : des os dans une malle, une jeune fille retrouvée seule, des lettres  qui n’ont pas été lues, un hôpital vide en pleine guerre alors que les blessés font nombre et le silence gêné des gens du village. Il ne sait pas encore pourquoi mais Louyre sent que tout cela est lié. Et il sent que derrière ce mystère se cache une atrocité.

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Il y a du talent chez Marc Dugain. Dès les premières pages, je me dis : « Mince, mais c’est pas mal du tout ! » et me voilà avide de continuer. Le style, l’ambiance, la peinture délicate des lieux et des personnages, le suspens. Il y a des passages très intenses, comme celui des soldats qui fouillent la grange. Le personnage de Maria est déstabilisant, petite fille qui grandit par la force des choses, tout autant fragile que déterminée et qui comprend vite comment fonctionne un homme et comment l'utiliser. Il y a le mystère qui entoure la disparition de sa mère, les nouvelles encore cachées que lui envoie son père et les sentiments confus du capitaine pour toute cette histoire. Puis, arrivée à mi-chemin,  je me dis que tout cela est un peu facile. Toute l’histoire repose sur le mystère de cet hôpital et de ce qui s’y est joué pendant la guerre. On sait qu’on va savoir, on en crève d’envie et l’auteur joue à reculer toujours plus le moment de la révélation par des subterfuges un peu factices. Louyre fait un peu figure d’inspecteur de série télé qui sent les choses, qui prêche le faux pour savoir le vrai et qui parvient à faire fléchir le plus récalcitrant des taiseux. Évidemment, il y a l’Histoire, celle qui fait honte, qui salit, qui déshonore. Il y a les horreurs et la barbarie, et pas que du côté des « méchants ». Mais l’on ne sait pas trop si celle-ci est prétexte à un exercice de style… ou l’inverse.

Une mention spéciale toutefois pour le titre que je trouve très beau :)

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Marc Dugain

« Des nuages en armure veillaient un peu plus haut, menaçant le beau temps revenu. La visite terminée, Louyre resta silencieux un long moment à contempler les lieux domestiqués qui lui donnaient le sentiment d’une élégance trompeuse. L’architecture classique évoquait un conservatisme propice à la dissimulation du drame qui s’était joué là.

La tranquille assurance qu’il affichait, sa marche déliée, la franchise de ses traits ne disaient rien sur la souffrance de l’officier. Il n’avait pas l’intention de se remettre de cette guerre, ni de l’enfouir dignement comme l’avaient fait ses parents, éponges silencieuses d’un siècle sans espoir. Il voulait toucher au fond, sans jamais se mentir, y patauger, se prétendre l’intime de l’insondable dans sa descente vertigineuse vers l’innommable dont un grand nombre croient s’affranchir par un mutisme salutaire. “Quand le mal atteint de tels sommets, le bien ne connaît pas de plaine”, pensa-t-il en se remémorant sa campagne depuis le débarquement en Sicile. Le bruit avait couru sur des exactions si terribles que l’imagination ne parvenait en dresser que des contours maladroits où la rumeur était livrée à elle-même.

Le maire et le prêtre, légèrement en retrait sur les côtés, laissaient Louyre à ses divagations inquiètes.

En découvrant au loin, dans le parc, la statue grisée d’un inconnu illustre pour ses pairs d’un moment, il se résigna à voir surgir plus d’interrogations que de réponses. Il se retourna vers les deux hommes et leur dit à brûle-pourpoint : – Vous en viendrez à m’aider un jour ou l’autre, sans torture ni menace. Vous y viendrez car il faudra bien laver votre conscience. »

Prix du roman historique Les rendez-vous de l'histoire 2011.

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Apolline Fort 28/09/2010 12:07


Le titre est beau je trouve, mais l'histoire ne m'intéresse pas ... dommage !