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Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie

Publié le par Arianne

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Quel plaisir, cette lecture ! Voilà 10 ans que ce livre est paru et pour ceux qui, comme moi, seraient passés à côté, n’hésitez pas à vous offrir quelques heures délicieuses.

Luo et le narrateur sont envoyés à la campagne pour être rééduqués, selon les préceptes de la Chine maoïste. Leurs parents ont été jugés traitres au Parti, ils ne peuvent donc compter sur aucun soutien. Logés dans une ferme, ils vont participer à la vie du village, travailler aux champs, dans les rizières ainsi que dans les mines, au péril de leurs vies.

Ils vont aussi devenir conteurs pour la communauté. Ils sont chargés d’assister aux séances de cinéma et de les retranscrire à l’oral pour tous ceux qui ne peuvent avoir accès aux films (c’est-à-dire tout le monde).

« Je commençai alors la séance la plus étrange de ma vie. Devant le lit où mon ami était tombé dans une sorte d’assoupissement, je racontai le film nord-coréen, pour une jolie fille et quatre vieilles sorcières éclairées par une lampe à pétrole qui vacillait, dans un village encaissé entre de hautes montagnes. »

Ils développent un incroyable talent narratif qui va leur permettre, entre autres, de rencontrer la jolie Petite Tailleuse. Fille du célèbre et renommé tailleur de la région, elle se prend d’amitié pour ces deux amis pleins de fantaisie, de joie de vivre et d’histoires à raconter.

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Mais surtout, ils vont découvrir chez le Binoclard – un enfant antipathique du village voisin – une malle pleine de livres ! Ils en rêvent, de ces livres interdits, censurés…

« Cette histoire de littérature me déprimait à mort : nous n’avions pas de chance. À l’âge où nous avions enfin su lire couramment, il n’y avait déjà plus rien à lire. Pendant plusieurs années, au rayon "littérature occidentale" de toutes les librairies, il n’y eut que les Œuvres complètes du dirigeant communiste albanais Enver Hoxha, sur les couvertures dorées desquelles on voyait le portrait d’un vieil homme à cravate de couleurs criardes, avec des cheveux gris impeccablement peignés, qui rivait sur vous sous ses paupières plissées, un œil gauche marron et un œil droit plus petit que le gauche, moins marron et doté d’un iris rose pâle. »

Ils vont désormais n’avoir plus qu’une idée en tête : se procurer ces livres, coûte que coûte (et Dieu sait que le risque est grand !).

Une belle histoire pleine d’humour, de tendresse, de rêves et de petits bonheurs. Ou quand la littérature sert l’amour, et inversement.

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Dai Sijie

« Le chef reprit le violon et l’inspecta de nouveau. Puis il me le tendit :

– Désolé, chef, dis-je avec gêne, je ne joue pas très bien.

Soudain, je vie Luo me faire un clin d’œil. Etonné, je pris le violon et commençai à l’accorder.

- Vous allez entendre une sonate de Mozart, chef, annonça Luo, aussi tranquille que tout à l’heure.

Abasourdi, je le crus devenu fou : depuis quelques années, toutes les œuvres de Mozart, ou de n’importe quel musicien occidental, étaient interdites dans notre pays.  […]

– C’est quoi une sonate ? me demanda le chef, méfiant.

- Je ne sais pas, commençai-je à bafouiller. Un truc occidental.

- Une chanson ?

- Plus ou moins, répondis-je, évasif.

Illico, une vigilance de bon communiste réapparut dans les yeux du chef et sa voix se fit hostile :

- Comment elle s’appelle, ta chanson ?

- Ca ressemble à une chanson, mais c’est une sonate.

- Je te demande son nom ! cria-t-il, en me fixant droit dans les yeux. […]

- Mozart…, hésitai-je.

- Mozart quoi ?

- Mozart pense au président Mao, continua Luo à ma place.

Quelle audace ! Mais elle fut efficace : comme s’il avait entendu quelque chose de miraculeux, le visage menaçant du chef s’adoucit. Ses yeux se plissèrent dans un large sourire de béatitude. »

Dans le labyrinthe

Le livre a été adapté au cinéma en 2002 

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L'émission Bouillon de culture où Dai Sijie parle de son livre fortement autobiographique.

 

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