Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Yucca Mountain, John D'Agata

Publié le par Arianne

yucca mountain couv

Las Vegas. Son Strip, son hôtel Bellagio, ses casinos, son Stratosphere.

Et son centre de stockage de déchets nucléaires.

À l’été 2005, l’auteur vient aider sa mère à emménager à Las Vegas. L’occasion d’une plongée effarante au cœur de l’Amérique, de ses excès et ses démesures, dont Las Vegas, plus que toute autre ville, est un parfait exemple.

bellagio-fountains.jpg

Hotel Bellagio

Érigée en plein désert, la ville est une aberration écologique. Elle est alimentée en eau par le plus grand lac artificiel du monde – le lac Mead – qui malgré ses 45 km3 d’eau ne cesse de s’appauvrir et de se dessécher tant il est pompé par les besoins absurdes de la grande ville du jeu.

« Déjà en 1962, à l’époque où la population de Las Vegas représentait un trentième de sa taille actuelle, les cours d’eau naturels qui alimentaient la population croissante de la ville ont sensiblement commencé à s’assécher, à s’épuiser et à disparaître dans des abîmes à tout jamais inaccessibles.

La ville a alors construit un aqueduc de 75 kilomètres au beau milieu du désert, qui part du lac Mead, un lac artificiel formé par le barrage Hoover. C’est le plus grand plan d’eau artificiel du monde. Aujourd’hui, l’aqueduc achemine 97 % de l’eau utilisée par Las Vegas, même si à force d’être irrigué depuis plus de 55 ans le niveau du lac a perdu trente mètres et 58 % de sa capacité moyenne. Chaque année, il perd environ quatre mille milliards de litres d’eau. »

Lake-Mead-etats-Unis-500x800.jpg

 Le lac Mead et la baisse du niveau d'eau marquée par la différence de couleur

Mais cela ne choque personne et surtout pas les 583 756 habitants qui sont considérés comme les mieux lotis dans cette région qui offre un cadre de vie exceptionnel.

Et c’est précisément à 140 kilomètres du centre-ville qu’une autre catastrophe environnementale se prépare, les Américains n’étant pas à une horreur près.

Yucca Mountain est le site qui a été choisi pour stocker les déchets radioactifs qui s’accumulent un peu partout sur le territoire et dont personne ne sait que faire.

« Ce projet prévoyait de construire 160 kilomètres de galeries à l’intérieur de Yucca Mountain et, en l’espace de quarante ans, de les remplir avec 77 000 tonnes de déchets nucléaires, puis de sceller et de fermer la montagne jusqu’à la décomposition des déchets. Dans le cas où le projet serait approuvé, Yucca Mountain, située à moins de 140 kilomètres au nord du centre-ville de Las Vegas, atteindrait un jour sa capacité maximum avec l’équivalent de deux millions d’explosions nucléaires, environ sept milliards de doses de radiation mortelles, assez pour tuer quatre millions et demi de fois tous les habitants de Las Vegas, Nevada. »

L’« enquête » de John D’Agata nous révèle pourquoi cet endroit a été choisi, ce que le projet prévoit, comment les manuels scolaires ont été adaptés pour faire passer la pilule, quels sont les moyens énormes développés pour convaincre la population, etc. et soulève, grâce à l’intervention de certains spécialistes, les problèmes majeurs que cela implique.

« Dans une des études menées par le département de l’Énergie sur la porosité de Yucca Mountain, 239 000 litres d’eau ont été déversés sur la montagne afin d’estimer le nombre d’années nécessaires pour que l’humidité atteigne le site d’enfouissement proposé. Mais l’étude stoppée plus vite que prévu quand on constata que les 239 000 litres d’eau avaient atteint le centre de la montagne en moins de trois mois. »

Yucca_Mountain.jpg

 Yucca Mountain

Plus encore qu’une diatribe contre le nucléaire, l’auteur met en lumière l’absurdité et les incohérences d’un système qui ne pense jamais à long terme, la corruption des preneurs de décisions, l’argent roi au détriment de la sécurité et du bon sens.

« En réalité, dit-il, j’en suis venu à penser que la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés à Yucca Mountain n’est pas celle de la demi-vie des déchets. La plus grande menace, c’est le transport de cette merde. [Bob Halstead, consultant spécialisé dans les déchets radioactifs pour l’État du Nevada.]

Actuellement, 77 milliers de tonnes de combustible nucléaire usé attendent leur enlèvement dans des centrales nucléaires. Rien que pour les transporter à Yucca, on a estimé à 108 000 le nombre de convois de 500 kg. »

Les pages consacrées au projet proprement dit de Yucca Mountain sont glaçantes.

Le reste fait plutôt sourire tant l’auteur décape son contemporain avec une verve qui fait mouche.

Cet ouvrage n’est pas un essai sur le nucléaire ni une analyse du site de stockage. Il est une carte postale de Las Vegas et de ses environs à un moment donné. John D’Agata l’avoue – et on est surpris de la place que cela prend dans le livre quand on aimerait en savoir plus sur Yucca – c'est aussi une enquête sur le suicide du jeune Levi Presley qui s’est jeté de la terrasse circulaire de l’observatoire du Stratosphere Hotel. Las Vegas est aussi la ville « où les gens se suicident plus que partout ailleurs en Amérique ».

fun-city.jpg

Une chose importante à noter : des notes de fin d’ouvrage précisent, complètent et corrigent certaines inexactitudes du récit mais les appels de note n’apparaissent pas dans le texte. Sans être franchement malhonnête, ça oriente toutefois la lecture et cela montre aussi que l’ouvrage se revendique plus du roman que de l’essai, l'auteur ayant privilégié la "tension dramatique" et la création de personnages.

Il n'en reste pas moins une lecture édifiante, aussi facile que passionnante ; un pur concentré d’Amérique.

john-d-agata.jpeg

John D'Agata

Dans le labyrinthe

L'article de John D'Agata sur ls suicide de Levi Presley.

Où il est question de Las Vegas, de déchets radioactifs et de l'essence compliquée de la vérité.

20 ans de combat.

De fil en aiguille

arretez-moi la  les peches de nos peres  tremblement-terre_muramali.jpg

Commenter cet article