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Une promesse, Sorj Chalandon

Publié le par Arianne

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Ca commence comme un roman « terroir », avec des noms comme Berthevin, le bosco, l’Andouille. On est dans un village de Bretagne, son café, ses habitués. On ne comprend pas bien ce qui se passe à Ker Ael : chaque jour, chacun des sept copains y vient mais Etienne et Fauvette ne leur ouvrent jamais.

J’avance un peu vite dans le récit, me disant que c’est peut-être plus un livre d’une autre génération/pour une autre génération, quand je m’y fais prendre malgré moi.

Le style, d’abord. Cette étonnante alliance de mots qui se marient là à la perfection alors qu’on aurait juré ne pas les faire se rencontrer. Les trouvailles de langage, les images qui tombent juste avec humour ou émotion. C’est original et poétique. Elégant.

Et puis l’histoire, bien sûr. J’avais beau courir pensant survoler ce roman, j’ai finalement voulu savoir et puis, mince, comprendre quelle était cette promesse, à quoi rime le cahier bleu, pourquoi ses allers-retours dans la maison ?

Je lis les dernières lignes avec avidité car je me suis complètement laissé prendre par la légende de Croton et de la veilleuse – la lampe des âmes.

C’est un très joli petit livre sur les liens fraternels, sur l’amitié – avec tout ce qu’elle comporte de forces, de promesses et de faiblesses –, sur le deuil, ses douleurs et ses excentricités, sur l’amour, le tout sur fond de légendes familiales.

« La pièce est dans la pénombre. Pas dans l’obscurité, mais dans un jour douteux. Les volets sont toujours ouverts, mais les lourds rideaux sont tirés. On dirait que la clarté n’ose. Tout à l’heure, le Bosco a allumé la luciole. Elle promène sa clarté bleue sur les regards et les rides, sur les cheveux âgés, sur les mains tachées de vieux, sur les lèvres sans chair, les dos abîmés, les peaux crépuscules, les vêtements usés, les chaussures de pluie. Le bosco les regarde. Il les regarde comme on dit adieu, au plus loin de la jetée. Il les regarde un à une. Il les aime. C’est comme ça. Même Berthevin le simple, même Ivan le difficile, même Paradis qui chaparde quand on tourne le dos. Il les regarde et il se dit qu’ils ont tenu promesse. Qu’ils sont allés au bout du bout, vers la lumière de deuil, là où frèrent les hommes. »


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