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Une poignée de gens, Anne Wiazemsky

Publié le par Arianne

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Marie Belgorodsky a des origines russes par son père mais ne connaît rien de l’histoire de sa famille. C’est Vassili Vassiliev, un ami de sa grand-tante Nathalie, décédée depuis quelque temps, qui va lui apporter cette histoire en lui restituant le « Livre des Destins », journal du mari de Nathalie, tenu de 1916 à 1917.

L’histoire que nous suivons est donc celle de Wladimir, surnommé Adichka, responsable de l’impressionnante propriété de Baïgora et de sa récente épouse, Nathalie, jeune fille cultivée au tempérament bien trempée pour l’époque, éprise de culture et de littérature française ou point de franciser son prénom.

« Elle charmait les uns et irritait les autres. Mais c’était la princesse Belgorodsky, la maîtresse de Baïgora et tous s’inclinaient. Sa jeunesse déconcertait : "Adichka a épousé une enfant", entendait-on parfois. Et Nathalie, il est vrai, ne semblait pas pressée de se joindre au groupe des épouses.

Elle jouait au tennis comme un garçon, accompagnait son mari à cheval, lisait, faisait de la musique, prenait ici et là quelques initiatives. »

Nous sommes en 1916 et le vent tourne pour les propriétaires terriens. À l’aune de la Révolution, les tensions s’exacerbent, la violence couve et la révolte veille. Adichka tente au mieux de répondre aux demandes de ses paysans, de résoudre les conflits, d’échapper aux menaces de plus en plus pressantes. Il dirige son domaine avec autorité mais s’efforce d’être juste. Lucide, bienveillant et inquiet, il ne pourra cependant échapper à la vague de révoltes et de violences.

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Paysannes aux champs dans la région de Moscou

Nathalie, de son côté, se soucie infiniment plus de son piano, du bruit des crapauds et de son amour inaltérable pour son mari que de la situation catastrophique des gens qui l’entourent. Totalement absente aux préoccupations sociales et politiques des paysans qui s’occupent de leurs terres, elle ne prend pas la mesure des menaces qui pèsent sur la maison. 

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Printemps, Victor Borisov-Musatov

Un pan de la Révolution russe vue du côté de l’aristocratie. Les petites histoires d’une « poignée de gens » pris dans la tourmente de la grande histoire. Anne Wiazemsky ressuscite pour un moment l’âme de la Russie tsariste où s’invite les prémisses du communisme. Une lecture facile et agréable emprunte d’un charme surrané.

Grand Prix du roman de l'Académie française et Prix Renaudot 1998.

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Anne Wiazemsky

 

« […] Dès le début de sa maladie, votre grand-tante Nathalie m’avait confié le journal (en Russie nous appelons ce type de journal de bord Livre des Destins) tenu par son mari en 1916 et 1917. On y découvre la vie d’une propriété au quotidien et la montée du bolchevisme. C’est un document humain et historique très important et je souhaiterais que vous en ayez connaissance. Son existence tient du miracle ! C’est une employée de votre famille du nom de Pacha qui l’a sauvé puis restitué à votre grand-tante Nathalie avant qu’elle n’émigre avec vos grands-parents et leurs enfants. Traverser la Russie en pleine guerre civile pour aller en Crimée, quel formidable exploit !

Nathalie Belgorodsky était très attachée à vos grands-parents qui l’ont beaucoup soutenue à la mort de son mari. C’était aussi la marraine de votre père, Pétia. Elle n’a jamais rencontré son épouse française (votre mère) ni vous-même. Je crois qu’elle le regrettait. Mais n’est-ce pas le destin commun de bien des familles d’émigrés que d’être ainsi dispersées aux quatre coins du monde ? »

 De fil en aiguille

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