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Un homme est mort, Kris et Davodeau

Publié le par Arianne

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Brest, 1950. La ville est un vaste chantier en reconstruction et la colère gronde chez les ouvriers. Partout se multiplient grèves et revendications. Mais un jour, lors d’une manifestation, la police réplique à coups de fusil. Consternation : un homme est mort. La population choquée, meurtrie et révoltée ne compte pas en rester là. Il faut que ce crime soit puni, que ce sacrifice n’ait pas été vain. René Vautier est artiste-cinéaste et est appelé à Brest pour filmer les mouvements contestataires. Avec une fine équipe – Désiré le gros costaud et ‘Ti Zef le petit nerveux, sorte d’Astérix et Obélix d’après-guerre – ils vont parcourir la ville, recueillir les témoignages et capter les images de toute la classe ouvrière désireuse de faire reconnaître ses droits. De tous ces bouts de vie, tranches de pellicule, René monte un reportage juste et fort.  Mais il manque le son car la caméra est muette et le magnétophone HS. L’artiste a alors une idée : il va commenter ces images avec les mots de Paul Eluard. Son poème, Au rendez-vous allemand, semble avoir été écrit pour illustrer la situation. Le résultat est sublime. Reste à faire circuler le film grâce à une ingénieuse méthode mise au point par toute l’équipe.

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Après un début pas évident (mise en place des personnages, repositionnement et  explications du contexte social et politique), Kris et Davodeau réussissent d’une main de maître à nous révolter et à nous émouvoir. Le dessin de Davodeau, très réaliste, se décline dans des teintes pastel ocre et Sienne qui mettent en valeur le mouvement. Des jeux de clair-obscur, des visages qui expriment toute la palette des sentiments et une maîtrise parfaite de la construction des planches.

L’histoire d’une révolte, l’histoire d’un film, et plus efficace que de longs discours, l’histoire au combien d’actualité des hommes qui luttent pour une dignité trop souvent déchue.

« Un homme est mort qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autres routes que celle où l’on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort, contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait nous le voulions aussi

Nous le voulons aujourd’hui

Que le bonheur soit la lumière au fond des yeux, au fond du cœur et la justice sur la Terre.

Il y a des mots qui font vivre et ce sont les mots innocents,

Le mot chaleur, le mot confiance, amour, justice et le mot liberté

Le mot enfant et le mot gentillesse et certains noms de fleurs et certains noms de fruits

Le mot courage et le mot découvrir et le mot frère et le mot camarade et certains noms de pays, de villages et certains noms de femmes et d’amies

Ajoutons-y Mazé

Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre

Tutoyons-le, sa poitrine est trouée mais grâce à lui, nous nous connaissons mieux

Tutoyons-nous, son esprit est en vie. »

En voir un tout petit peu plus...

 

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