Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un autre amour, Kate O'Riordan

Publié le par Arianne

un-autre-amour.jpg

Une lecture d’une incroyable sensibilité, qui tient en haleine tant par le style tout à la fois poétique et imagé de Kate O'Riordan que par l’imbroglio des sentiments. Quelqu’un a tiré un fil, chacun s’en est mêlé et c’est le bordel dans la pelote. Comment tout cela va-t-il finir ?

Matt et Connie se connaissent depuis l’enfance et sont mariés depuis des années. Ils ont trois enfants, trois garçons dont ils sont fiers. Alors qu’ils s’offrent un week-end en amoureux à Rome, Matt retrouve Greta, son amour d’enfance. Il pourrait s’agir d’une banale histoire d’infidélité ou d’une crise de la quarantaine mais c’est bien plus fin et complexe que cela.

Dans un récit à deux voix (celle de Connie et celle de Matt), nous suivons le bouleversement que suscite cette rencontre.

Connie rentre seule. Confrontée à ses enfants, à Mary, sa meilleure amie qui la connaît mieux que personne, à cette vie à faire tourner alors que tourne dans sa tête mille sentiments contradictoires qui l’abattent, elle s’engage dans un combat éprouvant – et ô combien risqué ! – pour sauvegarder son amour de toujours.

Resté à Rome, Matt apprend d’abord à connaître cette nouvelle Greta, version adulte de la jeune fille qu’il vénérait étant enfant. Greta n’a pas été épargnée par la vie et porte le poids d’une culpabilité innommable.

C’est l’histoire d’un autre amour, celui de Matt pour Greta, de Greta pour son fils, de Mary pour Connie, ses enfants, sa famille, de Connie pour Greta. Dans cette étrange danse où les amours se croisent, s’emmêlent, se filent, se défilent, chaque personnage tente de franchir les épreuves de la vie avec tous les drames que l’on porte en soi.

À noter le personnage un peu secondaire de Mary aux réflexions pleines d’humour. Ses discussions avec les saints sont d’une drôlerie qui tranche avec la solitude du personnage et la tristesse qu’elle renvoie. De même, les descriptions du caractère de chacun des fils et la relation qu’ils entretiennent avec leur mère sont remarquables.

« Un bol fumant l’attendait sur la table. Brenda faisait la vaisselle des garçons. Connie avait l’impression que de la bonté distillée coulait dans sa gorge. Elle aurait pu pleurer de gratitude. Mille jours d’enfance dans chaque bouchée : débarrasser ses chaussures de la neige grumeleuse dans l’entrée, souffler sur ses mains rougies, défaire l’écharpe de son cou raidi, nuit qui tombait tôt l’hiver dans la rue dehors, pénombre embuée et succulente dans la cuisine de sa mère et soupe qui l’attendait tous les jours après l’école. Gouttelettes d’orge soyeuses qui descendaient dans son corps en glissant jusqu’à son estomac. Chaleur qui luisait à l’intérieur, qui rendait de nouveau blancs les doigts rougis. Il n’existait rien, rien dans tous les verts pâturages de Dieu qu’elle désirât davantage à l’époque. C’était drôle comme, dans les moments de détresse, les expériences de toute une vie se réduisaient à l’essentiel, au plus élémentaire, à l’essence de la mémoire, balayant tout le superflu. L’odeur d’une cuisine. Un bol de soupe. La maison. »



« La seconde suivante, l’amour passa entre eux, ni réciproque ni réfléchi – tu m’aimes parce que je t’aime –, c’était simplement un choix, de personne à personne, un oubli de soi-même, de ce qu’on possède, de ce qu’on a accumulé et qui a parfaitement suffi, mais qui paraît à présent amoindri – famille, maison, jardin. Il se rendit compte, avec un choc comparable à celui qu’on éprouve en s’apercevant pour la première fois qu’on est capable d’un meurtre, qu’il était, en fait, capable de faire un tel choix. Tout pouvait disparaître en un sourire, en un battement de cœur, le temps qu’il faut pour passer de vie à trépas. Le temps d’une respiration. »

Commenter cet article