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Terre des affranchis, Liliana Lazar

Publié le par Arianne

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Slobozia, un village roumain avec ses habitudes ancrées, ses superstitions, sa forêt et son lac enchanté. La famille Luca y vit en marge, près de la forêt, non loin de la Fosse aux Lions, ce lac maudit d’où il est interdit de s’approcher. On raconte qu’il est habité par les moroï, ces esprits maléfiques qui hantent les lieux certaines nuits. Mais Victor trouve depuis toujours auprès de ce lac la quiétude et la force qui lui manquent en la compagnie des hommes. Baptisé le Bœuf muet, raillé par les enfants, battu par son père alcoolique, il trouve auprès de ces eaux mystérieuses une présence rassurante et bienveillante.

Pour tous les autres, la Fosse est un lieu maudit où la mort frappe de manière inexpliquée. C’est dans ces eaux tumultueuses que l’on retrouve notamment le père Luca, cet homme méchant que personne ne pleure. Quand un nouveau drame survient et que tout accuse Victor, il lui faut alors se cacher. Protégé par sa mère et sa sœur, il vivra reclus pendant des années, à l’abri de leur amour et de leur bonté. Pour tenter de racheter ses fautes, Victor se fait scribe pour l’église et recopie inlassablement les livres sacrés que le prêtre fait circuler sous le manteau, en ces temps du règne de Ceausescu où il ne fait pas bon avoir la foi. Les années passent mais le besoin de revoir le lac, de s’approcher de son rivage changeant ne quitte pas Victor. Quelle terrible malédiction pèse donc sur cet endroit ? Qu’y trafique Ismaël le Tzigane à la nuit tombée et que vient y chercher Daniel l’ermite ? Il reste encore bien des choses inexpliquées à son abord. Passant, tu es prévenu !

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Liliana Lazar brosse un portrait de la Roumanie de Ceausescu où les horreurs du communisme répondent à la violence sombre et maléfique de l’homme. Entre conte fantastique et enquête policière, on tourne les pages sans pouvoir s’arrêter. Et c’est un fait remarquable : la Fosse aux Lions agirait-elle aussi sur le lecteur ? Car il n’y a pas dans ce roman le souffle d’un thriller ni le suspens d’un polar, il se passe somme toute peu de choses et sur une période assez longue. Comment expliquer alors l’envie de poursuivre, la fascination pour des lieux sortis d’un imaginaire fantastique (qui ont été comparés à Barbey d’Aurevilly et Jules Verne et c’est vrai qu’il y a quelque chose de L’Ensorcelée et du Château des Carpates dans ce livre). Peut-être tout simplement, le talent.

liliana lazar

Liliana Lazar

Un premier roman très réussi et remarqué et un très bon moment de lecture !

 

« Enfin, il pouvait revivre. Victor poussa le portail de la ferme et prit le sentier qui s’enfonçait dans les bois. Une agréable fraicheur lui procura une sensation de bien-être. L’air hagard, il avançait en frôlant de la main les feuilles des arbres. Il avait perdu l’habitude de marcher sur ces chemins caillouteux qui perforaient ses semelles et tordaient ses chevilles. Instinctivement, sans trop s’en rendre compte, Victor s’engagea en direction de La Fosse aux Lions. Il voulait revoir cette amie fidèle qui ne l’avait jamais abandonné. Pour lui, La Fosse avait englouti le corps du vieux Tudor Luca comme on immerge nos plus terribles souvenirs dans les profondeurs de notre mémoire. Pour lui, elle avait repoussé les molosses de la police qui le pourchassaient, comme une mère fait barrage de son corps pour protéger ses enfants. La Fosse était pour Victor une présence mystérieuse et bienveillante. Il voulait sentir ces odeurs envoûtantes qui lui étaient si familières. Il ne pouvait plus attendre. Il se mit à courir vers le lac, trébuchant, se relevant et repartant de plus belle. Son cœur s’emballait dans sa poitrine.

– Quelle joie de te retrouver ! cria Victor en apercevant le rivage.

Inspirant à pleins poumons, il s’immobilisa face à l’eau stagnante. Le lac était plongé dans une léthargie qu’aucun bruit, aucun animal, ne venait perturber. Victor s’assit au bord de l’eau et se mit à pleurer. Il sanglotait comme un enfant qui, après s’être égaré dans le brouillard un jour de pluie, retrouve enfin sa maison. »

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