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Sukkwan Island, David Vann

Publié le par Arianne

 

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Il se passe quelque chose dans ce livre. Quelque chose d’horrible, certes, mais aussi quelque chose qui fait qu’on n’arrive plus à le lâcher. Dès la 1re page, je sais que je vais aimer. Le style percutant, un poil décalé, un brin d’humour. C’est sobre et efficace. Puis on plonge dans l’histoire : Jim emmène son fils Roy, 13 ans, dans une cabane au milieu de nulle part – Sukkwan Island – île inhabitée en plein milieu de l’Alaska. Il a décidé d’y vivre un an en compagnie de son fils : chasser, pêcher, se débrouiller dans la nature comme des aventuriers du bout du monde. Le style est léger, les phrases courtes, on suit les premières tribulations avec entrain. Puis le ton change imperceptiblement, la faille se crée insidieusement et la tension monte. On sent que quelque chose vient. Quelque chose que l’on attend autant qu’on le redoute. Quand ça arrive, c’est froid et percutant. Sonné, on veut comprendre et savoir. La suite est terrible, crue, et tire vers le glauque mais il ne peut en être autrement. Et malgré cela, on reste, suspendu.

C’est dur et sombre, triste et inéluctable.

Comme la relation père/fils, comme la nature environnante et comme la solitude de l’homme.

 

« Quand son père avait posé la question à sa mère, pour savoir si Roy pouvait partir avec lui sur l’île, sa mère n’avait pas répondu, elle n’avait pas passé le téléphone à Roy. Elle avait raccroché et lui avait rapporté la requête de son père en lui demandant d’y réfléchir. Puis elle avait attendu quelques jours avant de lui demander pendant le dîner s’il avait envie d’y aller. Roy se souvenait d’elle en cette seconde, avec ses cheveux tirés en arrière et son tablier encore noué à la taille. Cela avait ressemblé à une sorte de cérémonie organisée avec bien plus de sérieux qu’il n’y avait été habitué. Même sa petite sœur Tracy avait gardé le silence, les yeux rivés sur eux. Il chérissait le souvenir de ces instants, à présent. Il avait eu l’impression d’être en mesure de décider lui-même de son avenir, même s’il savait qu’elle voulait l’entendre dire non, et savait aussi qu’il dirait non.

Ce fut la réponse qu’il avait donnée ce soir-là.

Pourquoi ? avait-elle voulu savoir.

Je n’ai pas envie de partir d’ici, de quitter mes amis.

Elle avait continué à manger sa soupe et s’était contenté d’acquiescer doucement.

Qu’est-ce que tu en penses, toi ? avait demandé Roy.

Je pense que tu réponds ce que tu crois que j’ai envie d’entendre. J’aimerais que tu y réfléchisses à nouveau, et si la réponse est non, très bien, tu sais que moi et Tracy on a envie que tu restes ici et que tu me manqueras si tu t’en vas. Mais je veux que tu prennes la meilleure décision, et je ne suis pas sûre que tu y aies réfléchi assez longtemps. Quoi que tu décides, sache que ce sera la meilleure décision que tu pourras prendre, peu importe ce qui arrive ensuite.

[…] Roy y pensa plusieurs jours. Il se voyait en train d’aider son père, de le faire sourire, tous deux randonnant, pêchant, se promenant sur des glaciers scintillant dans les rayons du soleil. Sa mère, sa sœur et ses amis lui manquaient déjà, mais il sentait que tout cela dégageait un parfum d’inévitable, qu’il n’avait en réalité pas le choix.

Quand sa mère lui avait de nouveau posé la question au dîner, quelques jours plus tard, il avait répondu que oui, il avait envie d’y aller.

Sa mère n’avait rien dit. Elle avait posé sa fourchette et pris plusieurs inspirations profondes. Il avait vu ses mains trembler. Sa sœur était retournée dans sa chambre et sa mère avait été obligée de l’y suivre. Il avait ressenti à ce moment précis que c’était comme si la mort venait de frapper. S’il en avait su autant qu’il en savait à présent, il ne serait jamais venu. Mais il en voulait à sa mère, pas à son père. C’est elle qui avait tout arrangé. A l’origine, il avait voulu dire non. » 

 

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