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Ru, Kim Thúy

Publié le par Arianne

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En français, ru signifie « petit ruisseau » et, au figuré, « écoulement (de larmes, de sang, d’argent) », (Le Robert historique).

En vietnamien, ru signifie « berceuse », « bercer ».

L’auteur est vietnamienne, a connu l’occupation, les camps de réfugiés en Malaisie puis l’exil au Canada. En de très courts chapitres, elle se souvient des moments qui ont marqué son histoire et son parcours, des gens qui ont compté, qui l’ont aidée à devenir ce qu’elle est, à « attraper ses rêves » et à croire à un avenir. Avec un regard distancié, avec son expérience et sa maturité, elle revoit les combats de sa mère et les épreuves traversées. En même temps, elle confie avec pudeur et concision ses blessures de mère d’un enfant pas comme les autres et livre les difficultés d’intégration dans un pays accueillant mais aussi tellement différent.

C’est sobre et touchant. Elégant.

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Kim Thuy

« Je n’ai pas crié ni pleuré quand on m’a annoncé que mon fils Henri était emprisonné dans son monde, quand on m’a confirmé qu’il est de ces enfants qui ne nous entendent pas, qui ne nous parlent pas, même s’ils ne sont ni sourds ni muets. Il est aussi de ces enfants qu’il faut aimer de loin, sans les touchers, sans les embrasser, sans leur sourire parce que chacun de leur sens serait violenté tour à tour par l’odeur de notre peau, par l’intensité de notre voix, par la texture de nos cheveux, par le bruit de notre cœur. Il ne m’appellera probablement jamais "maman" avec amour, même s’il peut prononcer le mot "poire" avec toute la rondeur et la sensualité du son oi. Il ne comprendra jamais pourquoi j’ai pleuré quand il m’a souri pour la première fois. Il ne saura pas que, grâce à lui, chaque étincelle de joie est devenue une bénédiction et que je ne cesserai jamais de livrer combat contre l’autisme, même si d’avance je le sais invincible.

D’avance, je suis vaincue, dénudée, vaine. »



« Malgré toutes ces nuits où nos rêves coulaient sur la pente du plancher, ma mère a continué à ambitionner un avenir pour nous. Elle s’était trouvé un complice. Il était jeune et certainement naïf puisqu’il osait afficher joie et désinvolture au milieu du vide monotone de notre quotidien. Ensemble, ma mère et lui ont monté une classe d’anglais. Avec lui, nous avons passé des matins entiers à répéter des mots sans les comprendre. Mais nous étions tous au rendez-vous, parce qu’il réussissait à soulever le ciel pour nous laisser entrevoir un nouvel horizon, loin des trous béants remplis d’excréments accumulés par les deux mille personnes du camp. Sans son visage, nous n’aurions pas pu imaginer un horizon dépourvu d’odeurs nauséabondes, de mouches, de vers. Sans son visage, nous n’aurions pas pu imaginer qu’un jour nous ne mangerions plus de poissons avariés, lancés à même le sol chaque fin d’après-midi à l’heure de la distribution des vivres. Sans son visage, nous aurions certainement perdu le désir de tendre la main pour rattraper nos rêves. 

Pour aller plus loin :

Une critique plus développée sur le site de Télérama.

Une interview télévisée de l'auteur.

Un extrait lu par l'auteur.

 


Commenter cet article

La librivore 14/07/2010 22:04


J'ai beaucoup aimé ce livre, la poésie et la retenue de l'écriture...


Apolline 16/06/2010 11:59


J'adore l'image de couverture !!! Par contre ça n'a pas l'air très gai comme livre...


Arianne 17/06/2010 11:41



:):) mais les histoires gaies font de mauvais romans... ;)


En fait, c'est pas larmoyant ni pathétique. C'est plus des souvenirs qu'elle nous fait partager, par petites touches. Ca se lit très vite car de très courts chapitres et c'est très facile à lire.
Son histoire (et celle surtout de tout ceux qui n'ont pas eu sa chance) est tragique mais il y a aussi des souvenirs amusants sur les différences culturelles par exemple entre les vietnamiens et
les canadiens.


Tu as raison, la couv est super, moi aussi j'aime beaucoup !