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Revolver, Marcus Sedwick

Publié le par Arianne

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« Même les morts racontent des histoires.

Sig regardait fixement le corps immobile de son père, attendant qu’il parle, or le père se taisait, car il était mort. Einar Andersson gisait sur la table au milieu de la cabane, les bras à moitié levés au-dessus de sa tête, les genoux légèrement fléchis, dans la position où ils l’avaient trouvé, gelé ; là-bas sur le lac, allongé sur la glace, avec les chiens qui attendaient patiemment, toujours harnachés. »

Voilà l’entrée en matière. Ca fait froid dans le dos, au propre, comme au figuré. Dehors, le froid polaire du Grand Nord n’épargne pas celui qui s’égare.

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Assis face à son père mort dans la petite cabane, Sig tente de ne pas paniquer. Anna et Nadya sont parties chercher de l’aide au village. Elles vont revenir avec des hommes forts qui sauront creuser la glace dans laquelle on pourra déposer le corps rigide du pauvre Einar et on prendra le temps de réfléchir à quoi faire ensuite. Mais en guise de visiteur, c’est un géant qui frappe à la porte, un inconnu qui inspire la méfiance. L’homme-ours, Wolff le bien nommé :

« Cette tête-là n’avait pas été façonnée par la main aimante de Dieu, mais martelée sur l’enclume du diable. »

Cet homme là n’est pas un bavard et n’aime pas perdre son temps. S’il est venu, c’est pour récupérer son or. Il a connu Einar il y a longtemps de ça, à Nome, en Alaska, où les hommes affluaient dans l’espoir de faire fortune grâce aux promesses nouvelles et infinies des gisements d’or.

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Dix ans que Wolff est sur ses traces. Dix ans qu’il traque la famille Anderson à travers des étendues gelées et interminable, des contrées inconnues, hostiles et reculées. Il est arrivé au bout du chemin et il est décidé à percevoir son dû. Sauf que de l’or, dans la vieille cabane, il n’y en a point. Ça, Sig en est sûr. Tout comme il sait qu’est tapi dans le cellier le vieux colt de son père, un cadeau précieux, aussi dangereux que salutaire dans cette situation.

« – Un pistolet n’est pas un arme, lui avait dit une fois Einar. C’est une réponse. Une réponse aux questions que la vie te jette à la figure quand il n’y a personne d’autre pour te venir en aide. »

S’il a toujours entendu sa mère prêcher l’amour de Dieu et de son prochain en récitant les nombreux passages de la Bible dont elle ne se séparait jamais, Sig a aussi été bercé à une toute autre sorte de miracle : le mécanisme ingénieux et implacable du Revolver.

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L’intrigue est bien menée, sur deux époques (1910 et 1899), la tension est palpable, le temps s’étire (le court roman court sur une seule journée) alors que l’issue s’accélère, mais je reste un peu perplexe quant au message de l’auteur. Dans une postface, il explique que « dans la vie, il y a toujours un troisième choix possible » Cette morale s’entend comme « ce n’est pas l’objet qui est dangereux mais l’usage qu’on en fait ». Reste que l’omniprésence de l’arme, le sentiment de pouvoir qu’elle procure, le lien qu’elle tisse entre le père et le fils, les secrets qu’elle recèle en font presque un personnage héroïque. Certes, la chute est intelligente, mais elle est aussi très rapide. Est-ce la « troisième voie » qui reste après la lecture ou les deux compagnons de route qui reviennent inlassablement : la Bible et le flingue ?

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Marcus Sedgwick

« Apprends ce que tu pourras sur le monde. Apprends autant que tu le peux, sache ce que sont les hommes et ce dont ils sont capables. Comprends ce que Dieu est pour toi, comprends ce que tu représentes pour ceux qui te sont chers. Aime, chante, pleure et lutte, mais veille toujours à tirer tous les enseignements possibles de cette terre sur laquelle tu resteras jusqu’à ce que ton temps soit révolu.

Einar comme Maria s’étaient efforcés de transmettre ce même message à Sig. Simplement, chacun l’entendait de façon fort différente et parfois, comme tous les parents, tous deux échouaient à transmettre quoi que ce soit à leurs enfants. »


Dans le labyrinthe

Le site de l'auteur (en anglais)

En savoir plus sur l'orpaillage

La vente d'armes aux Etats-Unis

De fil en aiguille

Agence pinkerton-couv  le passage  


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