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Ma femme de ta vie, Carla Guelfenbein

Publié le par Arianne

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Au cœur des années 1980, Theo, étudiant anglais, va croiser la route d’Antonio, exilé chilien habité par le souffle de la révolution. Un respect mutuel, la confiance, une admiration : quelque chose les relie très vite l’un à l’autre et forge une amitié inconditionnelle.

« Notre amitié devint pour moi essentielle et en même temps contradictoire. D’un côté, j’aimais qu’on nous voie ensemble, mais de l’autre je cherchais à l’isoler, craignant qu’on me l’enlève. Notre relation suscitait aussi des sentiments contrastés. Nous étions un univers indépendant. […] Notre alliance me donnait un sentiment de grande puissance et surtout de réalité. Le reste était une contrefaçon, un petit théâtre de pseudo-savoir. Antonio apportait le monde, un motif, une cause. »

Et puis il y a la belle et insaisissable Clara, l’amie d’Antonio, chilienne, comme lui. Theo est tout de suite sous le charme mais il sent que quelque chose d’inexplicable et d’invisible la relie à Antonio. 

« Je réalisai que Clara était de ces beautés silencieuses qui, au lieu de vous frapper, vous envahissent les yeux et le corps. Sa féminité avait quelque chose d’inquiétant. C’étaient peut-être ses gestes spontanés et intimes à la fois, comme si une part d’elle-même était inaccessible au reste des mortels. Tout cela donnait à penser qu’il était impossible de la posséder ; ce qui la rendait extrêmement désirable. »

L’histoire commence au Chili dans les années 2000. Antonio vient de mourir. Voilà 15 ans que Theo n’avait eu de nouvelles ni de lui ni de Clara. Le passé et ses tourments que l’on croit à jamais refermé derrière soi resurgit toujours quand on ne s’y attend plus. Theo va rouvrir les blessures du passé mais aussi découvrir ce que chacun cachait alors sous le voile de l’assurance et des idéaux. Replongé avec le trio dans les années 1980, on va vivre avec eux, non pas l’insouciance des années de fac mais la gravité et le sens qu’ils mettent dans chacun de leurs gestes.

Entre une amitié étrange, un amour indéfectible et des trahisons douloureuses, le destin de ces trois là ne va pas être serein.

Sur l’engagement, sur le poids de nos actes et les conséquences de nos choix, sur la loyauté et sur l’amour qui ne transcende pas le reste mais complique tout.

Carla Guelfenbein, qui m’avait enchantée avec son magnifique Le reste est silence, m’enchante tout autant avec cette histoire à trois, pleine de sensibilité, d’expression juste et tourmentée des sentiments. Les personnages sont empreints d'une solitude impossible à rassasier et trouvent en l’autre un morceau d’eux-mêmes, sans jamais parvenir à se compléter totalement. Dans ce bout de vide, dans cette brèche à peine visible vient se cacher toutes les ambigüités et les faiblesses inavouées.

Cette (vieille !) chanson de Mecano m'a fait pensé à cette touchante histoire à trois…

Nous ne sommes que trois petits moustiques, Autour de l'ampoule électrique, Qui voudraient traverser la lumière, Pour voir ce qu'il y a derrière

Et si cette ampoule était la terre, Et qu'il fallait tourner autour, Et payer de notre vie entière, Le prix qu'il faut payer toujours, Pour avoir voulu s'envoler...

Mais si un jour le vent devait virer de bo-ord, Je sais qu’ensemble on resterait les seuls à bo-ord, C’est une histoire à trois, Qui ne ressemble pas, A ces histoires d'amour, Histoires de cinéma, C'est une histoire à trois, Je suis eux, ils sont moi, Je suis leur voix, ils sont mes mots et ma musique...

Si un jour s’arrête la musique, Et s’il faut continuer de vivre, Je regarderai partir le cirque, Et je refermerai le livre, De cette drôle d'histoire à trois, Pourvu que je ne pleure pas, Quand la musique s'arrêtera... 

 

 

« […] J’ai traversé le miroir, celui que je devinais dans le regard perdu de Caroline. Il y a une brèche dans chaque moment. Elle est toujours là mais on ne la voit pas, ou bien on prétend ne pas la voir. Parfois, on sent sa présence et on pense qu’on aura un jour le cran de l’explorer. Ce jour arrive. On se penche et on se laisse aller, on s’enivre – le vertige de la chute – et on attend que la puissance de ce qu’on ne voyait pas jusque-là prenne le dessus. Antonio et Thea étaient là bien avant ; ils apparaissaient ensemble dans mes rêves, en éteignant les lumières, en relavant les draps de mon lit. J’ai de la chance d’avoir été avec les deux hommes que j’aime, ensemble, de les avoir provoqués jusqu’aux limites de la douleur. J’ai de la chance d’avoir connu cette intensité, d’avoir oublié qui je suis. »



 

« Antonio devait rester de l’autre côté, du côté où on parlait de trahison, d’intérieur, d’hommes qui mouraient pour une cause. Il devait se maintenir sur la rive où arrivaient des choses réelles, celles qui vous faisaient trembler et sentir que vous existiez. Antonio, quand il se frottait à mon monde, trahissait la substance de notre relation.

J’avais besoin de ses certitudes, qui pour une fois repoussaient la solitude que je ressentais depuis mon enfance ; j’avais besoin de l’image revalorisée qu’il me renvoyait de moi-même ; j’avais besoin de ses idéaux, parce que je n’en avais jamais eu en propre.

C’était une constatation pathétique, car je découvrais pour la première fois combien est trouble le tissu qui unit une personne à une autre, ce tissu que nous dissimulons sous des mots aussi mythologiques qu’amitié et amour. »

 

 


 

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Apolline Fort 02/12/2010 10:35


ah ouais pardon ... jsuis un peu crevée en ce moment ... lol


Arianne 02/12/2010 11:03



Attention, interro écrite la semaine prochaine 


Ben repose-toi louloutte !! 


Bisous



Apolline Fort 01/12/2010 10:02


ça a l'air sympa !!!
et le texte en rose c mecano c ça ??

bisous


Arianne 02/12/2010 10:22



Vi, comme c'est écrit juste au-dessus 


bisous