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Les péchés de nos pères, Lewis Shiner

Publié le par Arianne

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Énorme coup de cœur pour ce roman dense, extrêmement riche, bien construit et passionnant !

En 2004, Michael est au chevet de son père qui a décidé de venir mourir à Durham.

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Durham, Hayti community, 1944

« Sa décision n’obéissait à aucune logique. Il y avait un énorme hôpital à San Antonio, et l’un des meilleurs centres de cancérologie du monde, M.D. Anderson, à Houston. Mais c’était en Caroline du Nord qu’il avait rencontré et épousé la mère de Michael, qu’il avait débuté sa carrière dans le bâtiment et que Michael était né. Et c’était apparemment là qu’il avait décidé de mourir. »

Michael y voit là une interrogation supplémentaire : toute sa vie semble être bâtie sur des questions et il compte bien demander à son père d’y apporter des réponses. En premier lieu, celui-ci voudrait bien être éclairé sur sa propre naissance qui n’a vraisemblablement laissé aucune trace dans les archives. Que cache cette troublante disparition et combien d’autres mensonges se dissimulent au sein de la famille ? C’est le moment ou jamais pour les aveux…

Michael va mener sa propre enquête sans se douter qu’il est sur le point d’ouvrir la boîte de Pandore et libérer les secrets les mieux gardés, les crimes camouflés, les péchés étouffés, les amours infidèles et les honneurs bafoués. C’est tout un pan de l’histoire de l’Amérique qui se dévoile et pas le plus glorieux.

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Jonathan Eubanks, 1969

Retour dans les années 1970. Robert, le père de Michael, se marie avec la fille d’un grand propriétaire terrien qui a les dents longues et les relations qu’il faut. Robert ne tarde pas à trouver un bon poste dans la construction. Le développement industriel de cette époque permet tous les excès et les entrepreneurs n’ont peur de rien. Pas même de raser tout un quartier historique – Hayti – le quartier noir. Les luttes raciales font encore rage et la situation s’envenime après l’assassinat de Martin Luther King. La construction de l’autoroute qui traverse le quartier est censé être signe de renouveau et de reconstruction de logements. Dans les faits, le chantier devient la cristallisation de tous les conflits et se transforme vite en dangereuse poudrière.

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C’est ce quartier – Hayti, nommé ainsi en référence au pays, car peuplé d’immigrés haïtiens, et empreint de cultures et de croyances, notamment vaudoues – que Michael découvre trente ans plus tard et constate les stigmates que l’histoire a laissés. C’est là aussi qu’il va rencontrer Denise, mère célibataire qui le séduit et qui va l’aider à démêler l’écheveau de son passé, de son histoire, liée de bien curieuse façon à celle d’une Amérique raciste et violente.

Secrets de famille, luttes raciales, quête de territoire et d'identité, thriller, polar et roman d'amour : magistral !

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Lewis Shiner

« Il s’est passé quelque chose, reprit Michael. Quelque chose qui concerne Hayti. N’est-ce pas ?

– Qu’est-ce qui vous fait croire que ça concerne Hayti ?*

- La façon qu’il avait d’en parler. Comme s’il avait peur de quelque chose. Comme s’il avait peur et qu’il se sentait coupable.

- Qu’est-ce que vous savez exactement ?

- Je sais que c’est un quartier noir et qu’ils ont construit une autoroute au milieu.

- Ils ne se sont pas contentés de construire une autoroute. Ils ont massacré le quartier. Nous l’avons massacré. Tout a été démoli.

- Pourquoi ?

- On appelait ça de la réhabilitation urbaine à l’époque. Les Noirs disaient que la réhabilitation urbaine, c’était juste une bonne excuse de les foutre dehors. Mais les Blancs affirmaient qu’Hayti était délabrée, et qu’ils allaient tout reconstruire pour nous autres gens de couleur.

[…]

- Vous souvenez-vous de ma naissance ?

- Comment ça ? […]

- Vous devez m’aider, reprit Michael. Toute ma vie j’ai su que quelque chose ne colait pas, mais ce n’est que lorsque nous sommes venus ici que j’ai pu exprimer ce que je ressentais. J’ai l’impression de ne pas savoir qui je suis.

- Parfois, vaut mieux pas remuer le passé, déclara Coleman. […] Vous devriez parler à votre père.

- Il refuse de me parler. Il a peur de me le dire lui-même, mais il veut que je sache. C’est pour ça que nous sommes ici. Il veut que ce secret, quel qu’il soit, ressurgisse avant qu’il ne meure. Ca le ronge aussi sûrement que le cancer.

- Ca nous ronge tous. »

Dans le labyrinthe

Un entretien très complet et très intéressant avec l'auteur.

Le site de l'auteur (en anglais) et sa bio longue comme les quelques 62 ans qu'il arbore fièrement en affirmant "that story is not over yet". On l'espère bien !


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