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Les frères corses, Alexandre Dumas

Publié le par Arianne

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« Dans quelques années, avec l’envahissement successif des goûts et des mœurs français, ceux qui viendront ici pour y chercher la Corse ne la trouveront plus. »

Un drôle de court récit qui mélange les genres entre récit de voyage (un séjour fictif d’Alexandre Dumas en Corse), conte fantastique (l’histoire troublante de jumeaux extralucides) et roman d’aventures (duels et vendettas).

Lucien est celui des jumeaux qui vit en Corse et qui héberge le voyageur. Il s'inscrit physiquement et moralement dans la tradition corse et la visite que va faire notre narrateur des chambres des deux frères va accentuer leurs différences de tempéramment.

« Je suis une espèce de production de l’île, comme le chêne vert et le laurier-rose ; il me faut mes torrents à traverser, mes rocs à gravir, mes forêts à explorer ; il me faut l’espace, il me faut la liberté. »

Il arbitre l’affaire des Colona et des Orlandi, les deux familles qui s’entretuent depuis des générations pour une vulgaire histoire de poules. Il propose à son hôte (Alexandre), de rencontrer un des « bandits » (attraction touristique n° 1 en Corse à cette époque !) et de témoigner lors de la « cérémonie » de réconciliation.

Pendant ce temps, à Paris, Louis, le frère de Lucien, se languit d’amour pour la belle Emilie. Celle-ci est mariée à un très bon ami de Louis qui la lui confie pendant son absence. Cette confiance et cette responsabilité l’honorent mais alors que le jeune épris se contient et qu’une belle amitié naît entre eux, Emilie se fait courtiser par moins gentilhomme que lui.

Quel lien entre toutes ces bribes d’histoire, me demanderez-vous ? Je vous laisse le découvrir !

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Pour ma part, j’ai pris plaisir à cette lecture étonnante et réjouissante. Il y a beaucoup d’humour et de dérision, de moqueries et de second degré. On n’échappe pas au cliché du Corse bandit mais la scène de réconciliation est délicieuse de drôlerie. La force (ou le génie) de Dumas est de rendre quelques pages plus loin son récit plus grave, émouvant et tragique. Car il y est aussi question de vengeance et d’honneur. Le surgissement du fantastique au cœur d’une histoire anodine le rend d’autant plus poignant.

Une lecture facile et distrayante que l’on peut aussi conseiller à des ados qui auraient utilisé les pavés du Comte de Monte-Cristo comme repose-tête (ou cale-porte, enfin, vous voyez l’idée…) !

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Alexandre Dumas

« – Votre fils serait-il souffrant ? demandai-je à Mme de Franchi.

- Lucien le craint, dit-elle.

- Vous avez reçu une lettre de votre frère ? demandai-je.

- Non, dit-il, et voilà surtout ce qui m’inquiète.

- Mais comment savez-vous qu’il est souffrant ?

- Parce que, ces jours passés, j’ai souffert moi-même.

- Pardon de ces éternelles questions, mais cela ne m’explique pas…

- Ne savez-vous point que nous sommes jumeaux ?

- Si fait, mon guide me l’a dit.

- Ne savez-vous pas que, lorsque nous sommes venus au monde, nous nous tenions encore par le côté ?

- Non, j’ignorais cette circonstance.

- Eh bien, il a fallu un coup de scalpel pour nous séparer ; ce qui fait que, tout éloignés que nous sommes maintenant, nous avons toujours un même corps, de sorte que l’impression, soit physique, soit morale, que l’un de nous éprouve a son contrecoup sur l’autre. Eh bien, ces jours-ci, sans motif aucun, j’ai été triste, morose, sombre. J’ai ressenti des serrements de cœur cruels : il est évident que mon frère éprouve quelque profond chagrin.

Je regardai avec étonnement ce jeune homme, qui m’affirmait une chose si étrange sans paraitre éprouver aucun doute ; sa mère, au reste, semblait éprouver la même conviction. »

Dans le labyrinthe

L'intégralité du texte est disponible gratuitement ici.

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