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Les chagrins, Judith Perrignon

Publié le par Arianne

 Rentrée littéraire 2010

chagrins

Un récit à trois voix : celle de Mila, la grand-mère qui écrit à sa fille emprisonnée. Celle d’Angèle, née dans cette prison dont il ne subsiste plus rien – Petite Roquette disparue sous les toboggans où glissent désormais les rires des enfants libres. Et celle du journaliste qui a suivi l’affaire, le procès d’Helena, condamnée pour le braquage d’une bijouterie. Condamnée pour n’avoir jamais dénoncé le nom de son amant.

L’histoire du chagrin d’une petite fille qui attend sa mère, qui l’attend encore longtemps après son retour, celui de l’amante qui attend le retour de l’aimé, et celui de la mère qui attend quelques mots de sa fille. De mères en filles, l’histoire d’amours déçues, blessées, et de chagrins inconsolables.

Angèle découvre le sac aux chagrins à la mort de sa mère, elle trouve les lettres de sa grand-mère, l’article du journaliste et la toile se tisse peu à peu de noms perdus, de pourquoi révélés.

Dans une construction à plusieurs voix, le rythme se fait et donne du souffle au récit. Ni cul-cul ni pathétique. Dans un mélange de styles – épistolaire, confidences, narrations – la belle Angèle mène son enquête sur l’inconnu manquant : le père. Et le chagrin accumulé par les générations se charge d’espoir.

C’est joliment écrit, ça se lit tout seul et sans chagrin aucun, bien au contraire !

judith-perrignon.jpg

Judith Perrignon

« Une nuit sans sommeil commence. Pleine de murmures, de regrets, de prières et de berceuses. Des fées embastillées promettent à l’enfant la vie qu’elles n’ont pas eue. C’est toujours flou la vie qu’on n’a pas eue, parce qu’on ne sait pas à quel moment on s’est trompé, même quand on est en prison. Alors elles cousent des mots les uns aux autres, ressortent de vieux rêves jetés aux chiffons, convoquent la beauté, hésitent avec l’amour, se méfient des chimères qu’on raconte aux petites filles, tout en rêvant de s’envoler vers la rue juste derrière l’enceinte, rue Merlin elle s’appelle, comme l’enchanteur. »

 



« Ma mère arriva dans ma vie à pied. C’est moi qui ouvris la porte. Je venais d’avoir cinq ans. Elle était grise comme la pierre, elle avait un regard froid et des yeux de feu. Elle entra, me dévisagea, Mila s’agenouilla aussitôt et me dit, C’est Helena, elle est fatiguée. Mais ses efforts pour me rassurer étaient vains, quelque chose en moi se brisa, si profondément que je ne sus pas quoi. À compter de ce jour, je ne fis plus aucune différence entre l’absence et la mort. Celle qui arrivait ne pouvait pas être Helena. »

 



« Angèle, chaque centimètre que vous preniez disait le temps qui passe, le silence qui dure et l’amant qui ne reviendra pas. Si elle vous avait ouvert les bras, c’eût été de force, sur les ruines d’un autre amour, beaucoup plus grand, beaucoup plus fou. Elle aurait versé sur vous son ressentiment, son amertume, elle vous aurait demandé l’impossible. L’amour maternel peut être dangereux, il est toute-puissance, elle le savait, elle était allée en prison, là-bas elle avait vu des femmes qui avaient aimé et tué leur enfant. »

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