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Le reste est silence, Carla Guelfenbein

Publié le par Arianne

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Difficile de raconter ce livre sans en ternir la beauté des mots, la justesse des sentiments, l’émotion et la magie qui s’en dégage.

Récit à trois voix d’une famille recomposée, chaque chapitre est vu tour à tour par les yeux du père, de la belle-mère ou du fils.

Tommy a 12 ans et un problème au cœur qui l’empêche d’être comme les autres. Sa solitude subie l’emmène dans un monde imaginaire d’où il revient toujours riche d’idées et d’envies. Sa mère, Dolorès, est morte quand il était plus jeune mais il apprécie beaucoup Alma, sa nouvelle maman qui veille sur lui comme sur Lola, sa propre fille d’un premier lit. Tommy dit qu’Alma voit tout dans le regard des gens, pourtant, à force de se rendre invisible et d’enregistrer les conversations des grands sur son lecteur MP3, c’est bien lui, Tommy, qui découvre toutes ces vérités sur les adultes et mène sa propre enquête sur sa mère jusqu’à découvrir les 10 vérités qui vont changer la vision de son monde.

Ni son père, chirurgien obsédé par ses patients, amoureux d’Alma mais pas tout à fait guéri de la perte tragique de Dolorès, ni Alma, prise au piège de son couple qui se défait et séduite par les promesses de Léo, son premier amour, ne se rendent compte de ce qui se joue dans la tête de Tommy.

Il y a quelque chose dans ce livre qui vous retient de le refermer. La personnalité de Tommy est extraordinaire : observateur d’un monde auquel il n’appartient pas, il analyse, interroge et déduit ce que la plupart des adultes ne prennent pas le temps de comprendre. Terriblement attachant, fragile et courageux, drôle et pertinent, il nous ouvre les portes de son monde et l’on ne souhaite plus en sortir. Les récits d’Alma oscillent entre un présent torturé par les retrouvailles d’un amour de jeunesse et les blessures du passé que cela réveille en elle. Elle a eu une relation compliquée, malsaine sans doute, et douloureuse, avec sa mère, et se réfugiait petite dans sa « maison de l’eau » pour échapper à cette présence trop pesante. Etouffante pour Alma, absente pour Tommy, la mère a ouvert des failles qui, quoi que l’on fasse pour tenter de les combler, ne se referment jamais tout à fait.

Le père joue alors un rôle secondaire. Perdu dans ses états d’âme, incapable de sauver son couple comme il a été impuissant à sauver sa femme, il est celui qui échoue, qui reste toujours à côté. Le sens des choses lui échappe, les êtres aussi et tout son monde s’effrite peu à peu sans qu’il en soit réellement acteur.

Un livre d’une beauté rare. Vous l’aurez compris, un vrai coup de cœur.

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Carla Guelfenbein

« Quand papa ne dit rien, c’est comme si soudain quelqu’un éteignait la lumière et laissait tout le monde dans le noir, perdu dans son coin. Voilà pourquoi les silences de papa sont noirs. Les silences blancs, par contre, sont pleins de lumière. »

« Grandir, c'est comme monter sur une montagne avec une pancarte autour du cou sur laquelle est écrit : OUBLIE. Parfois, je retiens ma respiration pour arrêter le temps, ou bien je fais des pas en avant ou en arrière, ou bien je compte de un à cent et ensuite de cent à un. Alors, je ne comprends pas pourquoi le temps ne peut pas remonter avant, à l'époque où maman était encore vivante. »

« Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Je pense à Tommy. Je suis toujours impressionné par son regard à la fois direct et lointain, comme s'il nous épiait par une fente. Quand je le vois rêveur, je redoute toujours ses pensées. Ce monde qui se déroule en lui et que je ne peux ni connaître ni toucher. Parfois, j'aimerais qu'il fasse les bêtises des autres gamins, afin de pouvoir le gronder pour des raisons concrètes et saisir les limites [...] »

« Quand peu à peu la passion s’éteint, nous vivons de souvenirs, d’intentions, de loyautés et de sentiments qui possèdent autant sinon plus de valeur que l’ardeur à laquelle ils ont succédé. Il y a encore quelques semaines, comprendre cela me semblait être un signe de maturité, mais aujourd’hui je trouve que c’est une élégante boîte vide. Nous sommes le théâtre d’innombrables processus invisibles, des cellules meurent, d’autres naissent, certaines entreprises s’arrêtent et d’autres démarrent. Et soudain nous avons changé. »

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