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Le bruit des choses qui tombent, Juan Gabriel Vasquez

Publié le par Arianne

 

Rentrée littéraire 2012

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« Il n’y a pas de manie plus funeste ni de caprice plus dangereux que de spéculer ou de conjecturer sur les chemins qu’on n’a pas empruntés. »

 C’est dans une salle de billard à Bogota qu’ils se sont rencontrés.

Ricardo Laverde est sorti depuis peu de prison. Il en impose par son air d’en avoir vécu et son silence énigmatique. C’est un peu par hasard qu’il va entrer dans la vie de Antonio Yammara, prof de droit à la fac, à la vie bien rangée, marié et sur le point d’avoir un enfant.

Un soir un peu trop alcoolisé, Ricardo laisse échapper quelques informations personnelles. Oh ! pas grand-chose ! Il doit bientôt retrouver la femme aimée jadis. Mais celle-ci ne viendra pas : la femme était dans l’avion qui est tombé.

Photo Falcon 2000 DX-EX c Dassault Aviation Paul Bowen-2

Comme par un fait exprès, puisque rien désormais ne le rattache à sa vie d’avant, un coup de feu l’arrache à sa vie perdue. À ses côtés, Antonio en subit les dommages collatéraux. C’est ce drame qui va définitivement sceller la vie des deux hommes. L’un ne survit pas ; l’autre a besoin, pour survivre, pour surmonter le traumatisme, de dénouer les fils de la vie de cet homme. Un homme qu’il ne connaît pas et dont la vie l’obsède. Seule l’histoire révélée de cet homme peut le ramener à la vie.

« Je pensais avec une concentration croissante à Ricardo Laverde, à notre rencontre, à la brièveté de notre relation et à la longévité de ses conséquences. »

On ne voit pas bien, au commencement, où tout cela va nous mener. La lecture est assez déroutante car on a l’impression que l’auteur déplace le sujet de son livre au fur et à mesure de notre lecture. On glisse d’un personnage à l’autre, d’une famille à une autre, d’une époque à une autre puis c’est là, ça y est, c’est fixé et ça nous tient enfin en haleine. C’est par Maya que la libération va s’opérer.

« Je me suis aussitôt aperçu que nous avions sensiblement le même âge, à un ou deux ans près, et que nous liait une connivence générationnelle et secrète impossible à définir : un ensemble de gestes ou de mots, un timbre de voix particulier, une façon de dire bonjour, de bouger, de remercier ou de croiser les jambes en s’asseyant. Elle avait les yeux les plus clairs que j’avais jamais vus et une peau de bébé qui contrastait avec une expression de femme mûre et éprouvée par la vie : son visage était cille une fête après le départ des invités, sans fioritures, à l’exception de deux éclats de diamant (ou que j’ai pris pour tels) à peine visibles sur ses lobes étroits. »

Maya est la fille de Ricardo et va ouvrir la boîte à souvenirs, celle qui va libérer l’histoire d’Elaine et de Ricardo, de leur amour, de l’aviation, du début des magouilles, des ennuis et de la catastrophe finale.

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À l’affût, on écoute le bruit de la vie qui passe avec fracas, le bruit des moteurs, des larmes et des avions qui tombent.

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Juan Gabriel Vasquez

« Je songeais à Elena de Laverde, la femme de Ricardo. Un jour, j’ignorais quand, Ricardo était sorti de sa vie pour aller en prison. Qu’avait-il fait pour écoper de cette peine ? Sa femme n’était pas allée le voir pendant toutes ces années ? Pourquoi un pilote finit-il par passer ses journées dans une salle de billard au cœur de Bogota et gaspiller son argent en paris ? Bien que de façon sommaire et intuitive, c’est sans doute la première fois que m’a traversé l’idée qui est revenue par la suite, formulée avec des mots différents ou même parfois sans mots : Cet homme n’a pas toujours été ainsi. Avant, cet homme était un autre homme. »

 


 

« Un bruit entrecoupé ou quelque chose qui y ressemble s’élève, puis j’entends un bruit que je n’ai jamais su identifier ; il n’est pas humain, il est plus qu’humain. C’est le bruit des vies qui s’éteignent, mais aussi celui d’objets qui se brisent. Le bruit des choses qui tombent, un bruit ininterrompu et par là même éternel, un bruit sans fin qui continue de retentir dans ma tête depuis ce soir-là et ne semble pas vouloir en partir. Ce bruit est la dernière chose qu’on entend dans la cabine de pilotage du vol 965.

Le bruit résonne et la cassette s’arrête. »

 

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