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La théorie du panda, Pascal Garnier

Publié le par Arianne

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« De chaque côté de la route, des champs de boue s’étendent aux confins d’un horizon approximatif. C’est un paysage supposé. On n’est pas obligé d’y croire. »

Gabriel débarque dans ce paysage, une petite ville de Bretagne. À l’hôtel où il descend, il rencontre Madeleine, la réceptionniste. Au café où il commande chaque jour un demi, il se lie d’amitié avec José, le cafetier. Celui-ci a une femme récemment hospitalisée et il porte sa solitude et son chagrin avec discrétion. Sa mère s’occupe des enfants en attendant une amélioration qui ne vient pas. Et puis il croise aussi Rita, junkie mal en point, et son copain Marco, un paumé venu là récupérer l’héritage d’un père pas encore mort, à qui il achète un saxophone qu’il s’empresse d’offrir aux enfants de José.

Tout ce petit monde évolue dans une ambiance familiale, mais ne nous y fions pas, la chute sera glaçante… Gabriel est insaisissable. Taiseux, solitaire, mystérieux, il attire la sympathie instantanément mais semble se refuser en permanence : pas de liens, pas d’engagement. Sympathique et attachant, il est serviable et bienveillant. Toujours prêt à rendre service, à écouter, il apporte de la légèreté à toutes ces âmes égarées comme autant de bribes de bonheur. Mais il faut se méfier du bonheur, certains ne sont pas faits pour le supporter.

Le style de Pascal Garnier est irrésistible. Il conduit son récit d’une main de maître avec une grande finesse, beaucoup d’humour et un sens de la formulation inouï.

Une lecture rapide, parfaite pour des vacances ou des jours gris au coin du feu, mais qui laisse quand même une certaine amertume un fois finie…

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Pascal Garnier


« Sous ses abords revêches, Françoise n’est pas une mauvaise femme. L’ordre et la discipline lui servent de déambulateur. C’est tout ce qu’elle a trouvé pour corseter une vie ponctuée de peines et de souffrances. Elle porte sa résignation en sautoir comme un vieux soldat ses médailles. » 


« Sur les murs de l’église, les saints pendent. Ils ont mauvaise mine, hâves, décharnés, mal rasés, accablés, les yeux cernés par une nuée de soucis mystiques, le cheveu gras. Même le label de qualité rayonnant autour de leur tête ne les rend pas attirants. Pas frais, tout ça. Le menu de la Cène ne devait pas être bien tentant. C’est sans doute pourquoi ils lorgnent d’un œil concupiscent l’enfant Jésus bien dodu, reposant dans les bras de la Vierge tel un cochon de lait rose bonbon. « Ceci est mon corps… » Il ne faut pas tenter le diable qui loge au fond des estomacs. » 


« La rue grouille de figurants mais le public est absent, le metteur en scène aussi et la pièce n’est probablement pas écrite. Chacun va et vient, sans but précis, sans indication, hésitant, incapable de trouver sa place. C’est peut-être voulu. Il n’est pas rare de croiser la même personne à différents endroits de la ville, hagarde, perdue en elle-même, en attente d’un signe à défaut d’une révélation. Toute la ville semble en stand by. Le ciel est aussi indécis, tapotant ses nuages, arrosant un toit, allumant puis éteignant ses lumières. Des nuées de moucherons invisibles agacent la rétine. Vainement on les chasse d’un revers de main. Tout cela n’a pas de sens. Si l’existence n’est qu’un passe-temps, alors rien ne dit qu’il y aura un demain, tout comme on peut douter d’avoir vécu un hier. C’est un jour à tuer quelqu’un sans raison. »

 De fil en aiguille

solliciano  des vies d'oiseaux  La-porte-des-enfers

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