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La souris bleue, Kate Atkinson

Publié le par Arianne

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Un petit chef d’œuvre, entre roman et polar. Un récit à tiroirs d’où vont sortir successivement, et dans le désordre, un détective dépassé par les événements, un obèse dépressif depuis la mort de sa fille, une mère fatiguée qui ne supporte plus son petit « microbe » qui n’arrête pas de pleurer, une vieille bique qui collectionne les chats et n’entretient pas son jardin, une disparition mystérieuse jamais élucidée, une vieille fille coincée et ses sœurs – l’une extravertie et extravagante, l’autre cloitrée au sens propre dans un monastère, et qui en sait plus qu’elle ne veut bien le dire –, un père froid et distant, un pasteur séduisant, un assassin au polo jaune, plusieurs histoires d’amour et une souris bleue.

Jackson, détective divorcé et un peu désabusé, se retrouve tout à coup avec trois affaires sur les bras : découvrir l’assassin de Laura, égorgée il y a des années par un type jamais retrouvé ; rouvrir l’affaire Olivia, disparue alors qu’elle dormait avec sa sœur dans une tente dressée dans le jardin ; et retrouver Tanya, la fille de Caroline avant que celle-ci n’en perde la garde suite à un coup de hache tombée sur la tête du mari.

Ne vous méprenez pas, contrairement aux apparences, rien d’insoutenable : ni polar noir peu ragoutant, ni thriller qui empêche de dormir. Le génie d’Atkinson est de ne pas livrer toutes ses billes en même temps. On découvre une foule de personnages (trop ? il faut quand même rester concentré et se souvenir des noms d’un chapitre à l’autre) au fur et à mesure de la lecture, on circule en allers-retours temporels, on avance fasciné par la tournure des événements.

La lecture est un régal, non seulement grâce au suspens et à l’évolution des intrigues, mais aussi par la maîtrise de la langue remarquablement moderne, à la fois drôle, impertinente et changeante en fonction de la personnalité des personnages. Kate Atkinson a une sacré verve, beaucoup d’humour et laisse, en plus d’un plaisir non feint, un léger goût de « Vite, le prochain ! »

 

« Avant de quitter la maison qu’il avait partagée avec sa femme et sa fille, Jackson avait fait le tour de chaque pièce pour vérifier qu’ils n’avaient rien laissé derrière eux, hormis, bien sûr, leurs vies. En entrant dans la salle de bains, il s’aperçut qu’elle sentait toujours L’Air du Temps – un parfum que Josie portait déjà bien avant leur rencontre. Elle portait désormais Joy de Patou, cadeau de David Lastingham, un parfum si démodé qu’elle avait l’air d’une autre femme, ce qui était évidemment le cas. La Kosie qu’il avait connue avait envoyé promener toutes les vertus domestiques de la génération de sa mère. Elle cuisinait très mal et ne possédait même pas de boîte à ouvrage mais elle se chargeait de tout le bricolage dans la petite boîte qui leur tenait lieu de maison. Elle lui avait déclaré une fois que le jour où les femmes comprendraient qu’une scie égoïne n’était pas l’objet mystérieux qu’elles croyaient, elles dirigeraient le monde. Jackson avait l’impression que c’était déjà le cas et commis l’erreur de le dire. Il récolta pour sa peine une conférence bourrée de statistiques sur le sexisme à l’échelle mondiale : deux tiers du travail dans le monde accompli par des femmes, Jackson, et pourtant elles ne possèdent qu’un dixième de la richesse mondiale – ça ne te pose pas de problème ? (Si, si, bien sûr.) Aujourd’hui, évidemment, elle s’était transformée en femme rétro, un genre d’épouse de Stepford qui faisait son pain et prenait des cours de tricot. De tricot ! De qui se moquait-on ?

Quand il avait emménagé dans sa nouvelle maison, il avait acheté un flacon d’Air du Temps et en avait aspergé la minuscule salle de bains, mais ce n’était pas pareil. »

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