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La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano

Publié le par Arianne

 

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Alice n’aime pas le ski mais elle doit se forcer à prendre ces maudits cours à cause de son père, jusqu’au terrible événement qui va changer le cours de sa vie.

Les jumeaux Mattia et Michela sont toujours mis à part, peu appréciés, jusqu’à cet anniversaire où ils sont enfin conviés ! mais qui va marquer – au sens figuré comme au sens propre – la vie et le corps du jeune garçon.

Difficile d’en dire plus sans révéler la faille que chacun de ces deux personnages porte en eux et qui va les rapprocher, sans toutefois parvenir à les lier tout à fait, malgré le lien très fort qui les unit.

Tous les deux différents – elle physiquement, lui psychologiquement, elle en demande d’amis et de reconnaissance, lui rejetant le monde qui l’entoure – ils vont s’apprivoiser, se rejoindre et se suivre pendant toutes ces années.

Découpé en parties temporelles, le récit suit les aventures d’Alice et Mattia de l’enfance à l’âge adulte en passant par la douloureuse et ingrate épreuve de l’adolescence. On assiste médusé à des rites d’initiation cruels, à des défis idiots, des premiers émois et des déceptions émouvantes. Puis la violence des années d’apprentissage laisse la place à l’implacable vie d’adulte. Alice est photographe, Mattia professeur de maths et il leur faut alors assumer les choix qu’ils ont faits, parfois malgré eux, à cause de phrases qu’ils n’ont pas su prononcer, de geste qu’ils n’ont pas osé faire. Mais le « poids des conséquences » est bien là, maintenant, lourd et inéluctable, on ne peut plus l’ignorer. Que reste-t-il à faire ?

La couverture annonce : « Le roman choc de la nouvelle littérature italienne ». En effet, pas encore la trentaine et Paolo Giordano réussit un très joli premier roman. Le style est parfaitement maîtrisé, on entre dans le récit comme on savoure la première bouchée d’un quatre-heures et on en mange jusqu’à plus faim, et un petit peu plus encore. Entre le roman d’adolescents et d’apprentissage, c’est une belle réflexion sur la vie, ses surprises cruelles et imprévisibles, ses choix impossibles et pourtant tellement importants, sur les blessures qui brisent des familles, l’impossible communication, l’impossible rapprochement des êtres, comme ces nombres premiers jumeaux, toujours séparés par un autre nombre qui les empêche de se toucher vraiment. La langue est très belle, les sentiments - jamais caricaturaux ni tranchés - très justes. Il y a dans ce joli roman toute la complexité de l’âme humaine.

« Mattia avait raison : les jours avaient glissé les uns après les autres sur leur peau tel un solvant, chacun soustrayant une fine couche de pigments au tatouage d’Alice et à leurs souvenirs. Les contours du dessin, tout comme les circonstances, étaient encore là, noirs et bien tracés, mais les couleurs s’étaient mélangées et délavées adoptant une nuance éteinte et uniforme, vide de toute signification.

Les années de lycée avaient constitué une blessure ouverte, que Mattia et Alice avaient jugée trop profonde pour qu’elle cicatrise. Ils les avaient traversées en apnée ; lui, refusant le monde ; elle, se sentant refusée par le monde, et ils s’étaient aperçus que cela ne faisait pas beaucoup de différence. Ils s’étaient construit une amitié bancale et asymétrique, composée de longues absences et de grands silences, un espace vide et propre où ils avaient tout loisir de reprendre haleine quand les murs du lycée se rétrécissaient au point de les étouffer.

Puis, avec le temps, la blessure de l’adolescence avait cicatrisé. Les pans de peaux s’étaient rapprochés en des mouvements imperceptibles mais continus. À chaque abrasion, la croûte cédait, cependant elle se reformait obstinément, plus sombre et plus épaisse qu’avant. Enfin, une nouvelle couche de peau, lisse et élastique, avait remplacé celle qui manquait. La cicatrice avait blanchi et fini par se confondre avec toutes les autres. »

 

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La librivore 14/07/2010 22:02


je suis d'accord avec toi, ce n'est jamais caricatural, il respecte la complexité de l'âme humaine, ne cherche pas à faire un happy end qui aurait été improbable.


Apolline 05/05/2010 15:11


Cool !! :)
Là jsuis en train de lire un connelly et puis tu m'a passé la formule préférée du professeur et tribulations d'un précaire


Apolline 04/05/2010 21:20


Rooooh arrête Arianne, j'ai trop de choses à lire en ce moment et ce livre a l'air encore super !!!!! Faudra que tu me le passe quand j'aurais fini les 2 autres ;)
Gros bisous


Arianne 04/05/2010 23:57



:) :) :) Oui, celui-là, j'avais déjà prévu de te le passer, il y a de bonnes chances pour qu'il te plaise ! C'est quoi les 2 autres que tu lis ? Bonne lecture alors :) Bisous