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La Porte des Enfers, Laurent Gaudé

Publié le par Arianne

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Naples, 1980. Matteao et Giuliana ont perdu leur fils. Pippo, 6 ans, a été victime d’un stupide règlement de compte mafieux. Il s’est simplement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Ce non-sens, cette perte brutale et inutile est le début d’une longue descente aux enfers pour le couple. Au sens figuré pour la mère… et au sens propre pour Matteo.

Pour survivre à cette souffrance, Giuliana choisit l’oubli : elle renie Dieu, la vie et les hommes et s’enfonce dans un vide sans fond.

Matteo, lui, au cours de ses errances nocturnes pour tenter de retrouver l’assassin de son fils, rencontre un drôle de professeur qui soutient qu’il existe des endroits secrets, portes d’accès au monde d’en bas.

Naples, 2002. Pippo poursuit un homme. Il veut venger sa mort. Il veut venger son père.

Il y a deux parties bien distinctes dans ce récit sombre et enlevé : toute la première partie développe les affres du deuil : la souffrance qui éloigne le couple, la solitude comme bouclier et les tentatives désespérées pour garder la tête hors de l’eau en s’accrochant à une possible vengeance.

Laurent Gaudé décrit avec beaucoup de sensibilité et avec une palette de sentiments aussi violents que contradictoires, le chemin de deux êtres blessés vers l’acceptation de l’impossible.

La deuxième partie bascule vers autre chose, sans tomber dans le piège du fantastique. Tous les personnages livrent un combat, de façons différentes mais contre le même ennemi : la mort.

Matteo l’affronte au sens premier et nous emmène au milieu d’âmes perdues et de spectres sans que nous ayons l’impression de nous trouver dans Le seigneur des anneaux. Les seuls monstres ici sont nos propres démons.

Gaudé parvient, avec subtilité, à ne pas passer la frontière de l’absurde ni à tomber dans le grotesque. Si le passage du fantasme à la réalité peut paraître étrange, on l’oublie vite, porté par l’aventure et dans l’attente d’une victoire de la vie sur la mort. Mais cela se peut-il ? Et à quel prix ?

Dans un va et vient entre 1980 et 2002, entre la vie et la mort, le combat et la renonciation, l’espoir et la folie, la porte des Enfers ouvre la porte des angoisses universelles de l’homme et de son combat toujours vain contre elles.

laurent gaude

Laurent Gaudé

« Je bois doucement le café qui fume encore. Je n’ai pas peur. Je reviens des Enfers. Qu’y a-t-il à craindre de plus que cela ? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau de cris de goules et de bruissements d’agonie. Je sens l’odeur nauséeuse du soufre. La forêt des âmes m’encercle. La nuit, je redeviens un enfant et je supplie le monde de ne pas m’avaler. La nuit, je tremble de tout mon corps et j’en appelle à mon père. Je crie, je renifle, je pleure. Les autres appellent cela cauchemar, mais je sais, moi, qu’il n’en est rien. Je n’aurais rien à craindre de rêves ou de visions. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là. Il n’y a pas de peur autre que celle-là en moi. Tant que je ne dors pas, je ne redoute rien. »


« A Benevento, elle comprit qu’elle ne pourrait pas emporter avec elle ses souvenirs. Le quai était vide. Le train resta étrangement longtemps en gare alors que personne ne montait ni ne descendait. Les portes du wagon n’avaient même pas été ouvertes. Peut-être était-ce simplement pour lui laisser le temps, à elle, de tout abandonner. A Benevento, elle laissa derrière elle les souvenirs de sa vie. Tous. Éparpillés comme un album de photos que l’on secoue par la fenêtre. Elle les répandit sur le quai. Vingt ans de souvenirs auxquels elle ne penserait plus jamais. Les heures passées dans l’hôtel à faire et refaire les mêmes gestes. Nettoyer. Laver. Servir. Les moments heureux. Les surprises qui auraient dû illuminer son esprit jusque dans la vieillesse. Tout, elle laissait tout. Elle secoua sa mémoire comme un nappe à la fenêtre et le train finit par partir. »

Un tout petit peu plus...

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Luna 21/06/2011 11:39


J'ai beaucoup aimé l'univers de ce livre : on s'y croirait vraiment ! Tout droit sorti d'un reportage qui se veux "choc" sur le sud de l'Italie...
Je crois que le pire dans le livre c'est que les personnages sont crédibles et que leur histoire est horrible : le "ça n'arrive qu'aux autres" est assez difficile à dire ici, parce que ce sont des
situations dont on a peur, mais on sait forcément que la mort d'un proche finira par arriver à un moment où à un autre...
C'est vraiment un livre à lire !

Si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


Arianne 21/06/2011 15:51



Oui, tu as raison et en plus de ça, Laurent Gaudé a une écriture très poétique, tout en parlant d'un sujet très dur. J'ai aimé que cela ne tombe pas dans le grotesque.


Merci et à bientôt sur ton blog... mais quelle est ton adresse ???