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La mer, le matin, Margaret Mazzantini

Publié le par Arianne

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« Farid n’a jamais vu la mer, il n’a jamais mis les pieds dans l’eau ». Son univers se concentre dans la poussière rouge du désert, la gazelle sauvage qui surgit sans un bruit et la guerre qui a éclaté. Alors son univers bascule. Soudainement et tragiquement orphelin de père, il doit fuir le pays. Avec toute la force et l’énergie du désespoir, sa mère l’arrache à cette terre maudite, au sable qui brûle et étouffe, à l’eau qui manque, aux morts qui décorent la piste comme autant de brindilles inutiles. Son objectif : la mer et, au-delà, l’espoir d’un avenir meilleur.

« Ca lui est égal de laisser son passé derrière lui. C’est un enfant, il est trop petit pour avoir conscience du temps qui passe. Tout tient au creux d’une main, ce qu’il connaît et ce qui l’attend. »

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De l’autre côté de cette mer indifférente au malheur des hommes qui fuient, il y a Vito. Lui aussi cherche quelque chose qu’il ne parvient pas à atteindre. Que va-t-il faire de sa vie ? Son histoire familiale l’entrave, il porte en lui le lourd passé de sa mère, d’un pays, d’un peuple qui ne se sent plus nulle part chez lui.

« Vito regarde l’horizon farineux et aveugle. Il regarde la plage, un dépotoir d’objets vomis par la mer. La mer qui à présent ressemble à un couvercle, la même couleur d’argent qu’une pièce de monnaie.

Traverser ce bras de mer dans un sens puis dans un autre, c’est ça, l’histoire de sa famille. »

Au début du XXe siècle, l’Italie colonise la Libye. Les Italiens s’installent, construisent des maisons, travaillent et font des enfants. Angelina, la mère de Vito, est née de cette vague migratoire. Elle est née là-bas, d’origine italienne, la Libye est sa terre.

« Pendant onze ans, Angelina a été Arabe ».

Mais pour ces Tripolini, le vent a tourné, les Libyens ont réclamé leurs terres, ont chassé les Italiens et toute la famille a dû partir. Un traumatisme fondateur pour Angelina.

« Il y a quelque chose qui n’appartient qu’au lieu où l’on est né. Tout le monde ne le sait pas. Il n’y a que ceux qui en sont arrachés de force qui le savent. »

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Tripoli

Après l’énorme coup de poing qu’avait été Venir au monde, ce nouveau roman paraît bien faible. En volume, déjà, avec ses quelques 130 pages. Et littérairement, s’il est d’une lecture agréable, il manque considérablement d’ampleur. On se dit qu’il pourrait être le point de départ d’un roman de grande envergure. Le sujet traité est complexe, original, et donnerait matière à de riches développements : la colonisation, le déracinement, l’identité, le droit du sol, les relations diplomatiques entre deux dictateurs, entre deux pays séparés par une mer de larmes et de sang. Le point de vue de Margaret Mazzantini n’est ni politique, ni historique. Il s’attarde sur l’individu, sur la blessure individuelle qui se transmet de génération en génération et qui n’aspire qu’à cicatriser. Certes, l’exercice est délicat et, en ce sens, plutôt bien maîtrisé, mais le propos aurait mérité d’être plus étoffé.

 Margaret Mazzantini

Margaret Mazzantini

« Vito regarde la mer.

Un jour sa mère le lui a dit. Sous les fondations de toutes les civilisations occidentales, il y a une blessure, une faute collective.

Sa mère n’aime pas ceux qui revendiquent leur innocence.

Elle fait partie de ces gens qui veulent assumer les actes commis. Vito pense que c’est une forme d’orgueil.

Angelina dit qu’elle n’est pas innocente. Elle dit qu’aucun peuple qui en a colonisé un autre n’est innocent. »

Dans le labyrinthe

Pour en savoir plus sur l'Italie libyenne

Le site de l'auteur (en italien).

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