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La femme et l'ours, Philippe Jaenada

Publié le par Arianne

Rentrée littéraire 2011

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Quand on a lu Le chameau sauvage, on n’espère qu’une seule chose : que Philippe Jaenada réécrive le même livre, encore et encore. Mais bien sûr, ce n’est pas possible. Et c’est bien son problème, ainsi que celui du lecteur qui ne retrouve jamais la saveur de ce petit bijou. Est-ce la voix de l’auteur qui exprime son regret via celle de Bix Sabaniego, le narrateur de La femme et l’ours, lui-même écrivain ?

« J’ai écrit sept romans ces douze dernières années, le premier a connu un petit succès critique et commercial, mais les suivants ne sont pas franchement partis comme des petits pains devant une usine de saucisses, ils sont restés dans l’ombre tiède de l’estime du milieu, entre enthousiasme sporadique et compliments polis, tous au même niveau de ventes, faible. »

Alors, quand même, par respect pour le souvenir ému de cette lecture, je me force un peu. Parce que bon, il faut avouer que je ne suis pas si emballée que ça à la lecture des premières pages. Ca part un peu dans tous les sens, on a du mal à s’accrocher à une histoire et à apprécier le style un peu poussif. Puis, passé les exploits sexuels de Jésus (pas le Christ, un autre, SDF alcoolique, ex-monte-en-l'air) et ses turpitudes alcooliques, et découvrant entre scepticisme (mais qu’est-ce qu’il nous fait, là ?) et amusement (oui, c’est drôle, vraiment), le conte de Jean de l’ours et de ses trois compères, le récit semble enfin prendre forme et trouver son rythme de croisière. Contrairement à son héros (anti-héros pour être plus juste vu l’état du bonhomme) qui, en fait de rythme, déconstruit l’idée même de journée, d’horaires, de temps qui passe.

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Serge Sabaniego, dit Bix, donc, pilier de comptoir à ses heures perdues et écrivain en panne le reste du temps, se retrouve dans une drôle de descente aux enfers après une dispute avec sa femme.

Sorte de road-movie immobile où l’alcool déforme la perception des choses, apaise l’insoutenable et ouvre tous les possibles, le récit oscille entre aventures éthyliques improbables, déroutantes, drôles et effrayantes. On y découvrira les exploits hors norme de Stu Ungar (champion de poker), le décolleté affolant de Milka Beauvisage (!), le studio surchauffé d’un pianiste, la fin désolante de Véronique Borel-Le Guen (spéléologue qui fait l'expérience de l'enfermement au fond d'une grotte pendant trois mois) et les nuits interlopes de Monaco.

Il est frustrant, Jaenada, parce qu’il a un truc – il sait faire rire – mais il n’est pas constant. Du coup, ça ne marche pas à tous les coups. Au final, c’est un peu poussif, certainement pas brillant ni nécessaire, mais réellement divertissant.

 Philippe Jaenada

Philippe Jaenada

« Il fallait que je me ressaisisse, que je me regroupe. En me regardant dans la vitre du wagon, pour bien me cerner, je me suis dit que la situation n’avait rien de désastreux. La rareté capillaire a cet avantage qu’elle permet de ne jamais avoir l’air hirsute d’un ivrogne qui se réveille : le dégarni (même s’il n’en est qu’aux prémices de la dégradation, parfaitement invisible quand on a la tête bien droite) a la même coiffure après une nuit dans une poubelle qu’en sortant de sa salle de bains – ce qui est triste quand on sort de sa salle de bains, mais bienvenu quand on sort d’une poubelle. Je paraissais bien sûr assez fatigué, mi-terne mi-rougeaud, les yeux de cire fondue, mais ça peut faire artiste (bon, rougeaud, moyen). Quant à mes vêtements, ils étaient froissés mais à peu près secs à présent, sales mais noirs, et je constatais avec soulagement – tout en sachant qu’un reflet dans une vitre estompe – que sur le noir, le séjour en cave ne marque pas trop. Je dénoterais peut-être moins que prévu. Et je connaissais des serveurs, autrefois : s’ils étaient toujours là, ils me permettraient, par  une sorte de parrainage, de gagner en assurance, de me sentir moins déplacé. J’aurais ainsi les mains et l’esprit libres pour entreprendre Beau Visage. »

 


Une longue interview filmée de Philippe Jaenada en 2 épisodes où il revient sur son parcours ("hôtesse" sur le Minitel rose !, collaborateur à Nous Deux !! et plusieurs des événements qui l'ont mené à l'écriture) :

http://izine.net/2010/06/jozic-meets-jaenada/

http://izine.net/2010/08/philippe-jaenada-confessions-dun-ecrivain-22/


A lire absolument : Le chameau sauvage

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