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La blessure la vraie, François Bégaudeau

Publié le par Arianne

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Vendée. Été 86. Le Nantais a 15 ans et un seul objectif : coucher avec une fille.

Sa copine de l’année dernière, Emilie, arrive dans quelques jours, chaque minute va donc être comptée. Emilie n’avait pas voulu coucher parce que trop tôt, pas assez d’amour ou que-sais-je, mais cette année, pas question de se retrouver coincé : le compte à rebours a commencé.

Avec son pote Joe – « Joe ne dit jamais bonjour ou au revoir, sur l’ensemble d’une vie c’est des kilos de gêne en moins. S’en foutre est la solution en tout et je n’arrive pas à me foutre de m’en foutre » – ils passent de la plage au billard en reluquant tout ce qui bouge.

Il y a Charlotte et Céline, les nouvelles ; Cathy mais elle a 13 ans, non merci ! La copine de son pote qui a l’air plutôt open, mais ça se fait pas. Et puis il rencontre Julie.

« Yes it’s true I am happy to be stuck with you. Je m’hyper-concentre sur la conduite en chantant pour me dispenser de parler. Je pourrais traduire, elle comprendrait le message, mais c’est trop d’un coup, elle ne doit pas s’imaginer que je tiens à elle, Joe n’a jamais l’air de tenir à une fille et c’est pour ça qu’elle s’accroche à son short en nylon et alors il lui laisse le short et part en slip s’occuper du cul en feu de la femme du soi-disant cinéaste.

Je suis quand même gêné je vais parler. Je vais lui poser des questions, les questions c’est la bande originale officielle des conversations gênées.

Pas son âge, trop tôt.

Pas son leader communiste préféré, trop facile.

Pas le dernier concert qu’elle a vu, toujours le risque de tomber sur Simple Minds.

Je lui demande son prénom, c’est une bonne approche je trouve.

– Devine. »

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La Faute sur Mer, Vendée

Portrait d’adolescents dans la lignée des Beaux gosses, on rigole vraiment par moments dans ce tableau des années 1980 : dégaine, expressions, bande-son, tout y est ! François Bégaudeau réussit par je ne sais quel miracle à faire chanter ses phrases à la ponctuation aléatoire (en réalité, tout est parfaitement maîtrisé et travaillé). Le style est vraiment une curiosité en soi : un exercice de style – fluide à la lecture – tellement vivant et oral qu’on ne sait plus très bien si on a lu un livre ou regardé le film.

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Les Beaux Gosses, un film de Riad Sattouf

Il n’y a pas tant de livres drôles et rien que pour cet aspect, ça vaut le coup d’y jeter un coup d’œil. Cela dit, le récit traîne un peu en longueur. C’est dommage. Voire, ça énerve un peu sur la fin.

« Elle m’attend sans le savoir. Moi c’est pareil je l’attendais sans le savoir, ça semble étrange mais ce qui est incompréhensible ne laisse pas moins d’être (Blaise Pascal). […]

Une sorte de tension. Si je fumais, je fumerais. Dans deux ans je ne me priverai plus de cet auxiliaire, je vois ça d’ici. Je te donne ma vie et je te donne mes mots quand ta voix les emporte sur son propre tempo. Sirène, grouillement mou d’un 15h23 propice à la plage. Normalement c’est là que j’interviens dans le film qui attend depuis quinze ans trois mois et vingt-deux jours l’apparition de son héros. Qu’est-ce que ça coûte putain ? Trois secondes pénibles à passer, trois minuscules poussières de temps que l’éternité aspirera instantanément, slurp, comme un tapir sans pitié. On est une merde. Une merde vaniteuse qui pense qu’elle a quelque chose à perdre alors que ses pieds reposent sur du néant et ont tout à gagner à parier. On pleure d’être mortel et on vit comme un immortel, comme un petit bourge pourri gâté d’immortel qui pète plus haut que ses pauvres soixante années vouées à s’écouler dans l’indifférence générale jusqu’à l’égout d’un cimetière sans croix. »

 


« Je n’appartiens pas à la mesquine entité France mais à la communauté sans frontières des insoumis. Je suis pour boycotter la fête nationale, comme les Soviétiques les JO de Los Angeles. Et puisque les Américains en profitent pour rafler les médailles, le mieux est encore d’y aller pour faire dérailler la machine de l’intérieur. Ca s’appelle l’entrisme, je l’ai lu dans le Que sais-je L’extrême gauche en France. On va pas au bal du 14 juillet pour fêter la nation, on y va pour rencontrer des femmes qui nous soutiendront dans nos luttes en préparant des spaghetti les soirs de doute, car parfois le doute gagne les Justes. Un révolutionnaire doit avoir une compagne fidèle, des déséquilibres affectifs le rendraient moins opérationnel. La femme du révolutionnaire épouse sa cause en même temps que lui. Julie a des prédispositions pour ça, elle refuse d’avoir son BEP secrétariat quitte à ne pas aller en Bretagne avec ses copines alors qu’elle s’était acheté un maillot de bain échancré exprès, elle me l’a raconté hier dès notre premier échange, entre nous pas de secrets, transparence totale sinon l’ennemi de classe se glissera dans la brèche de nos malentendus. On votera à main levée les sorties au cinéma, on se dira tout, on aura des conversations. Un seul préalable : qu’elle quitte son copain de banlieue de Tours avec lequel elle ne trouvera jamais à épanouir sa fibre insurrectionnelle. »

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La Faute sur Mer

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