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La belle Adèle, Marie Depleschin

Publié le par Arianne

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Quel calvaire pour Adèle de devoir supporter les excentricités de sa tante ! La dernière en date : elle veut la déguiser en fille lors d’une séance shopping et lui offre même une séance de maquillage ! Elle trouve ça totalement ridicule et se trouve horrible bariolée ainsi de toute les couleurs. Quand elle croise Frédéric au centre commercial… la honte ! Le pauvre est dans la même galère : opération veste. Tous les deux connaissent bien ce grand sentiment de solitude : elle n’est pas assez « fille » et lui est trop intelligent, il faut toujours qu’il la ramène en classe. Dans le monde cruel et codifié du collège, ils sont un peu les laissés pour compte. Mais aujourd’hui, il s’est passé quelque chose. Une idée a germé dans la tête d’Adèle. Et si Frédéric et elle faisant semblant de sortir ensemble ? Ils sont déjà meilleurs amis, ça devrait être facile. Ce n’est que le début d’une immense révolution et de grands chambardements dans leur vie à tous les deux. Le succès les déconcerte et tout ne se passe pas toujours comme prévu mais grâce à leur nouvelle notoriété, ils vont être en mesure de mettre en branle une action collective pour sauver le père de Frédéric, chinois d’origine et prié de rentrer chez lui…

Marie Depleschin signe un joli roman, tout en finesse, où la personnalité d’Adèle est merveilleusement décrite : sa relation avec sa mère (pas de père dans cette histoire), avec sa tante délurée et un peu hystérique qui vit ses rêves par procuration, ses états d’âme, son désintérêt et son incompréhension du monde des adultes, ses bonnes idées et les catastrophes qui s’en suivent. Avec beaucoup d’humour et de bons sentiments, un petit roman pour les ados qui allie la légèreté des problèmes des jeunes à la gravité du monde adulte, et inversement. Où l’on trouve une fausse histoire d’amour, un photographe de mode et une campagne de pub, une belle histoire d’amitié, une bataille contre les autorités et la lente et douloureuse transformation de la chenille en papillon.

Marie-Desplechin

« – Tu ne peux pas faire un petit effort ?

Dans mon souvenir, c’est la phrase qui a tout déclenché. Et la mine qui l’accompagnait. S’il n’y avait eu que les mots, si ma tante avait eu pour les dire cet air consterné, cet air si profondément désappointé, je n’aurais pas pris les décisions que j’ai prises. Et elles n’auraient pas été suivies des conséquences qui les ont suivies. C’était le battement d’ailes du papillon. Celui qui entraîne le tsunami. En l’occurrence, ma tante faisait le papillon. Elle battait des ailes tant qu’elle pouvait. Le tsunami est arrivé après.

– Tu ne peux pas faire un petit effort ?

Pendant quelques secondes, je me suis demandé ce qu’elle voulait dire. Je n’étais pas plus sale, ni plus impolie que d’habitude. Et d’habitude, je suis plutôt propre et aimable. Mais, comme son regard désolé me regardait des pieds à la tête, l’évidence s’est imposée. Les efforts devaient porter sur mon allure. Pas sur mon intelligence, mes résultats sportifs, mes capacités relationnelles, mes bulletins scolaires. Sur ma présentation. Quelque chose n’allait pas. Du tout.

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

– Tu t’es regardée avec de sortir ?

Elle était à la limite de la grossièreté mais je n’ai pas eu le courage de le lui faire remarquer. Car voilà ce que j’avais sur les lèvres : “Tu t’es regardée, toi ?” Ce n’est pas quelque chose à dire à quelqu’un qui a sur vous l’avantage de l’âge (elle a environ le triple du mien), qui est mieux placé dans la hiérarchie familiale (je ne suis que sa nièce) et qui n’est pas volontairement méchante (elle a plutôt la réputation d’une poire).

– Non, j’ai dit.

Ce qui était la pure vérité. […]

– Ma petite fille… a-t-elle soupiré.

– Quoi ?

Mais elle s’est contentée de répéter :

– Ma petite fille…

Elle n’a pas eu besoin d’en dire plus. Je savais ce qu’elle pensait : “Quand donc cette pauvre chose disgracieuse se décidera-t-elle à se transformer en jeune fille ? Quand donc renoncera-t-elle aux haillons informes et aux baskets effondrées ? Quand mettra-t-elle enfin son corps en valeur, afin que toute la Création admirative puisse s’exclamer à son seul passage : Ah, la belle jeune fille !” […]

J’imagine qu’elle voulait mon bien. Elle se disait sans doute que je n’y avais jamais réfléchi. Que mon allure n’était pas un choix. Plutôt un désordre, une incapacité, une sorte de handicap. »

 

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