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La ballade de Lila K, Blandine La Callet

Publié le par Arianne

Rentrée littéraire 2010

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Lila a été enlevée à sa mère quand elle était petite et est prise en charge par le Centre. Traumatisée, blessée, ne supportant ni la nourriture, ni la lumière ni le contact avec les gens, et à peine plus de respirer, elle doit tout réapprendre et cet apprentissage est long et douloureux. Heureusement, M. Kauffman, à force de patience et de fermeté empreinte de tendresse, parvient à atteindre ce petit oiseau fragile qui lui accorde sa confiance, et lui laisse entrevoir une part de possibles et d’espoirs dans cette longue traversée du désert. Officiellement, la mère de Lila a été déchue de ses droits maternels, Lila est donc orpheline et n’a quasiment aucun souvenir de sa vie d’avant. Mais une idée l’obsède : retrouver cette mère qu’on lui a arrachée et comprendre ce qu’il s’est réellement passé. Car en même temps qu’elle réapprend à vivre, Lila commence à se souvenir : la boîte de pâté pour chat, le placard rassurant, les nuits agitées de sa mère…

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Amnésie, pastel de Jocelyne Olkiewicz

Lila grandit, entourée de quelques personnes bienveillantes en qui elle peut avoir confiance. Car dans ce monde ultra-surveillé où chaque mouvement est contrôlé, Lila ne pourrait avancer dans sa quête sans leur aide. En effet, celle qu’elle cherche vient de la Zone, sous-territoire peuplé du rebut de la population où subsistent toutes les aberrations du xxie siècle. Là-bas, les rues ne sont pas quadrillées par les caméras et il paraît même que l’on peut encore trouver des livres, ces nids de microbes porteurs de toutes les maladies possibles !

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J’ai été happée par cette histoire, impossible de lâcher le roman jusqu’au dénouement. Lila est très émouvante, si fragile, torturée, blessée et incroyablement forte et rusée. Les quelques personnages qui gravitent autour d’elle lui permettent d’avancer dans ce monde privé de liberté. M. Kauffman, maître et figure du père, seul lien avec sa mère, représente la rébellion au système, le nécessaire accroc dans le rouage trop huilé d’un système sécuritaire à l’extrême. Son deuxième tuteur, Fernand, avec son prénom délicieusement désuet, incarne la vieille France dans cet univers futuriste : respect des lois et des hiérarchies. Mais son affection pour Lila laisse entrevoir les failles dans ses certitudes. Devenue adulte, et employée à la bibliothèque, Lila va rencontrer un drôle d’énergumène qui, derrière ses traits de monstre, se révèle être un allié indispensable et puis il y a aussi Milo…

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Roman d’anticipation et satire sociale d’un monde en perdition, La ballade de Lila K est aussi l’incroyable chemin parcouru par la petite fille pour devenir une femme, quête de l’autonomie, des origines et de l’amour maternel comme seules réponses possibles à l’absurdité et à la vanité de nos existences.

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Blandine Le Callet


« L’après-midi, je regardais des films éducatifs et des documentaires, les yeux bien protégés derrière mes verre teintés. L’écran de ma chambre en diffusait à longueur de journée : la vie des animaux, les grandes découvertes, les mystères des abysses, les merveilles de la flore, les cent plus grands chefs-d’œuvre de l’humanité. Tout pour me persuader de l’harmonie des choses et de la beauté du monde. Mais je n’étais pas dupe. Je savais que le monde n’est pas si beau. Qu’il n’est ni joyeux, ni paisible. Je le savais, à cause des hommes en noir qui avaient cassé notre porte et emmené ma mère. Je le savais, à cause des hélicoptères qui tournaient sur nos têtes, et des images qui me revenaient parfois, au fil de mes rêves. Des éclairs brefs et furieux. J’ignorais d’où cela me venait. C’était là, voilà tout, vif, précis. Alors, qu’on n’aille pas me raconter des salades avec les bébés phoques, la Vénus de Milo ou la forêt d’émeraude. Je flairais le chaos qu’il y avait là-dessous. »

 


« Les premiers temps, je me suis beaucoup tracassée au sujet de ma mère. Déchue de ses droits maternels. Je me demandais ce qu’elle avait bien pu faire pour en arriver là, et j’imaginais des braquages, des meurtres, des attentats. Mais tout cela paraissait irréel, à cause de sa beauté et de la douceur de sa voix. À la fin, j’ai cessé de me poser la question : au fond, je l’en fichais ; c’était ma mère un point c’est tout, et je savais qu’un jour, je la retrouverais, même s’il fallait attendre plus longtemps que prévu. C’était dur, bien sûr, de penser à toute cette solitude qu’il faudrait supporter avant de la revoir. Mais je me sentais le courage de patienter jusque là.

J’ai repris le collier, les cours, les promenades, les repas, les apnées. De temps en temps, M. Kauffman me demandait : Ça va ? Tu tiens le coup ? Je répondais : Ça va. C’était vrai, en un sens, parce qu’au moins, je savais à quoi m’en tenir. N’oublie pas ma promesse, disait-il. Accroche-toi.

Cher M. Kauffman. Maintenant que j’avais compris quels risques il était prêt à courir pour moi, je l’aimais encore plus qu’avant, si c’est possible. Nous étions désormais complices en quelque sorte, et ça me faisait du bien de partager avec lui un secret si précieux. »

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Apolline 07/03/2013 18:40

Magnifique roman !!!!! J'ai adoré, difficile de décrocher à l'arrivée du train en gare chaque matin et soir :) lol !
Enfin très belle découverte :)

Arianne 17/03/2013 18:32



Ah cool !!! Je suis contente que ça t'ait plu !



Bénédicte 19/02/2011 22:38


j'ai bien aimé ce roman futuriste. Quelle vie pour Lila qui après le placard connait le pensionnat et l'hôpital psychiatrique,La liberté n'existe pas dans ce monde sécuritaire. Je ne regrette pas
de l'avoir lu


Arianne 22/02/2011 16:28



Contente que ça t'ait plu ! Sacré vie que celle de Lila en effet...