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Je ne t'aime pas, Paulus, Agnès Desarthe

Publié le par Arianne

 

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Julia est travailleuse, appliquée, elle vit sa vie de collégienne sans vagues entre sa meilleure copine Johana, sa petite sœur plutôt futée pour ses 7 ans et ses parents déprimants (un père dépressif et une mère insupportable). Ce petit train-train va être bouleversé par une nouvelle à peine croyable : Paulus Stern en pince pour notre Julia. Paulus Stern ? LE beau gosse de l’école. C’est impossible, il doit y avoir erreur, Julia n’y croit pas du tout et de toute façon, elle ne s’intéresse ni à l’amour en général, ni à Paulus en particulier.

Une très belle histoire de non-amour écrite avec beaucoup d’humour et de sensibilité. Les états d’âme de l’adolescente sont très finement analysés et mis en scène, les relations avec ses parents, sa sœur ou sa meilleure amie sont justes et drôles. L'adulte se réjouit de cette lecture fraiche et drôlement bien vue sur l'adolescence et l'ado, lui, retrouve son univers et ses préoccupations. Un plaisir !

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Agnès Desarthe

 

« L’année dernière a commencé le jour où ma mère m’a dit :

– Je ne te comprends pas.

J’étais assise à mon bureau en train de faire un lexique français-latin-grec en trois couleurs dans un cahier à spirale que Tata Gilda m’avait rapporté d’Italie. Je n’ai pas levé la tête.

– Moi, à ton âge… poursuivit ma mère.

C’est exactement le genre de petite phrase qui le fait bondir d’horreur, que je sois en train de regarder la télé, ou que je sois au téléphone avec Johana. Je crois que même en pleine nuit, au beau milieu d’un rêve dans lequel je me baladerais sur une plage avec le supermaillot que j’ai vu dans le catalogue de la Redoute, je sursauterais si j’entendais, dans mon sommeil, à travers la porte fermée et du bout du couloir, la voix de ma mère murmurer la fatale expression “quand j’avais ton âge” ».

 


« Comme je l’avais dit à Johana, je me sentais vidée, et pourtant il fallait que ça sorte. Quoi ? Mystère. Une sorte de pelleteuse-moissonneuse-batteuse miniature qui sillonnait l’intérieur de mes côtes. Et puis, en y réfléchissant, il n’y avait pas que cette machine agricole à labourer les sentiments dans ma cage thoracique, il y avait aussi le métronome que j’avais dû avaler sans m’en rendre compte et qui battait à cent quatre-vingt la noire à la place de mon cœur. C’était tellement étrange de se sentir à la fois creuse, épuisée et rongée par une sorte de feu froid qui naissait vers le sternum et se propageait jusque derrière les paupières dès que je fermais les yeux. Comment aurais-je pu dire tout ça à Johana ? Elle se serait sûrement moquée de moi, ou alors elle aurait dit : “Qu’est ce que tu entends par ‘feu froid’ ? C’est contradictoire, non ?” et je n’aurais pas su quoi lui répondre, parce que tout ce que j’entendais par-là c’était de la poésie à trois sous volée à Prévert ou Aragon, que j’utilisais pour mettre des mots bien abstraits, bien jolis et bien incompréhensibles sur un état que je ne voulais pas connaître et que j’avais trop peur d’identifier. Je n’aime pas Paulus Stern. Je n’aime pas Paulus Stern. Je n’aime pas Paulus Stern. »

je t'aime pas

A partir de 12 ans.

Pour des histoires de filles, d'amoureux, de copines, de lycée, bref, d'ados dans toute sa splendeur, voir aussi le réjouissant Cherche garçon sachant danser de Sue Limb.

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