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Indian Creek, Pete Fromm

Publié le par Arianne

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C’est l’hiver et vous n’avez qu’un envie : rester au chaud, vous pelotonner sous la couette ou sur ce gros fauteuil moelleux avec un bon bouquin, vous goinfrer de fromage fondu ou de chocolats et attendre des jours meilleurs (oui, ça fait plusieurs choses, en fait). Ou alors vous faites partie de ceux qui rêvent de poudreuse, de pistes damées, de slaloms et d’adrénaline. Ou encore, vous partez au soleil pour recharger les batteries.

Sachez qu’il y a une autre option : passer l’hiver à Indian Creek.

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Pete Fromm a 20 ans en 1978 quand, nourri de récits de trappeurs et d’aventuriers, il décide d’aller passer les sept mois d’hiver (de mi-octobre à mi-juin) isolé au fin fond des montagnes enneigées du Montana.

Sa mission : surveiller un bassin de deux millions et demi d’œufs de saumon.

« C’était ça, mon boulot. Rien de plus. S’il y avait de la glace, c’était l’affaire de quinze minutes par jour, en comptant le trajet. J’avais tout le reste du temps pour moi, mais je devais passer chaque jour à cet endroit de la rivière. Pour les sept mois à venir. Prendre soin des poissons invisibles, et occuper d’une manière ou d’une autre les vingt-trois heures et demie restantes de la journée. »

Son logement : une tente de 4,30 m sur 4,90 m, équipée d’un poêle à bois.

Son compagnon : Boone, son adorable petite chienne moitié husky, moitié berger.

Ses voisins : route la plus proche à 40 miles ; être humain le plus proche à 60 miles (1 mile = 1,6 km).

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Pete Fromm n’est ni ermite, ni contemplatif. Fort de ses lectures d’aventuriers et des conseils avisés quoique brefs de son patron, il expérimente la montagne enneigée, il coupe du bois, beaucoup de bois !, il part à la recherche des traces d’animaux, rencontre les chasseurs, s’essaie à la découpe de cerf, explore, parcourt, cuisine, profite de ces instants aussi difficiles qu’incroyables. Pas de temps mort dans cette expérience qu’il relate avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Avec également un bon sens du suspens, il nous fait vivre des randonnées qui tournent mal, des attentes fiévreuses, des soirées un peu trop arrosées, une intoxication inquiétante, des rencontres inattendues au cœur de l’immensité neigeuse. Il livre aussi ses états d’âme, ses attentes, ses frustrations, ses doutes ;

« En acceptant de venir ici, j’avais dans la tête une vague idée de liberté : n’obéir à personne, ne faire que ce que je voulais. Il me semblait maintenant avoir négligé le fait tout simple que, même si je pouvais faire tout ce qui me chantait, et à n’importe quel moment, il n’y avait rien à faire. Cette impression était aussi angoissante que cette bûche sur ma poitrine qui m’avait coupé le souffle. Et si a claustrophobie me gagnait ? Et si je perdais la raison à force d’ennui ? »

ainsi que ses petites joies quotidiennes, ses grands moments de partage avec Boone, son émerveillement à être là où il est.

« Après un hiver passé à rêver de m’échapper quelques jours, je n’avais plus envie de sauter dans un camion pour m’en aller. Je restai dans la montagne à regarder le printemps s’installer et transformer mon univers. »

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Parti pour accomplir l’œuvre de sa vie, pour « avoir une histoire à raconter », il se retrouve confronté à la solitude, à la nostalgie, au manque des proches, surtout lors des fêtes. Mais de nature volontaire et battante, il ne se laisse pas aller et le récit ne mollit à aucun moment. Jamais il n’essaie de dompter, de conquérir ce qui l’entoure. Il s’adapte, observe, écoute et apprend de cette nature sauvage et bienveillante. Avec beaucoup d’humilité, il la remercie pour les merveilles qu’elle lui offre et les exploits réalisés ne sont plus qu’anecdotes à côté de la découverte extraordinaire d’être au monde :

« […] je voulais m’imprégner de tout ce que je voyais depuis des mois, comme si cette aube nouvelle avait révélé davantage que de simples montagnes.

Je poussai un cri. Levant les poings au-dessus de ma tête, je criai. En poursuivant ma ronde de fou en haut des cimes, je savais que partout où mes yeux se posaient, et même plus loin encore, partout où le soleil venait de disparaître, la seule empreinte sur le sol qui n’était pas celle d’un animal était la mienne. Je criai de nouveau, prêt à exploser. »

Une lecture idéale pour la saison, un magnifique hommage à la nature, un récit d'aventures bas en températures mais haut en émotions ! Une superbe découverte.

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Pete Fromm

« Je me trouvais près du gué qu’utilisaient autrefois les Indiens Nez Percé pour traverser la Selway lorsqu’ils quittaient leur camp de l’Idaho pour rejoindre les territoires de chasse au bison du Montana. En suivant leur piste, on pouvait apercevoir de vieux arbres dénudés : les Indiens en avaient mangé l’écorce, car ils n’avaient rien d’autre à se mettre sous la dent dans cette rude contrée montagneuse. Je me représentais assez bien leur envie farouche de sortir de cet endroit et de retrouver la terre promise du Montana. […]

Une fois dans ma tente, je me débarrassai de mon barda comme s’il m’avait attaqué. Je remplis le poêle et m’écroulai sur mon lit. Penser que j’avais trimballé ce lynx sur dix-huit miles alors que je l’avais trouvé à deux miles de la tente. J’essayai de me mettre en colère, mais ne réussis qu’à éclater de rire. Je ne sortirais jamais d’ici, et je commençai à comprendre que si j’étais parti un jour plus tôt, je n’aurai jamais rencontré le lynx. Pendant tout ce temps passé à regretter ce que je manquais dans l’autre monde, jamais je ne m’étais rendu compte de ce que je manquerais en quittant Indian Creek. »

Dans le labyrinthe

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De fil en aiguille

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