Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Entre Dieu et moi, c'est fini, Katarina Mazetti

Publié le par Arianne

 

entre-dieu-et-moi.jpg

J’ouvre ce tout petit texte de l’auteur du désormais célébrissime Mec de la tombe d’à côté avec curiosité et je suis touchée par l’émotion qui s’en dégage. Linnea – « un nom assez atroce – personne ne ressemble moins à cette petite fleur des bois rose que moi – imaginez une douce petite fleur d’un mètre quatre-vingt… » – jeune adolescente torturée et mal dans ses baskets, se livre avec un humour distancié sur elle-même et avec beaucoup de sensibilité. En réalité, elle parle à son mur, parce que « les murs ont toujours le temps. Les murs sont toujours là, ils ne courent pas à des réunions un soir sur deux, ils n’ont pas de séminaires et ne sont pas non plus obligés de téléphoner à Betta pendant trois heures. »

Sa vie, c’est le lycée, les profs « meurtriers à la hache » que tout le monde redoute, Henrik, l’amoureux transi« ses bras et ses jambes étaient longs et mous comme les tentacules d’une pieuvre et tendus vers leur proie, en l’occurrence, moi » – et l’inverse, le beau Markus et son torse bronzé qui lui fait perdre la tête. Il y aussi ce père absent, son petit frère Knotte qu’elle épouserait si les lois changeaient, une mère un peu à l’ouest et un beau-père boulet.

Mais si Linnea nous confie tout ça, c’est au fond pour parler de Pia. Pia est morte et n’a laissé à sa meilleure amie que la colère et l’incompréhension. Et une solitude si vive que même cette tristesse révoltée et ce sentiment d’abandon ne peuvent combler. Alors elle parle, pour se souvenir. Et pour pouvoir oublier.

 

Actes Sud publie ce roman dans se collection poche pour adultes (Babel) mais je trouve ce texte parfaitement adapté aux adolescents. Il parle de leur quotidien avec leurs mots, il aborde des sujets qui les interrogent (l’amour, l’amitié, le divorce, le sexe, la foi, la mort…), tout en restant d’une lecture facile et sensible.

Un très joli roman à lire à partir du lycée.

 

« En fait, je ne crois pas que les autres prennent souvent la peine de me regarder. C’est de ma faute, bien sûr, j’ai toujours des crises d’agoraphobie quand je suis obligée d’affronter seule le regard des autres, comme quand je dois aller au tableau, seule devant toute la classe. Pour éviter ce supplice, j’essaie de me fondre dans le décor. Je me suis entraînée à ressembler à un mur, un rideau, un crochet et n’importe laquelle de tes cousines – ou peut-être plutôt à cette fille dans l’autre classe dont tu ne te rappelles jamais le nom. Je suis assise tout au fond et je me camoufle derrière le dos de quelqu’un quand les devoirs sont distribués. Les profs me confondent toujours avec quelqu’un d’autre. […]

Ca ne me gêne pas, du moment que j’échappe à cet endroit impitoyable où tout le monde me voit. Mais ça arrive, et alors il se passe quelque chose de bizarre. Quand je suis au tableau et que je dois écrire quelque chose ou réciter la leçon, je suis prise d’une telle hilarité qu’il me vient l’envie de vomir. […]

Il n’y a en fait qu’une seule personne qui ait compris mon malaise. Elle s’appelait Pia et malgré tous mes efforts je ne peux pas m’empêcher de penser à elle. Je n’ai pas du tout envie de parler d’elle, j’ai déjà tout raconté à mon mur l’année dernière. Pia est morte. »


katarina-mazetti

Katarina Mazetti

 

A lire du même auteur, dans un style tout à fait différent : Le mec de la tombe d'à côté

9782742771905

Commenter cet article