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Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé

Publié le par Arianne

Rentrée littéraire 2011

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Autant j’étais passé à côté de Ce que je sais de Véra Candida, qui avait eu un tel succès dès sa parution et se poursuit encore aujourd’hui dans sa version poche, autant je me suis laissé prendre à Des vies d’oiseaux, si touchant.

Vida Izzara et son mari font appel à la police quand ils découvrent que leur villa a été occupée pendant leur absence. Pourtant, rien n’a été volé. Le lieutenant Taïbo, en charge de l’affaire, s’intéresse à un couple de jeunes qui semblent opérer de la même façon dans toutes les villas de la région : ils profitent de l’absence de leurs occupants pour s’y installer. Il faut dire que le coin s’y prête bien ! : « A Villanueva, l’hiver est une saison triste et une grande partie des habitants de la colline (on l’appelait la colline Dollars) partaient en villégiature sous des cieux plus cléments, abandonnant leurs chiens et leurs Indiens sur place. Ils quittaient le pays, s’en allaient vers les montagnes du Chili ou les plages brésiliennes. Et s’il on avait, comme Taïbo, une vague tendance à la mélancolie, le front de mer déserté, les quatorze kilomètres de plage venteuse et la mer gris timbale pouvaient dangereusement agir sur le moral. »

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Mélancolique, donc, et solitaire depuis le départ de sa femme, « Taïbo est un homme qui s’est installé dans sa propre vie en colmatant les brèches ». C’est en tentant de retrouver Paloma, fille de la mystérieuse Vida, et les squatteurs de villas, qu’il se retrouve à Irigoy. Cette « ville des chiens », remplie de rebelles et de guérilleros où la violence est légion, a abrité son enfance… ainsi que celle de Vida. C’est un aveu difficile pour qui vient de là : « Dire que vous veniez d’Irigoy équivalait à dire que vous veniez d’un territoire qui ressemblait à la banlieue du monde, un terrain vague entre deux échangeurs au milieu de rien.

Le strapontin du monde. »

Est-ce cette origine qu’eux seuls peuvent comprendre qui va les rapprocher ? Loin des mirages des splendeurs de la côte, au-delà des apparences dans lesquelles s’est réfugiée Vida depuis son mariage (« Vida se sent infiniment vieille. Elle se surprend à se demander pourquoi elle a accepté d’offrir sa vie entière à Gustavo, comment les humains en arrivent à ce genre d’arrangement. »), délaissant la langueur de ses jours inutiles où elle ne fait rien d’autre que constater la vacuité de sa vie figée dans une maison qui se fissure, Vida laisse enfin ses envies et ses intuitions la ramener à la vie.

Véronique Ovaldé déroule ces vies d’oiseaux entre emprise du passé et vacuité du présent. Comme dans Les hommes en général me plaisent beaucoup, on retrouve quelque chose d’une enfance blessée qui laisse des traces, et le poids du présent qui écrase tout espoir de bonheur.

Explorant tour à tour les fêlures de la mère, de la fille et du lieutenant, entre autres, elle tisse ce qui les relie les uns aux autres. Il y est question d’origine, de perte, de solitude, d’amour et de désirs d’ailleurs. Il y est question d’humanité, dont l’auteur sait magistralement nous parler avec la musique et la poésie de sa plume.

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      Véronique Ovaldé

 

« Paloma fut dès le début une petite fille exigeante et intranquille, exprimant avec éclats ses désappointements et ses inconforts. Ce qui remplissait Vida d’une surprenante satisfaction (sans doute parce qu’elle avait toujours été incapable d’avouer la moindre de ses déceptions et que voir sa fille emprunter un autre chemin que le sien était rassurant – et cela, pour une raison qu’à l’époque elle n’élucidait pas et ne désirait en rien élucider (ne subissant pas encore ses séances hebdomadaires chez le docteur Kuckart et ne discutant avec Gustavo que de sujets sans danger) ; sa vie lui paraissait encore en tout point convenable et suffisante). Cette enfant ne lui ressemblait pas […]. Cette petite fille ce serait elle en mieux – cette évidence la ravissait, c’était une évidence secrète qui lui faisait l’admirer chaque jour, la solliciter dès le réveil, la contempler dans son sommeil et s’émerveiller de la perfection de son tout menu corps […]. »


« Vida invite Taïbo à s’asseoir dans le salon trop grand, trop vide et trop froid. Il secoue la tête alors ils restent debout sur le perron l’un en face de l’autre, lui fuyant son regard, les yeux sur l’océan et les îles comme s’il guettait l’arrivée d’une gigantesque vague, elle minuscule face à lui.

Il lui dit qu’il pense que Paloma et Adolfo (il dit “son fiancé”) sont à Irigoy et qu’ils ont peut-être des ennuis. Il n’est sûr de rien mais cette histoire le tarabuste depuis qu’il a mis les pieds chez Vida. Il ajoute qu’il aimerait que Vida l’accompagne là-bas à cause de sa bonne connaissance des lieux (il dit vraiment “bonne connaissance des lieux”, ce qui n’a pas beaucoup de sens ; ce n’est pas parce qu’elle a passé son enfance dans cette ville qu’elle sait encore s’y repérer mais elle ne le détrompe pas, c’est inutile, il sait ce qu’il dit : il dit simplement autre chose que ce qu’il pense). »

 

Pour aller plus loin, vous trouverez ici un entretien très intéressant de l'auteur.

De fil en aiguille...

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