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Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda

Publié le par Arianne

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Enaiat a une dizaine d’années quand sa mère fuit l’Afghanistan pour se réfugier dans un camp pakistanais. Quand, au matin, le gardien lui annonce que sa mère est partie et qu’elle ne reviendra pas, il comprend qu’il va devoir survivre. Comment ? Il ne sait pas encore. Perdu dans un pays inconnu, livré à lui-même, il met de côté l’immense blessure de solitude qui le ravage, ne comprenant évidemment pas le sacrifice de sa mère qui, dans un Afghanistan livré à la barbarie, a décidé de sauver au moins un de ses enfants et de retourner s’occuper des autres.

« […] ma mère a décidé qu’il valait mieux me savoir en danger loin d’elle mais en route vers un futur différent que me savoir en danger près d’elle, dans la boue et dans la peur pour toujours. »

Enaia, dans son malheur, va attirer la sympathie des gens qui vont lui trouver du travail (il se fait en réalité exploiter mais est trop content d’avoir un toit et de quoi manger pour s’en plaindre !).

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Enaiat raconte cette vie là à Fabio. Avec simplicité, avec beaucoup d’humour aussi et de recul, il raconte ses années d’errance qui vont le mener d’Afghanistan en Italie en passant par le Pakistan, l’Iran et la Turquie. Chaque fois étranger indésirable, il doit s’adapter en permanence à une langue, un travail, un climat. Ne comptant pas sa peine, il persévère partout où il passe, ne sachant pas vraiment où s’échouer.

La vie d’un immigré qui, fuyant l’horreur de son pays, la retrouve sous formes multiples partout où il passe. Mais sur son chemin, il y aura aussi quelques âmes charitables, des amis retrouvés, de la générosité et pas mal de chance.

Un très joli récit où le pathos ne prend jamais le pas sur la pudeur et l’humour. Enaiat l’affirme souvent, lui qui ne souhaite pas développer plus son récit : ce qui importe, ce sont les faits.

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Camp de réfugiés

« Tu veux bien me raconter d’autres choses sur l’Afghanistan, avant de continuer ?

Quoi, par exemple ?

Parle-moi de ta mère, de tes amis. De ta famille. De ton village.

Je n’ai pas envie de parler des gens. Je n’ai pas envie de parler des lieux. Ce n’est pas important.

Pourquoi ?

Les faits sont importants. L’histoire est importante. Ce qui change ta vie, c’est ce qui t’arrive, pas les lieux ni les gens. »

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Enaiatollah Akbari et Fabio Geda

« En attendant le temps passait. Les secondes, les minutes, les heures, les jours, les semaines. Les mois. Le tic-tac de ma vie. J’aurais voulu acheter une montre pour donner un sens au passage du temps, une montre qui donne l’heure et la date, qui mesure la pousse des ongles et des cheveux, qui me dise de combien je vieillissais. »



« J’y tiens beaucoup, Fabio.

À quoi ?

Au fait de préciser que les Afghans et les talibans sont différents. Je veux que les gens le sachent. Tu sais de combien de pays ils venaient, ceux qui ont tué mon maître ?

Non. Combien ?

Ils étaient une vingtaine dans la jeep. Eh bien, ils ne venaient pas de vingt pays différents, mais presque. Certains n’arrivaient même pas à se comprendre entre eux. Pakistan, Sénégal, Maroc, Égypte. Beaucoup de gens pensent que les talibans sont afghans, mais ce n’est pas vrai. Bien sûr, il y a aussi des Afghans parmi eux, mais pas seulement. Ce sont des ignorants du monde entier qui empêchent les enfants d’apprendre : ils ont peur que nous comprenions qu’ils n’agissent pas pour Dieu mais pour leur propre compte.

Nous le dirons haut et fort, Enaiat. »

Pour aller plus loin :

Une présentation vidéo de l'auteur qui explique sa démarche et présente son livre.

Une interview de l'auteur sur la naissance du projet et où l'on apprend ce qu'est devenu Enaiat.

De fil en aiguille

ru  schmitt-ulysse-from-bagdad  van Cauwelaert

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