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Cul-de-sac, Douglas Kennedy

Publié le par Arianne

 

cul-de-sac

« J’avais la quarantaine en vue et comme perspective d’avenir, un autre boulot insipide dans un autre canard insipide. »

Quand Nick, journaliste plus ou moins raté – « pigiste itinérant pour des feuilles de chou de province » –, déniche une vieille carte de l’Australie au fin fond d’une librairie, il en reste fasciné : UNE seule route traverse une étendue immense ! « Un territoire de cette taille, doté en tout et pour tout d’un grand axe médian et d’une route côtière ? Ca ne faisait pas sérieux. Ca avait même un petit côté pays imaginaire, inventé par un émule de Stevenson. Le Pays de Nulle Part… » Ni une ni deux, il quitte tout (c’est-à-dire au fond, pas grand-chose) et embarque pour Darwin.

C’est là que le désenchantement commence : en lieu et place d’exotisme et d’émerveillement s’exposent le désespoir et la désolation. Il découvre une ville en perdition où tous les alcooliques et les paumés semblent converger.

« Darwin by night. De la viande saoule, en short kaki, slalomant d’un trottoir à l’autre. Un quatuor d’Abos pieds nus, vautrés dans le caniveau, se repassant une bouteille de Bundaberg – le tafia local. De loin en loin, une belle de nuit – short ras de la moule, cheveux platine et lèvres gercées – à l’affût du client dans l’ombre d’un hôtel à douze dollars la chambre. Et par-ci, par-là, une mineure en rupture de ban, qui avait dû s’envoyer une demi-douzaine de rhum-Coca de trop et qui dégueulait tripes et boyaux, pliée en deux au-dessus d’une poubelle.

Ah, putain, cette ville, je l’adore ! Ben, moi pas… »

panneau-kangourou.jpg

Mais surtout, pour son plus grand malheur, c’est là qu’il rencontre Angie : « Vingt ans et quelque, bien balancée, des cheveux blond cendré coupés court, et un hâle trop poli pour ne pas être de naissance. […] Avec ce châssis, il n’y avait pas à se tromper. J’avais affaire à une Walkyrie, option surf : un mètre quatre-vingt de muscles, et des mains comme des battoirs, plus faites pour les travaux de force que pour les travaux d’aiguille. Pas le genre de fille à qui chercher des poux impunément, mais pas mal dans le genre “nature”. »

Après avoir craqué pour un combi old school, il accepte de ramener Angie chez elle, à Wollanup, une ville au milieu de rien qui n’existe même plus, rayée des cartes. Alors qu’il pense faire un road trip au cœur du bush et découvrir, comme l’indique son guide, « les merveilles naturelles dont regorge l’outback australien, une des dernières terres vierges de la planète », il ne sait pas que, pour lui, il est déjà trop tard.

bush-australie.jpeg

Le piège s’est refermé et commence alors une lutte épuisante et désespérée. Contre la route. Contre les appétits insatiables d’Angie. Contre les ‘rous (les kangourous), la chaleur et le piège infernal dans lequel il est tombé.

Le premier roman de Douglas Kennedy l’a consacré aussitôt comme auteur de polar. Ce roman noir, cynique, au ton délicieusement drôle et désabusé tranche absolument avec tout ce qu’il a pu écrire par la suite.

Prisonnier d’une communauté aussi alcoolique que dégénérée, Nick va devoir user de toute sa patience, son sang-froid et son imagination pour se sortir de ce diabolique « cul-de-sac ».

C’est percutant et implacable.

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Douglas Kennedy

« J’ai regardé au bout de l’index que Gus pointait et mon moralomètre a chuté à zéro. Wollanup n’était pas simplement “entouré” par le relief. Ce patelin en était tout bonnement prisonnier. Otage d’un paysage sadique.

Une vallée aride, profonde comme une entaille, cernée de falaises rouge sang, dont le schiste se délitait. Ces remparts naturels écrasaient la vallée, telles les murailles cyclopéennes d’un fort préhistorique. Du haut de ces à-pics d’une bonne centaine de mètres, on devait se dire : “Cette fois, je l’ai vu, l’endroit le plus déshérité de la planète. ” Un puits sans fond, écrasé de soleil. Un gouffre sans issue. Mais, planté au centre de ce gouffre, les yeux fixés sur ces murailles sanglantes, on se sentait nargué par leur présence écrasante. Comme si des divinités chtoniennes vous susurraient : “Essaie un peu de te sortir de ce cul-de-basse-fosse, Ducon…” »

Pour aller plus loin

Piege-Nuptial.jpg 

  • Le livre a été rebaptisé Piège nuptial en 1998 lors d’une révision de traduction.
  • L'auteur explique pourquoi ici et raconte la genèse de son livre, comme la clé de tous ceux qui suivront.
  • Le site de l'auteur.

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Apolline Fort 09/02/2012 14:36

Oui c'est vrai, mais c'est quand même une histoire horrible et captivante en même temps :)

Apolline Fort 09/02/2012 14:02

Je l'ai lu !!!!! :))
C'était vraiment pas mal, du Kennedy tout craché comme on l'aime !!

Arianne 09/02/2012 14:19



Ah tu l'as lu ? Et alors, tu rejoins ce que j'en ai pensé ?


Ben pour le coup, je trouve que ça ressemble pas à ce qu'il a fait après. En fait, j'en n'ai lu qu'un que j'avais bien aimé mais qui était trop trop trop déprimant ! (me souviens plus du nom).
Mais là, le style est vraiment différent. C'est dur, ce qui lui arrive est horrible, c'est parfois trash et cru mais ça reste drôle malgré tout car il y a de la dérision et une certaine distance.
C'est ça qu'on ne retrouve pas ensuite je trouve.