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Comment écrire comme un cochon, Anne Fine

Publié le par Arianne

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Chester arrive pour la millième fois dans une nouvelle école. Il en a connu des bahuts mais cette école-là décroche la palme de la bizarrerie ! Les enfants sont tous GENTILS, attentifs et contents d’être là. La maîtresse, en passe de passer son diplôme de sainteté, l’accueille avec tous les égards – même si elle inverse son nom et son prénom et l’appellera toute l’année Howard, ce qui ne sera pas sans provoquer quelques quiproquos – et l’intsalle à côté de Joe Gardener.

Chester/Howard (et inversement !) s’aperçoit vite qu’ici, les critiques et les sarcasmes ne prennent pas. Pas même avec son cancre de voisin qui ne comprend rien à rien et qui écrit comme le pire des cochons. Quand la maîtresse demande à chacun d’écrire un petit manuel pratique sur le sujet de leur choix, une idée germe dans la tête bien-pensante de Chester qui va changer ses rapports avec son voisin… et avec toute cette fichue école !

Ecrit par Anne Fine (qui n’est plus à présenter, auteur prolixe en jeunesse comme pour les adultes) et traduit par Agnès Desarthe (même remarque), ça faisait déjà deux bonnes raisons d’être une lecture de qualité. Mais il y a en plus une verve intelligente et drôle, deux personnages extrêmement attachants, l’un par sa touchante naïveté, ses difficultés à l’école, son bordélisme et sa créativité ; l’autre par son hilarante répartie, ses ingénieuses trouvailles et son sens pratique de l’aide en milieu hostile.

Pour les enfants qui n’aiment pas trop l’école ou pour ceux qui adorent lire et rigoler : un vrai petit instantané de bonheur !

« Je ne suis pas un total handicapé du cortex. Je ne suis pas d’une bêtise intersidérale. Quand j’ai des problèmes, je ne suis pas du genre à verser une larme ou à couler du nez. Mais, je l’avoue, en jetant les yeux sur la boîte à chaussures sinistre qui était censée devenir ma nouvelle salle de classe, je n’en menais pas large. Ah ça oui, ce jour-là, j’ai vraiment été le mec le plus malheureux du monde.

– Bonne nouvelle, les enfants !

Mademoiselle Tate a frappé dans ses mains et s’est tournée vers les rangées de têtes d’andouille qui me dévisageaient par-dessus leurs petits pupitres cradingues.

– Nous avons un nouveau cette année, a-t-elle dit. C’est merveilleux, non ? a-t-elle ajouté en souriant de toutes ses dents. Le voici parmi nous. Il vient juste d’arriver d’Amérique et il s’appelle Howard Chester.

– Chester Howard, ai-je corrigé.

Mais elle n’écoutait pas. Elle était trop occupée à chercher une place libre en étirant son pauvre cou, tel un canard qui se prendrait pour un cygne. Quant à moi, j’avaisla flemme de répéter. Je me suis dit qu’elle serait sans doute assez maligne pour choper ça avec le temps.Je me suis donc contenté de transporter mes affaires jusqu’à la table qu’elle désignait, au dernier rang.

– Ton voisin de table s’appelle Joe Gardener, a roucoulé Mlle Tate dans mon dos.

– Salut, Gardener Joe, ai-je marmonné en m’asseyant.

C’était une blague mais visiblement il était encore plus bas de plafond que Mlle Tate.

– Non, pas Gardener Joe a-t-il murmuré. Joe Gardener.

– D’acco-dac, ai-je dit, le cœur dans les talons.

Je crois bien qu’à cet instant, j’ai pulvérisé le record du monde de haine pour une nouvelle école. »

Ecole des Loisirs, Neuf, 1997.

A partir de 9 ans.

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