Partager l'article ! Cahiers ukrainiens, Igort: Voilà une BD qui n’en est pas vraiment une : il s’agit plutôt d’un récit graphique construit ...
S'il y a plus d'une façon de faire quelque chose, et que l'une d'elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu'un pour le faire de cette façon, Loi de Murphy
Ce que l’on sème dans une plaie avant qu’elle ne se ferme donne un fleur captive qui ne meurt jamais.
Tout est changement, non pour ne plus être mais pour devenir ce qui n'est pas encore, Épictète
Seuls les vrais solitaires, quand ils se rencontrent, peuvent s'aimer sans s'abîmer parce qu'ils n'ont pas besoin de se fuir, d'exercer un pouvoir sur l'autre ou de considérer la durée comme une fin en soi.
Tombe-t-il des pensers d'amour dans les volcans qui sont éteints ?
Pourquoi jeudi ne se persuade de succéder à vendredi ?
Quelle couleur a le parfum du sanglot bleu des violettes ?
Comment le raisin a-t-il ouï la propagande de la grappe ?
Le voyageur doit frapper à toutes les portes avant de parvenir à la sienne.
Il ne faut pas mettre du vinaigre dans ses écrits, il faut y mettre du sel.
L'homme est un animal malade de ses propres interrogations.
Douter de tout permet au moins d'aboutir à la conclusion que le sujet qui doute existe d'une façon ou d'une autre.
Voilà une BD qui n’en est pas vraiment une : il s’agit plutôt d’un récit graphique construit en courts chapitres qui illustrent la vie de quelques ukrainiens. Igort a parcouru l’Ukraine pendant deux ans et a récolté des témoignages de personnes âgées qui ont vécu la grande famine des années 1930 et tout de suite après les misères liées à la guerre. Il est des endroits et des époques où il ne fait pas bon naître… Un récit bouleversant, très dur et tellement important car combien ignorent que Staline a organisé cette famine, a jeté des milliers d’êtres humains dans une misère sans nom où les gens font du pain avec de la sciure, enlèvent des enfants et finissent par s’entre-manger tant ils sont réduits aux extrêmes pour survivre dans ce monde sans espoir, sans justice, sans nourriture.
Les gens qui ont survécu témoignent. Igort les interview, leur donne la parole, illustre – avec dureté, tout en noir et rouge – leur destin tragique et nous laisse avec une boule de colère, de honte et de désespoir au fond de la gorge.
Il reste encore une chose à faire après avoir accusé le coup : se demander si l'on sait vraiment ce qu'il s'est passé en URSS du temps de Staline. Les cours d'histoire sont loin, voilà un concentré de mémoire fraîche.
Mais au fait, savez-vous ce qu'est l'Holodomor ? Le quoi ? Non, ce n'est pas le dernier tome de Harry Potter. Allez, un dernier petit effort, la curiosité et l'ouverture d'esprit sont encore deux de nos libertés, il serait dommage de s'en priver. Voyez vous-mêmes...
Igort n'a pas la langue dans sa poche. Si vous voulez en savoir plus sur ce drôle de personnage encore méconnu en France, mais qui ne devrait pas le rester longtemps, lisez donc cet entretien à propos d'idées, d'édition et d'Avant-garde (entre autres...).
La démarche d'Igort :
« Voilà un an et demi que je travaille à cette fiction documentaire, née le plus naturellement du monde d’un voyage, puis d’un séjour, et d’un autre voyage encore, celui-ci organisé pour comprendre. J’ai ainsi vécu pendant plus d’un an entre Ukraine, Russie et Sibérie.
Ce qui m’a intéressé, c’est que les histoires venaient à ma rencontre. Il me suffisait d’être à l’écoute. J’ai commencé à rencontrer des gens et à enregistrer ou filmer leurs témoignages, l’histoire de leur vie. Puis, étant donné que certains faits étaient couverts par le secret ou peu connus, je me suis mis à les étudier. Mais ce sont bien les témoignages recueillis que je dessine.
Le livre se composera de deux volumes, Cahiers ukrainiens et Cahiers russes. Une exploration sur le terrain pour comprendre ce qu’a été et comment a été vécu le rêve communiste de la Révolution à nos jours. Avec cette question : que reste-t-il de tout ça aujourd’hui, à l’heure de la commémoration de la chute du Mur ?
Cela fait trente ans que je travaille comme auteur, et au cours de ma carrière j’ai traité de thèmes différents, tous liés principalement à la mémoire et au mythe. Je suis un auteur curieux, j’aime explorer et j’ai trouvé naturel de m’attaquer à une narration qui part d’une vision documentaire. Pour moi, il était important de trouver une écriture personnelle qui se mesure à la réalité du terrain que j’avais découvert, et de pouvoir mettre au jour ce travail. »
Pour feuilleter plus de pages, c'est ici !