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C'est ici que l'on se quitte, Jonathan Tropper

Publié le par Arianne

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Dieu sait qu’il n’est pas facile de trouver un livre drôle et celui-ci l’est de manière d’autant plus admirable que le sujet ne s’y prête pas le moins du monde.

Judd, la trentaine bien entamée, marié depuis 15 avec la sublissime Jen, vient de perdre son père.

Non content d’accuser le coup, il va devoir encaisser le suivant : il surprend sa femme dans le lit conjugal avec un autre homme qui n’est autre que… son patron. À lui.

Le sort s’acharnant, il semble que la dernière volonté du défunt père ait été de faire respecter la Shiv'ah. À savoir : toute la famille doit rester sept jours durant dans la maison familiale pour honorer le mort et accueillir les personnes souhaitant lui rendre un dernier hommage.

Connaissant la famille de Judd, cette dernière épreuve n’est pas loin d’être la pire.

La mère aborde en toutes circonstances un décolleté hors de propos et des jupes de taille inversement proportionnel à celle de ses talons. Reconnue comme une spécialiste de l’éducation des enfants (et il n’y a qu’à voir ce que ça donne quand les siens sont réunis dans la même pièce !), elle est intarissable sur les histoires de pot et autres merveilles excrémentielles.

Paul est devenu sérieux, voire rigide, ressassant une vieille blessure qu’il ne pardonne ni à son frère ni à lui-même. Sa femme, Alice (et par ailleurs ex de Judd), ne parvient pas à avoir d’enfants et entretient envers toute mère une rancœur et une jalousie mêlées. Wendy n’échappe donc pas aux remarques acerbes, elle qui en a trois et un mari scotché à son téléphone, incapable de faire autre chose que de s’occuper de son boulot.

Philip, le petit dernier, est aussi séduisant qu’énervant. Roublard, dragueur, menteur, il tente une voie nouvelle, celle du couple, avec la belle et à peu près normale Charly, mais qui est bien plus âgée que lui.

Et voilà tout ce petit monde obligé de se supporter une semaine entière. Se retrouver face aux autres, en huis-clos, fait forcément ressortir les cadavres des placards. La maison de famille regorge de souvenirs du passé et s’y mêlent rancœurs, retrouvailles, nostalgies, coup de gueules et coups de poings.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre qui vous hantera pendant des mois mais c’est vraiment divertissant. C’est l’histoire de la vie. En drôle et impertinent.

 

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Jonathan Tropper

 

« C’est à cet instant que le petit Cole descend de l’étage, à moitié nu, transportant le pot qui dort sous le lavabo de la salle de bains depuis que Philip a renoncé aux couches il y a presque vingt-cinq ans. D’après Wendy, Cole est dans sa phase « E.T. » : comme le petit extraterrestre, il déambule à travers la maison, explore tout et met en miettes tout ce qu’il touche en émettant des bruits étranges. Il s’approche de son père, qui a enfin rangé son téléphone et s’est assis à table, et lui tend le pot pour qu’il l’admire.

– Regarde, Papa. T !

Barry inspecte le contenu sans comprendre.

– Mais qu’est-ce qu’il veut. Dit-il comme s’il n’avait jamais vu son fils auparavant.

– T ! hurle Cole d’un ton triomphant.

En effet, au fond du pot, sa crotte ressemble bien à un T grossier. Puis l’enfant se penche, et soulève le pot par-dessus sa tête, avec une telle rapidité qu’il l’expédie à l’autre bout de la table, renversant les verres, envoyant valser les couverts. Alice crie, Horry et moi plongeons pour nous mettre à l’abri, et le contenu du pot de Cole atterrit dans l’assiette de Paul. Celui-ci recule avec une telle brusquerie – comme devant une grenade – qu’il entraîne avec lui sa femme, et tous deux basculent en arrière avec leurs chaises.

– Nom de Dieu ! Cole ! s’écrie Barry. Mais ça va pas, non ?

– Arrête de hurler ! crie Wendy.

L’enfant regarde ses parents défaits et complètement passifs, et soudain il se met à pleurer à chaudes larmes. Comme ni sa mère ni son père ne semblent vouloir le consoler, usant de mes prérogatives d’oncle, je le prends dans mes bras, et il se met à sangloter dans mon cou, son petit derrière rond et gluant sur mon bras.

– C’est bien mon chéri, c’est très bien d’avoir fait dans ton pot comme un grand.

Il faut positiver, lui redonner confiance, et tout ça. Après pareil traumatisme, il risque de porter des couches jusqu’à dix ans.

– J’ai fait un T, répète-t-il à travers ses larmes qui vont faiblissant, tout en essuyant son nez visqueux sur mon col.

Ah, cette petite voix pointue d’une totale sincérité et cet anglais d’immigrant ! Je n’ai jamais été un inconditionnel des gosses, contrairement à certains, mais j’avoue que je pourrais l’écouter bavarder toute la journée. D’autant plus que, en tant qu’oncle, ce n’est pas à moi d’aller nettoyer la table…

– Tu as raison, Cole. C’est un T, et très bien fait, avec ça.

Paul et Alice se relèvent, encore secoués, l’appétit coupé. Nous sommes tous debout à présent, disposés autour de la table comme dans un tableau, la famille Foxman, moins un, contemplant l’étron fumant et lettré dans l’assiette de mon frère. Il me paraît alors totalement inconcevable que nous réussissions à survivre ensemble sept jours, nous bousculant les uns les autres comme des molécules au cours d’une réaction chimique. Nul ne sait ce qu’il en ressortira. »

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Apolline 03/07/2011 12:27


ah ça a l'air sympa !!! lol!