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Attention fragiles, Marie-Sabine Roger

Publié le par Arianne

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Attention, petit bijou !

J’ai envie d’un livre drôle ou au moins léger, sympa. Dès les premières pages d’Attention fragile, je me rétracte et soupire. Vous allez comprendre, dans le genre gai, ça se pose là.

Nel, lycéen, est aveugle.

Laurence, 23 ans, est à la rue avec son fils Arnaud, dit Nono. Ils vivent dans une maison en carton sous une passerelle près des rails.

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À chaque court chapitre, une voix différente et le résultat – même si tout paraît hyper sombre comme ça – est génial !

On s’attache évidemment beaucoup à tous les personnages et j’avoue une petite préférence pour Nono dont les conversations avec Baluchon (le panda) sont à mourir de rire !

Laurence, elle, est absolument touchante dans sa détresse, ses efforts pour trouver à manger, se tenir propre et garder son trésor, son petit bout, au sec dans son carton. Sa situation est récente et son attitude oscille encore entre colère, refus de toute aide par amour propre, espoir et découragements.

« Le buffet de la gare, c’est l’enfer-paradis.

Terminus la vie, pas de correspondance, mille siècles d’arrêt.

Le patron et sa méchanceté stupide. Lucas et sa douceur, ses rires lumineux.

Malgré tout, le buffet de la gare, ça reste le seul endroit à peu près habitable. Les quais, c’est courant d’air, chope-le-mort. Et dehors, dans la rue, c’est pire.

Dehors, c’est le regard des passants qui te tue. Leurs yeux moches, qui évitent à tout prix de te voir, qui te transforment en vitre mince. »

Quant à Nel et sa fidèle chienne, la bien-nommée Boussole, il rencontre Cécile. C’est une drôle d’expérience pour tous les deux. Elle l’a d’abord méprisé à cause de ses cheveux bleus et de ses piercings puis, quand elle a su pour son handicap, elle s’en est voulu. Depuis qu’il l’a « regardée » avec ses mains, c’est plus fort qu’elle, elle ne pense plus à rien d’autre qu’à lui. Mais comment communiquer sans le regard, sans les gestes ?

Lui a été surpris par ses questions directes, sans les précautions gênées que prennent d’habitude les « voyants ». C’est sûr, il y a quelque chose qu’il a envie de creuser chez cette fille.

« Je pense à toi, j’ai l’impression d’être au-dessus du vide. Au milieu de la passerelle, mais sans la rampe où m’accrocher. J’ai peur de croire, et peur d’être déçu. Et si tu avais pour moi, sans que le sache, des regards pitoyeux ? Amitié de théâtre, faux-semblant, comédie ? Non. Tu n’es pas comme ça. Ta voix n’a jamais de trous d’ombre, tu parles clair, tu penses en terrain découvert. Rien de toi ne triche, ne se cache. Malgré tout, comment te rejoindre ? Quel endroit partager entre nous, si ma nuit ne te parle pas, et si ton jour ne me dit rien ? »

Tout ce petit monde porte son fardeau et chacun trouve sur sa route quelqu’un pour alléger sa peine. C’est sans doute plein de bons sentiments mais c’est aussi une manière intelligente d’aborder les différences et de changer un petit peu son regard sur un monde qu’on n’a pas envie de voir. Le style de Marie-Sabine Roger est admirable et allège des sujets pas évidents à traiter.

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À conseiller aux ados à partir de 12-13 ans. Et à tous les adultes qui ont envie de passer un bon moment.

A noter :

- Prix France Télévision du roman Jeunesse 2001

- Prix des lycées professionnels du Haut-Rhin 2001

- Prix Ramdam du roman Ado 2002


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