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70 % acrylique 30 % laine, Viola Di Grado

Publié le par Arianne

 

Rentrée littéraire 2012

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Camelia nous prévient dès le début : il ne s’agit pas d’une histoire d’amour, ni d’une histoire gaie : son père est mort dans un accident de voiture, aux côtés de sa maîtresse. Il ne laisse que le silence derrière lui.

Livia – la mère, la femme trahie – sombre, petit animal blessé qui a perdu son autonomie, qui ne se lave plus, ne sort plus, ne s’habille plus. Sa seule occupation, quand elle ne reste pas prostrée, est de photographier des trous. Tous ces vides par lesquels sa vie s’échappe. Camelia, elle, découpe, déchire, déstructure. Des vêtements ratés qu’elle trouve dans la poubelle, elle façonne des habits asymétriques, défigurés, entre coups de ciseaux rageurs, soif de destruction et désespoir de reconstruction.

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Elle rencontre aussi Wen, le drôle de chinois qui tient la boutique d’à côté, celle d’où viennent les vêtements abandonnés. Avec lui, elle reprend des cours de chinois et un semblant de vie. Camelia s’accroche aux « clefs » des mots, ces étranges voies d’accès au sens de cette langue si difficilement accessible. À la complexité du chinois répondent les imprécations du manuel de la machine à laver que Camelia est en train de traduire. Mais toutes ces agitations – la création, l’apprentissage et le lavage de cerveau – ne parviennent pas à éloigner l’immense solitude et le besoin incommensurable de réconfort qu’elle ne trouve nulle part, et surtout pas auprès de sa mère, absente à tout.

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C’est l’histoire d’un naufrage : un naufrage muet où la mère et la fille tentent de surmonter l’épreuve dans une joute oculaire et où aucune n’y parvient.

« Oui, les yeux sont le miroir de l’âme, mais l’âme de ma mère n’était désormais plus assez vaniteuse pour avoir envie de se refléter dans quoi que ce soit. »

L’histoire est dure et triste, mais le style de Viola di Grado est tout le contraire. Elle manie avec talent l’art de la formulation, trouve des comparaisons percutantes, crée un langage étonnant, cynique et poétique, habité de toute la rage adolescente et d’une étrange beauté hypnotique. Elle pose son lecteur en équilibre, sur le fil, inquiet et fasciné par les forces incontrôlables qui s’agitent autour de lui. Il balance, incrédule, et se demande à chaque page de quel côté il va tomber. Il retient son souffle, il espère, il voudrait que Camelia ait menti, que cette histoire trouve une issue, que la détresse soit apaisée. Il tremble et il rit, parfois, il l’aime cette jeune fille si triste et si sensible derrière sa carapace d’insecte indéterminé. Puis il pleure. Parce qu’il n’a rien pu faire et que c’est fini.

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Viola Di Grado

« Les hivers, à Leeds, sont terriblement égocentriques : chacun aspire à être plus froid que le précédent et prétend être le dernier. Ils déchainent un vent fatal qui a les voyelles fermées des Anglais du Nord, en encore plus dur, et de toute façon aucun d’eux ne s’adresse à moi.

C’est la rue où je vis [Christopher Road], une de ces rues dont il faut expliquer l’emplacement aux gens et qu’on confond soi-même : elle est identique à la rue précédente et à la rue suivante, et, au moment où vous l’atteignez, un rejet inconscient de sa laideur vous pousse à poursuivre votre chemin. Bref, une rue assez laide pour constituer la preuve que Dieu n’existe pas […] Et puis cette obscurité digne d’un générique, comme lorsqu’on attend avec impatience le début d’un film… Sauf que rien ne commence à Christopher Road. Tout s’achève, y compris ce qui n’a jamais commencé. »

 

« Une écriture rapide, un humour noir, une inquiétante étrangeté, et une fin presque imprévisible en un mot, une réussite », Le Monde

« Son premier roman promet de ne pas passer inaperçu. Polisson, cruel, narquois, un cri de guerre qui se mue peu à peu en joli conte trash », Les inrocks


 

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