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342 heures dans les Grandes Jorasses, René Desmaison

Publié le par Arianne

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René Desmaison, célèbre et talentueux alpiniste français, est sollicité en 1971 par Serge Gousseault – alors jeune alpiniste de 23 ans, ayant obtenu peu de temps auparavant son diplôme de guide de haute montagne – pour faire l’ascension des Grandes Jorasses et, plus précisément, de la pointe Walker (4 208 m). Des conditions météo très mauvaises, du retard pris sur l’ascension, des obstacles inattendus, le vent et le froid insoutenables persistants et la mauvaise condition physique de Gousseault vont transformer cette belle entreprise en cauchemar.

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La pointe Walker

Desmaison nous livre avec sincérité et émotion le récit envoûtant de cette tragique aventure. Jour près jour, heure après heure, nous suivons leurs traces dans la neige ou sur la glace. Quelques jours après leur départ, la radio tombe, coupant toute possibilité de contact avec Simone, la femme de Desmaison qui veille sur eux depuis la vallée et leur donne les informations météo. Des passages difficiles les retardent, puis la fatigue et bientôt le manque de vivres. Serge commence à montrer des signes de faiblesse : ses mains ont gonflé démesurément et la peau s’effeuille. René le rassure, l’encourage, le soutient. Mais ils ont pris trop de retard et chaque jour qui commence se fait plus difficile. Chaque nuit, surtout, restreint considérablement leurs chances de survie : calés au-dessus du vide, accrochés à la paroi par une corde et emmitouflés dans le sac de couchage soumis au vent, ils tiennent bon. La lutte est rude contre le froid et le découragement. En bas, le même épuisement, l’attente interminable, l’espoir désespéré de les retrouver vivants.

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René Desmaison

Ce n’est pas un mystère, l’histoire a fait le tour de France à l’époque, la polémique a eu lieu, chacun a pu exprimer son mécontentement, sa rage ou sa colère : Serge Gousseault est mort. Là-haut, sur la paroi, de froid, d’épuisement. 90 mètres en dessous du sommet. René reste alors près de lui, incapable de partir, de bouger. Puis il est trop tard, il n’y a qu’une chose à faire : attendre les secours. Simone s’est battue comme un diable pour cela. À plusieurs reprises, Desmaison apercevra l’hélicoptère mais – incompréhension pour les uns, acte malveillant pour les autres – ils repartent toujours sans jamais se poser.

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Desmaison 

Un récit d’aventures et un témoignage touchant du combat de l’homme contre lui-même, capable d’exploits remarquables.

« Aussi fort qu’il soit techniquement, aussi grande que soit son expérience, l’alpiniste reste un homme. Fait de chair et de sang. Si sa volonté, son courage peuvent atteindre parfois la dureté de l’acier, la merveilleuse machine, l’enveloppe, n’en est pas moins fragile, vulnérable.

S’il en était autrement, si les forces de la montagne n’étaient pas disproportionnées, infiniment supérieures à celles de l’homme, où seraient les raisons, les motivations profondes du grand Alpinisme ?

De cette faiblesse, de cette vulnérabilité, naît le besoin de dépassement sans lequel l’homme n’aurait pas traversé les océans, conquis les pôles de la terre, découvrant des terres nouvelles à une époque où seuls son courage et son intelligence pouvaient ouvrir des portes sur autre chose. »

 


« Tout à coup, je manque de courage. Je reste là, terrassé par mille peurs devant les difficultés que je dois surmonter sans aucune assurance. Je n’ose plus prétendre à une seule chance, à un seul espoir. Mais je veux vivre, vivre. Il faut grimper encore. Lutter encore dans ce combat démentiel, désespéré. Grimper sur ce rocher couvert de glace. Vers le sommet invisible. Mon Dieu, dans quelle paroi sommes-nous donc ? La bataille prendra-t-elle fin, un jour ? Depuis combien de jours sommes-nous là, dans cette furie ?

Alors je me remémore plusieurs luttes, je cherche dans mes souvenirs une situation identique, désespérée, pour y puiser une force nouvelle. Ce que j’ai fait jadis, je peux le refaire… Mais il n’y a rien d’identique, rien de comparable. Je n’ai jamais vécu un tel drame en vingt ans d’alpinisme d’extrême difficulté. Non, il n’y a rien. Seulement hier. Ce que j’ai fait hier, je dois le faire aujourd’hui. Emerger de cette peur… nager jusqu’au rivage… Bon Dieu, René, tu n’es pas fini… Alors grimpe, grimpe !... Ne plus penser qu’au geste à accomplir, puis au suivant. »

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Serge Gousseault

 

Pour poursuivre l'exploration des montagnes et des motivations de l'homme qui se lance à son assaut, ou simplement pour se laisser envoûter par une BD d'alpinisme hors norme :

Le sommet des Dieux, Taniguchi

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Commenter cet article

Olive 07/04/2011 02:15


Il faut venir y goûter à la montagne, c'est encore bien mieux que dans les livres (parait-il !).


Arianne 07/04/2011 11:23



:) c'est noté !



Armelle 01/03/2011 14:13


mmmmmm ... je note ... une histoire de montagne en plus à lire !!!! et dans le meme genre, si tu as aimé la plume de l'auteur, il y a le "Grimpeur de Murailles", que j'avais littéralement DEVORE
!!!! avec une histoire d'amour en prime ! super !


Arianne 08/03/2011 18:52



Ah de Desmaison aussi ? C'est noté alors, cool !  


A bientôt sur Paris ??


Bisous !!